Christian Salenson, Vivre dans une société multiculturelle et multi cultuelle, Janvier 2016

Varef-Marseille

28 Janvier 2016

 

 

 

 

Vivre dans une société multiculturelle et multi cultuelle

 

 

                                                          Christian Salenson

                                                          ISTR-Marseille

 

 

 

 

Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’argumenter pour montrer que l’on vit dans des sociétés plurielles ? Le fait est là, prégnant et durable. La pluralité culturelle et religieuse existait auparavant mais la société était plus uniforme. L’hégémonie de l’Église catholique absolue sous l’Ancien régime après la révocation de l’Édit de Nantes en 1685, s’est poursuivie au XIXe et jusqu’à une période récente. Les musulmans étaient présents dans la République bien avant les années 1960 puisqu’il y avait trois départements algériens. Mais quelle considération la République avait-elle de ces Algériens musulmans ? Rappelons que contrairement à ce que prévoyait la loi de 1905, en son article 43, la séparation entre État et religion musulmane ne fut jamais appliquée en Algérie.

 

La République a été ébranlée au cours de son histoire par la présence et le rejet du judaïsme.  L’affaire Dreyfus a déchiré la France à la fin du XIXe. Les catholiques furent presque unanimement antidreyfusards. Rares furent ceux qui tels Péguy[1], ou Léon Bloy[2] prirent le parti inverse. Cet antijudaïsme qui a fini par anesthésier les consciences, s’est terminé comme l’on sait avec le nazisme, la collaboration de l’État français et le silence assourdissant des responsables de l’Église catholique lors des lois antijuives[3]. Peu nombreux furent aussi ceux qui prirent le parti de la résistance et souvent à l’encontre de leurs supérieurs hiérarchiques[4].

 

La question de l’altérité culturelle et religieuse se pose aujourd’hui de façon nouvelle, au sein de la société française à la faveur d’un métissage social, culturel et religieux, que l’on ne peut plus ignorer. Il est le résultat de l’immigration en particulier d’Afrique du Nord avec le passage d’une immigration de travailleurs à une immigration des familles, et plus généralement de la globalisation du monde qui voit désormais des populations fuir la guerre et/ou la famine.

 

 

  • La République face à la pluralité culturelle et religieuse

 

La République se trouve devant une situation inédite. Elle avait appris à composer avec les églises et particulièrement avec l’Église catholique qui, à la faveur d’une interprétation positive de la loi de séparation avait fini par accepter la laïcité. La République doit désormais relever le défi de la présence de l’islam. Or cette religion a une visibilité sociale plus forte que les églises chrétiennes. Les pratiques religieuses s’inscrivent socialement dans des règles alimentaires, des nourritures prohibées, des périodes de jeûne etc. et dans des coutumes religieuses vestimentaires, quasiment absentes avec le christianisme. Or cette visibilité sociale dérange un certain nombre de citoyens, d’autant plus que la religion est l’islam.

 

De nombreux français réduisent la religion à la liberté de conscience et s’imaginent, encouragés en cela par les discours médiatiques, que la religion doit être un phénomène privé. Or la religion est par nature publique. Depuis la loi de 1905, l’Église catholique n’est plus de droit public mais de droit privé au même titre que les partis politiques, les syndicats ou les associations mais elle se manifeste dans la sphère publique et participe comme les autres organisations sociales au débat démocratique. Au moment de loi dite du « mariage pour tous » un certain nombre de citoyens ne concevaient pas que des catholiques puissent manifester publiquement leur désaccord.

 

Le défi est double. La République doit apprendre à vivre avec cette pluralité religieuse. A contrario, les religions en général et l’islam en particulier, doivent apprendre à vivre dans des régimes démocratiques, dans lesquelles la religion n’est pas une évidence et ne s’impose pas à tous.

