CONFINEMENT, Message 1, 25 Mars 2020

Chers amis,

 

Nous pensons à vous ! Et on s’est dit qu’on avait envie de vous le dire ! Chacun désormais est bien conscient de la crise grave que traversent le monde et notre pays. Les référents auxquels on fait appel bien qu’il n’y ait pas de commune mesure entre eux et ce que l’on vit, sont la guerre ou la grippe espagnole. Il faut nous attendre à des difficultés encore plus grandes que celles d’aujourd’hui. Les menaces sont fortes. Il nous semble que la lucidité, qui a fait défaut au début, est une nécessité, et encore plus pour nous éducateurs.

On parle beaucoup des personnels soignants, à juste titre mais comme enseignants nous sommes des acteurs décisifs de la lutte contre cette crise. Notre rôle n’est pas médiatisé mais à travers le lien que nous avons avec les enfants, les jeunes et les familles nous contribuons grandement à permettre de continuer « à vivre au temps du coronavirus ». Car il s’agit bien de continuer à vivre !

On est engagé ensemble dans un combat contre le mal. Les moines de Tibhirine qui étaient confrontés à une violence inouïe au moment de la guerre civile algérienne, disaient que ce qui leur permettait de vivre et de juguler la peur était le rythme quotidien des choses ordinaires à faire. Probablement qu’à travers l’École par Internet, vous permettez à des enfants et des jeunes d’avoir un rythme qui aide à surmonter le confinement, les peurs conscientes ou non. Dans les situations de crise ce sont les petits gestes, les choses ordinaires qui en viennent à bout. Comme enseignant, ce n’est pas facile. La vigilance que vous avez d’habitude en présentiel est plus compliquée par écran interposé. Après une semaine, après le temps de la mise en place de nouveaux outils pour enseigner, vient celui de l‘inscription dans la durée pour un temps qui n’est pas précisé mais dont on sait qu’il sera long.

Nous participons à ce que la nation relève le défi et continue à vivre, en particulier en étant au service de cette génération plus jeune qui sortira marquée par ce moment singulier. On ne parle pas beaucoup des jeunes à cause des préoccupations sanitaires qui occupent le devant de la scène. Mais ils sont travaillés par des peurs. Nous leur apprenons aussi à traverser l’adversité, à continuer à vivre et à se tenir droit dans les tempêtes et ce n’est pas le moins important de notre place d’éducateurs.

Dans les situations de crise, se révèlent les fragilités des institutions, celles de personnes, nos propres fragilités. On peut être surpris parfois de comportements inadaptés mais il faut savoir que la crise a un effet grossissant. Il faut aussi gérer des inquiétudes qui ne sont pas toujours dites et qui peuvent générer des comportements inattendus. Probablement qu’il y a des enfants et des jeunes qui doivent aussi assumer plus qu’ils ne le devraient… Pour chacun la crise va révéler de nécessaires ajustements. Le moment venu, il sera intéressant de les nommer.

Voilà où nous en sommes… On est en train de rentrer dans le vif de la crise. On est en mode apprentissage d’une autre manière d’éduquer. On invente de nouvelles méthodes pour enseigner. On a de nouveaux liens avec les familles. Dans quelques temps, nous verrons apparaître des pousses nouvelles, des promesses pour la vie en société, pour l’école etc. Mais on n’en est pas encore là. Pour l’heure, on fait face à de l’inconnu.

Pour ceux d’entre vous qui ont suivi ou qui suivent « Initiation à la théologie », on est très exactement dans un combat contre le mal. On vous invite à relire les textes de Hans Jonas, la prière du dimanche matin d’Etty Hillesium, le texte de Simone Weil et le cours sur la déconstruction de l’idée de Dieu.

Et comme dans le département on aime la convivialité et l’humour, on vous donne une recette pour fabriquer une solution hydro-alcoolique !

On vous dit plein d’amitiés et on vous fait la bise … en distanciation of course !

 

Dominique

Christian

Sans titre