Marc Keraudren, Ouverture de la session 2015

OUVERTURE DE LA SESSION « LE FAIT RELIGIEUX AU FEMININ »

ISTR, Marseille, le 18 mars 2015 

Chacun d’entre nous a encore en tête les drames de janvier et je ne pouvais pas ouvrir une session comme celle qui nous réunit aujourd’hui ici à Marseille sans y faire référence.

Je le fais de là où je suis, c’est-à-dire comme directeur de Formiris méditerranée, en charge de la formation professionnelle des enseignants des établissements privés sous contrat du territoire.

Deux points à mon intervention.

1- Dabord rappeler que lEnseignement catholique est au service de la Nation. Et que quand la Nation se mobilise1, lEcole catholique se mobilise avec elle. 

1 Grande mobilisation de l’Ecole pour les valeurs de la République. 11 mesures. 22 janvier 2015.

2 Pour comprendre le bien fondé des règles de vie – discipline- , reconnaitre le pluralisme des opinions, des convictions et des modes de vie –coexistence des libertés – , construire du lien social et politique –communauté des citoyens-

L’Ecole catholique est aussi l’Ecole de la République. L’Ecole catholique est, tout autant que l’Ecole publique, légitime pour parler des valeurs de la République, pour les vivre de l’intérieur.

Alors oui, chaque établissement doit se sentir concerné et impliqué dans la mise en oeuvre des mesures présentées par la Ministre, le 22 janvier dernier. En évitant toutefois de faire une lecture juxtaposée de ces mesures, mais en veillant à travailler à leur cohérence et à leur synergie.

Enseignement moral et civique à la rentrée 20152, mise en place d’un parcours citoyen de l’école élémentaire à la terminale (occasion pour l’élève de s’impliquer dans la vie de l’établissement, dans des partenariats), accueil de tous pour viser la réussite de chacun, nouveau socle commun à l’école et au collège, lutte contre le décrochage, … Autant d’engagements auxquels l’Ecole de la République est convoquée aujourd’hui.

Certes, nous n’avons pas attendu les annonces ministérielles pour nous saisir de ces questions. Rappelons les engagements pour la réussite auxquels le SGEC nous a invités en avril 2014 par exemple. Rappelons toutes les sessions précédentes qui nous ont réunis ici même.

Mais les paroles d’Abdenour BIDAR, chargé de mission ministériel sur la laïcité lors du séminaire de la DGESCO le 11 mars dernier, nous donnent un aperçu des défis à relever. Que nous dit-il ? Trois choses :

– Nous en avons pour des années à irriguer à nouveau la société sur le partage des valeurs de la République.

– La connaissance et la maîtrise de ces valeurs n’est plus assurée dans l’institution par tous les personnels.

– Il y a un besoin de retrouver une culture de l’engagement autour de ces valeurs, qui est une dimension consubstantielle du métier d’enseignant.

Il y a donc pour les années à venir de merveilleuses réflexions à mener au niveau des équipes éducatives et pédagogiques dans les établissements. La formation peut être un des leviers à activer et c’est le sens du soutien financier apporté chaque année aux établissements qui en font la demande, pour être accompagnés dans ce type de réflexion en équipe. Si ce type de session qui nous rassemble est éminemment importante à proposer, je vous invite également à vous mobiliser autour de ses questions, en équipe, avec vos chefs d’établissements, APS et personnels d’éducation…. sans oublier les familles.

2 Ne pas agir sous l’émotion, en réaction, et dans la précipitation. Inscrivons-nous dans la durée. 

En matière d’enseignement des faits religieux3, puis que c’est cela qui nous réunit aujourd’hui, les évènements récents ont marqué une forme de sursaut. Mais attention, l’enseignement des faits religieux ne saurait être présenté comme un antidote à l’extrémisme religieux, comme on le présente parfois.

3 Le ministère parle d’enseignement laîc des faits religieux.

4 Gérald Chaix / historien, ancien recteur, président de l’Institut Européen en sciences des religions (institut fondé en 2002 par Régis Debray) – Lettre de l’Education n°840 du 16 mars 2015

5 Cf. site ISTR

L’objectif premier de cet enseignement n’est pas défensif, nous rappelle justement Gérald Chaix, historien, président de l’IESR, cette semaine4, dans la Lettre de l’Education. Cet enseignement se justifie d’abord pour une raison patrimoniale, au sens où il importe que le religieux, dans sa dimension culturelle, soit accessible à tous et perçu comme un bien commun. Comment sans cela comprendre des pans entiers de notre culture (tel tableau, telle sculpture, telle oeuvre littéraire….) ? Mais la compréhension du passé n’en est pas le seul enjeu : cet enseignement est aussi un moyen de se situer dans le temps présent et de décrypter les événements.