 

            Le communautarisme

 

Le communautarisme est souvent montré du doigt. Il se présente comme une tentation de repli de groupes religieux sur une culture native, réelle ou fantasmée. Il est souvent dénoncé, à juste titre pourrait-on dire, si on entend par là la fait que des groupes culturels ou religieux se retrouvent entre eux dans une sorte d’endogamie culturelle. Toutefois, on doit faire preuve de prudence et user de ce terme avec circonspection. Il me semble qu’il y a communautarisme quand il y a refus de participer à la vie et au destin de la communauté nationale mais qu’on ne peut accuser des groupes de communautarisme quand les manifestations d’appartenance culturelles ne contreviennent pas aux valeurs et aux règles de la République.

 

L’intégration

 

On oppose au communautarisme l’intégration. Mais ce concept lui-même mérite aussi quelques distances critiques. Que veut dire intégration ? Et intégration à quoi ? S’il s’agit d’accepter les lois qui gèrent le pays, la question ne supporte aucune discussion. Mais si par intégration, on entend l’uniformisation, chacun est en droit de la refuser. Chacun a le droit de manger ce qu’il veut, de s’habiller comme il l’entend et de prendre les loisirs qu’il souhaite et cela en vertu d’un droit humain fondamental qui est la liberté et la liberté d’expression. Il peut même y avoir des volontés d’intégration qui soient destructrices. Ce témoignage d’un djihadiste doit être pris avec prudence et surtout pas comme une justification mais il fait comprendre aussi comment des individus peuvent être déstabilisés :

« J’ai arrêté mes études. Mais c’est un choix, un suicide volontaire. J’ai été un élève plutôt brillant mais lorsque j’ai compris que le mode de vie que me proposait le système social français ou européen ou occidental cherchait à me déposséder de mon identité musulmane, de me désintégrer pour me faire adhérer aux valeurs dites nouvelles, j’ai senti que j’étais en danger dans ma personnalité [5]».

 

De fait la question se pose. De quelle intégration s’agit-il ? Chacun doit distinguer entre ses propres réactions viscérales et apprendre à vivre avec la désormais inévitable diversité du peuple français. Quelqu’un peut ne pas aimer le fait que des femmes portent le voile dans la rue, sa réaction est parfaitement légitime mais il ne peut vouloir l’interdire. Parfois on appelle intégration ce qui relève plutôt d’une volonté d’assimilation. Certains partis osent le mot.

Claire Ly, qui est une immigrée du Cambodge, internée dans les camps de Pol-pot, convertie à la foi chrétienne, substitue au concept d’intégration celui d’adoption. Cette notion a l’avantage de montrer la réciprocité et de l’inscrire dans une sorte d’apprivoisement mutuel dans la durée. On ne peut pas demander à quelqu’un d’adopter la France sans qu’en retour il soit adopté.

 

La laïcité

 

Face à ce défi la République dispose du principe de laïcité. Elle l’affirme dans sa constitution de 1958. « La République est laïque. » La laïcité est un principe juridique issu de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905. Cette loi a été durement acquise contre l’hégémonie de l’Église de France et à l’encontre des courants antireligieux ou gallicans qui entendaient en faire une loi de combat contre l’Église et d’achèvement de la déchristianisation. Cette loi fut en fait une loi d’apaisement que l’on doit à deux hommes d’exception que furent Aristide Briand et Jean Jaurès.

Elle instaure une séparation stricte entre l’État et les Églises : « l’État ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Mais elle est aussi une loi qui veille à ce que non seulement personne ne soit inquiété pour ses croyances, sa religion ou ses opinions mais encore que chacun puisse pratiquer la religion de son choix. A tel point que l’État subventionne des aumôniers dans les lycées, les hôpitaux et les prisons pour que chacun puisse vivre sa religion.

 

De tous temps la laïcité a été traversée de courants qui l’interprétèrent différemment. De nos jours, face à l’islam, certains courants anticléricaux ont même repris un regain de vitalité et trouvent la médiatisation dont ils ont besoin comme on le voit avec Michel Onfray par exemple. D’autres courants ont vu le jour. La laïcité qui était traditionnellement une idée de gauche a migré à droite, d’abord reprise par la droite républicaine qui pensait que désormais la laïcité n’inquiétait plus les catholiques de France et qu’elle pouvait être un bon argument électoral. La loi Stasi du 15 mars 2004, initié par François Barouin, en est un fruit. La droite républicaine n’avait pas imaginé que cette idée lui serait subtilisée par l’extrême droite. Les adeptes des religions en général et un nombre conséquent de démocrates demandent une laïcité ouverte. Ces conceptions différentes de la laïcité s’affrontent dans le champ social comme on l’a vu ces derniers jours entre le premier ministre Manuel Valls et Jean Louis Bianco, proche du président et responsable de l’Observatoire sur la laïcité, dans l’esprit de la loi de 1905. Un des problèmes majeurs est l’instrumentalisation politique de la laïcité par les partis politiques. Si la laïcité devient la religion civile de la société, alors le principe juridique qui garantit la vie en commun perd son efficacité. On comprend que les adeptes des religions prennent des distances avec ce qui deviendrait alors la religion civile de la République, comme l’a malencontreusement dit récemment un ministre.

 

Un des risques encourus est une laïcisation de la société, avec une volonté d’éradiquer les religions et toute manifestation religieuse de l’espace public. Ce serait contraire à la loi de 1905. Le cardinal Ricard a alerté sur ce point dans une conférence importante donnée à Rome : « L’État est laïc la société non ! » Entendons par là que dans la laïcité, l’État est neutre mais non la société. La neutralité des agents de l’État ne peut s’étendre à tous[6]. Les religions ont leur place dans l’espace public et dans le débat démocratique.

 

 

Conclusion de cette première partie :

 

Face à tout cela une question plus fondamentale se pose. Pourquoi la différence dérange-t-elle à ce point ? L’histoire européenne nous prédispose pas à une considération positive de l’altérité depuis les grecs qui qualifiaient les autres de barbares, les chrétiens et leur rejet des juifs, les indiens du nouveau monde dont on se demandaient s’ils avaient une âme, l’esclavage des noirs aux Antilles, les indigènes des colonies citoyens de seconde zone et jusqu’à la relation homme femme avec laquelle on en a pas fini, ni dans la société ni dans l’Église.

 

La révélation chrétienne nous fournit cependant des éléments de réflexion. Le mythe de Babel nous a appris le danger de l’uniformisation, d’une trop grande volonté d’unité, du refus des différences, de la volonté d’intégration. Il y a mieux à faire entre nous quand le récit de Pentecôte, sous la symbolique des langues de feu fait valoir l’unicité de chacun comme expression différenciée d’une unité originelle. Le même récit dit de manière fort imagée que lorsque chacun parle sa langue, il peut être entendu de tous. Le pape Jean-Paul II dans un célèbre discours de son pontificat a développé l’idée que l’unité est le fondement[7]. Entre deux êtres humains la différence n’est presque rien en rapport avec ce qu’ils ont en commun. Christian de Chergé a montré comment la différence est simplement une manière de décliner cette unité foncière.

 

 

  • Le choix et l’engagement de l’Église catholique

                                                                                                                 

 

Ceci me conduit à la deuxième partie de cet exposé. Je voudrais rappeler l’engagement de l’Église afin que nous puissions dans un troisième temps situer la vie des établissements dans cet engagement. Au concile Vatican II l’Église s’est solennellement engagée dans le dialogue entre les religions. Mais ce choix ne revèle vraiment sa pertinence que si nous l’inscrivons dans l’histoire récente. Le dialogue interreligieux a son origine dans le drame de la Shoah.

 

La shoah

 

La shoah est l’événement décisif du XXe siècle. Il reste pour une bonne part incompréhensible. Il marque une rupture décisive de civilisation. Il est le coup de grâce porté à la chrétienté, laquelle a largement participé à ce drame par des siècles d’antijudaïsme qui ont anesthésié les consciences. Pendant la guerre, la hiérarchie catholique fut largement pétainiste et son assourdissant silence lors du décret du statut des juifs[8] augurait du silence complice d’une grande majorité d’entre eux[9]. A la libération le très catholique de Gaulle a imposé le départ du nonce, et demandé le départ de 25 évêques que le nouveau nonce, le philosémite Roncalli, futur Jean XXIII et fin diplomate, parviendra à ramener ultimement à trois. La trahison de l’Église de France, et pire encore de l’Église d’Allemagne[10], ne doit pas faire oublier la réaction d’autant plus méritoire et l’entrée en résistance de chrétiens, sans le soutien de leur hiérarchie et parfois contre elle.