Enfin, il s’agit « d’appréhender les religions comme des systèmes symboliques et idéologiques qui, pour une très grande part de l’humanité, donnent un sens à la vie, individuelle et collective ».

Ces propos de l’ancien recteur feront écho à ceux qui étaient présents ici l’an dernier5.

Alors oui, la crise des événements récents replace cet enseignement au premier plan. Réjouissons-nous en, tout en ayant conscience que si « la crise nécessite une réponse, la réponse dépasse la crise », nous dit Gérald Chaix. Cela nous invite donc à nous inscrire plus que jamais dans la durée.

Peut-être faut-il redéfinir les objectifs de cet enseignement en termes de connaissances et de compétences, mais aussi d’attitudes et de comportements.

Simultanéité d’une pédagogie de la laïcité et d’une pédagogie de la liberté, nous dit à présent le Ministère. Des évolutions qui font écho à ce que nous partageons ici avec l’ISTR.

« On attend de l’élève qu’il soit capable de débattre sur ce qu’il croit ou ne croit pas, qu’il sache, même s’il est choqué par une caricature, comprendre ce que la caricaturiste a voulu dire ».

Ce n’est pas une mince affaire pour eux… et pour vous tous qui les accompagnez à l’école.

Lors du premier séminaire inter académique sur la laïcité que j’évoquais précédemment, le 11 mars dernier, Florence ROBINE, directrice générale de l’enseignement scolaire, allait dans le même sens en invitant son public de formateurs à aller plus loin que ce qui a été déjà engagé, à donner à cet enseignement une autre envergure, à ne pas le cantonner au seul périmètre de la littérature, de l’histoire et des arts. « Après le temps de la culture sans religion, nous sommes dans le temps de la religion sans culture », nous dit-elle, c’est-à-dire confrontés au fondamentalisme, où la culture est extérieure à la religion.

Ce n’est donc pas un domaine qu’un enseignant peut aborder naïvement. Quelle que soit sa discipline, il lui faut anticiper toutes les questions possibles, tout en sachant qu’il pourra être parfois désarçonné et… qu’il lui faudra différer sa réponse.

Alors, vous l’aurez compris, il y a aussi certainement pour la formation des choses à repenser.

L’Enseignement catholique est partie prenante de la formation de 1000 référents dans le cadre de la « grande mobilisation de l’Ecole ». Des actions de formation seront proposées à la rentrée prochaine.

Mais encore une fois, il ne s’agit pas de le faire sous la pression des médias ou même du politique…. Pas de place pour des BFM de la formation !

Prendre la mesure des défis, trouver différents leviers pour soutenir les démarches de formation engagées, associer actions de sensibilisation et actions d’approfondissement, c’est bien la stratégie de formation qui est engagée sur ce territoire depuis 2009 avec l’ISTR.

Après la session en 2013 « pluralité religieuse et citoyenneté, une éducation à la paix », après celle de 2014 « faits religieux et initiation au symbolisme », voici donc ces nouvelles rencontres de printemps autour de la question du « fait religieux au féminin ».

En proposant ce type de session chaque année maintenant depuis 3 ans, et en relevant ce pari y compris lorsque les subventions de formation de l’Etat diminuent, je veux rappeler ici que la formation ne saurait se réduire à une autre forme de consommation rapide ou à la recherche de la réponse magique à appliquer de retour chez soi, comme on peut l’observer encore trop souvent, mais qu’elle passe nécessairement par des temps comme celui qui vous est proposé durant ces 3 jours.

C’est le parti pris de ce type de session que de nous réunir, que de prendre le temps d’écouter, de s’écouter, de partager, de réfléchir, pour faire culture commune, pour forger ou consolider nos connaissances, pour appréhender cet enseignement du fait religieux sous un angle nouveau, pour se questionner.

Merci donc à toute l’équipe de l’ISTR de nous permettre ces temps de pause, de respiration, d’introspection… et de convivialité.

Merci à vous tous d’avoir répondu à cette nouvelle invitation aussi nombreux.

Marc Keraudren