« La Shoah est née dans la décomposition de la chrétienté dans l’apostasie d’une Europe qui fut chrétienne » écrit Jean Dujardin[11] et a achevé la fin de la chrétienté. « L’apostasie des païens baptisés est le facteur religieux le plus significatif de la crise actuelle du christianisme [12]», écrit Clemens Tomas, l’auteur d’un essai de théologie chrétienne du judaïsme. L’antisémitisme a provoqué « une érosion des fondements chrétiens », un « écroulement de la conscience historique », un complexe païen et anti-juif, une hérésie docétiste, typique de la pensée grecque [13]».

 

            Nostra Aetate

 

Lorsque le concile Vatican II s’est ouvert le pape Roncalli a demandé qu’on envoie un message amical aux juifs. Déjà quelques chrétiens et quelques juifs s’étaient retrouvés au lendemain de la guerre pour s’interroger sur la responsabilité des chrétiens à Seelisberg[14], avaient dressé une série de points d’attention pour ne pas retomber dans « l’enseignement du mépris[15] », avaient fondé les amitiés judéo-chrétiennes[16] etc. De là sont nés la réflexion et la déclaration Nostra Aetate. Elle marque la conversion de l’Église dans son rapport au judaïsme, la reconnaissance par l’Église qu’elle est juive en ses fondements et l’ouverture à une relation positive avec les autres religions. Il n’a pas fallu moins de trois ans pour que les pères conciliaires se convertissent à ce nouveau regard.

 

En se positionnant ainsi, pour la première fois dans son histoire, l’Église inaugurait une nouvelle relation avec le monde. Désormais, elle ne se pense plus seule face aux autres religions mais elle se pense en relation avec elles dans un rapport sacramentel. Elle se reconnaît la mission non pas de convertir tout le monde à la religion chrétienne mais d’être dans le monde un signe d’unité, un signe du Royaume de Dieu. Elle ne s’identifie plus au Royaume de Dieu, dont elle est « germe signe et instrument ». Elle ne se pense plus comme étant à elle seule le peuple de Dieu mais elle le pense avec les juifs, le peuple élu, les musulmans « qui adorent avec nous le Dieu unique et miséricordieux [17]», avec les autres religions du monde et avec les hommes de bonne volonté. Beaucoup aujourd’hui encore n’ont pas pris la mesure de cette révolution copernicienne, de cette conversion de l’Église. Bien des discours et des comportements pastoraux demeurent anté conciliaires.

 

            Jean Paul II et Assise

 

Le pape Jean Paul II a posé de nombreux signes symboliques pour faire comprendre cette relation au monde et aux autres religions. Il a signifié une autre relation avec les juifs, se rendant à la synagogue de Rome, désignant les juifs comme « nos frères ainés » et parachevant tout cela au cours du voyage à Jérusalem en l’an 2000, en particulier lors de sa prière devant le mur occidental. Il s’était rendu au Maroc en août 1985 et a prononcé un discours qui constitue comme la charte des relations avec les musulmans. Enfin et surtout il a invité toutes les religions du monde à la rencontre d’Assise le 27 octobre 1986 pour une journée de prière et de jeûne pour la paix. Il a qualifié lui-même cette rencontre de « leçon de choses », de signe visible de l’engagement du concile. L’Église invite les religions du monde à vivre ensemble « leur vocation commune » d’ouverture de l’humanité à la transcendance.

 

            La liberté religieuse

 

Cet engagement de l’Église trouve son corollaire dans le décret conciliaire sur la liberté religieuse, Dignitatis humanis. Après avoir pendant longtemps rejeté cette idée, l’Église a reconnu en elle un droit humain. Le débat s’est ouvert alors pour savoir s’il s’agissait d’un droit positif nécessaire pour le vivre ensemble ou bien un droit fondamental lié à la nature même de l’homme. Ce fut ce point de vue qui s’est imposé. Le concile a affirmé que liberté religieuse est un droit humain fondamental et inaliénable qui a sa source dans la nature même de l’homme et dans sa dignité humaine et qui est nécessaire pour la recherche de la vérité. Depuis lors l’Église ne cesse de défendre ce droit et de le réclamer pour elle et pour les autres, croyants ou non-croyants.

 

 

            L’Eglise de France face à la laïcité et aux valeurs de la République

 

Pour l’Église de France, la laïcité est une des formes possibles de la liberté religieuse. La laïcité n’est pas une valeur comme on l’entend dire souvent, sauf à entendre par valeur non une valeur éthique mais une valeur sociale, ce que les sociologues appellent l’ethos. La laïcité n’a pas son fondement en elle-même. La liberté religieuse donne à la laïcité son fondement, son sens, sa visée et ses critères dévaluation. La liberté religieuse et la liberté d’expression religieuse et irreligieuse lui confèrent sa légitimité. Ultimement d’ailleurs en cas de conflit, la cour européenne des droits de l’homme se prononce en fonction de la liberté religieuse qui figure dans la Constitution européenne.

Aussi l’Église catholique qui a combattu dans sa grande majorité la loi de 1905 a appris au cours des décennies, à la faveur d’une application conciliante de cette loi, à vivre dans ce régime. La séparation lui donne une liberté qu’elle ne serait plus disposée à perdre par des formes concordataires, tant et si bien que les évêques dans leur Lettre aux catholiques de France ont parlé du « caractère positif de la laïcité ». Les papes eux-mêmes y avaient souscrit moyennant le fait que la laïcité ne soit pas antireligieuse.

 

            Les valeurs de la République

 

Les valeurs de la République ne posent pas vraiment de problèmes ni à l’Eglise ni à l’enseignement catholique[18]. Jean-Pierre Chevènement avait dit en son temps : « Les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité qui ont inspiré le combat républicain sont pour une large part des valeurs chrétiennes laïcisées. La liberté et surtout l’égalité sont largement des inventions chrétiennes. S’agissant de l’égalité, on ne peut qu’admettre l’audace à proprement parler révolutionnaire des Evangiles, faisant surgir cette idée neuve, contraire à toutes les normes et les idées d’un monde romain à la culture fortement hellenisée. Quant à la fraternité, elle est une traduction, à peine une adaptation, de l’agapé du Nouveau testament.[19] »

 

Bernard Cazeneuve l’a exprimé courageusement dernièrement à Strasbourg : « L’histoire politique ne doit cependant pas nous dissimuler  la réalité de certaines filiations. Certes, notre devise républicaine s’adresse à ceux qui croient au ciel, comme ceux à qui n’y croient pas. Pour autant, comme le relevait Jean-Paul II, notre devise nationale, « liberté, égalité, fraternité » rejoint bien à certains égards le message évangélique…

…Des figures telles que celle du Pasteur Dietrich BONHOEFFER ont magnifiquement témoigné de cet amour chrétien de la liberté, acceptant de subir le martyre plutôt que d’abdiquer face à la barbarie nazie.

De même, quand Saint Paul écrit aux Galates : « Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un », comment ne pas y voir la racine première de l’égalité républicaine de tous devant la loi ?

Quant à la fraternité républicaine, elle est l’expression politique de la grande question biblique “Qu’as-tu fait de ton frère?[20].

Si la laïcité et les valeurs de la République ne nous posent pas de problèmes particuliers, il convient cependant de les relire selon le « caractère propre » de l’enseignement catholique, à savoir aller jusqu’à son fondement dans l’anthropologie chrétienne. La laïcité est l’expression juridique de la liberté religieuse qui est un droit humain fondamental et qui elle-même se fonde dans la dignité de la personne humaine qui doit être libre pour chercher la vérité, comme l’a dit le concile Vatican II dans le décret sur la liberté religieuse[21]. De plus la laïcité, qui n’est pas la neutralité, doit aussi être vécue au sein des établissements comme une éducation à l’altérité.

 

  • Vivre la pluralité dans l’Éducation au sein des établissements catholiques

 

 

Rappelons d’abord que les établissements catholiques sont des sujets ecclésiaux comme le dit le texte sur l’École catholique au seuil du troisième millénaire. Ils sont donc des ecclesiola, comme le disait saint Bernard de chaque monastère. Chaque établissement est une ecclesiola. Les engagements solennels que l’Église a pris au moment du concile et quelle n’a eu de cesse de mettre en oeuvre au long de ces années, sont particulièrement vécus dans les établissements scolaires qui accueillent en leur sein une diversité culturelle et religieuse.

 

Mais nous devons situer la mission propre des établissements catholiques dans la mission de l’Église. En ce domaine, bien des confusions subsistent. Contrairement à une idée répandue, la mission ne consiste pas en la croissance de l’Église et sa forme essentielle n’est pas l’annonce. La mission de l’Église est à replacer dans la mission de Dieu qui consiste dans un dessein d’unité du genre humain avec Dieu et des hommes entre eux.

 

La mission de l’Église

 

L’annonce ne définit pas la mission de l’Église. Elle n’est qu’un moment particulier de la mission. Elle relève de la fonction prophétique, une de ses trois grandes fonctions : prophétique, royale et sacerdotale. Chacun occupe une place particulière dans la mission et participe plus ou moins à telle ou telle fonction. Ainsi les moines assurent dans le monde un service de prière, ils vivent plutôt la fonction sacerdotale. Le charisme de saint Vincent de Paul n’est-il pas le soin de toute forme de pauvreté ? Cela relève plutôt de la fonction royale ! Le pape François est entrain de rétablir l’équilibre de la mission en rappelant que les pauvres sont premiers et donc en réinvestissant plus vigoureusement la fonction royale.

 

L’enseignement catholique ne relève pas tant de la fonction prophétique que de la fonction royale. En effet sa finalité est l’éducation. Le but est donc « la promotion de la personne humaine ». Parmi les raisons avancées par les évêques il y a une vingtaine d’années pour conserver l’enseignement catholique, il n’y avait pas le prosélytisme mais le souci des pauvres.

 

Aussi les conséquences ne se font pas attendre ! La pastorale d’un établissement est son projet éducatif. L’École n’a pas d’autre but que l’éducation ! Et on ne doit pas se laisser perturber par certaines injonctions. Les textes officiels de l’Église sont tout à fait clairs : « le but est la promotion de chacun dans toutes ses dimensions ». Aussi nous devons éviter des confusions néfastes. La pastorale de l’École n’est pas l’animation pastorale. La pastorale de l’École n’est pas la catéchèse, les célébrations ou la première annonce. Toutes ces activités au demeurant très utiles et nécessaires, ne sont que l’animation pastorale. La pastorale de l’École est la totalité du projet éducatif et sa mise en oeuvre. Toute la vie de l’établissement est pastorale. La pastorale de l’établissement s’évalue à la manière dont l’Évangile est vécue ou non dans l’établissement et particulièrement à la manière dont tout élève est accueilli, considéré et peut grandir dans toutes les dimensions de son humanité. La pastorale d’un établissement s’évalue à sa qualité éducative évangélique puisque telle est sa mission ecclésiale. Elle s’évalue aussi à la manière dont chaque personne, quelle que soit sa place dans l’organigramme, est considérée.

Tout cela n’est pas toujours bien compris parce que l’on s’imagine à tort que la mission de l’Église consiste essentiellement à faire vivre et grandir l’Église, attitude que le pape dénonce en parlant d’Église auto référente. L’Église n’est qu’une humble servante qui s’efface devant un dessein d’amour beaucoup plus vaste que la réussite humaine de l’Église et qui est l’avènement du Royaume de Dieu. L’Église n’est pas le Royaume de Dieu, dont elle est « germe, signe et instrument [22]». Comme Marie, elle en est l’humble servante qui n’attire pas l’attention sur elle.

 

 

La mission pastorale du chef d’établissement n’est pas une partie de sa mission qui ferait nombre avec sa responsabilité financière, administrative ou autre. Elle est Sa mission dans laquelle les autres tâches prennent leur sens et sont évaluées[23]. Aussi la lettre de mission par laquelle il reçoit sa responsabilité pastorale de l’évêque et de son presbyterium responsables collégialement de la pastorale, porte de fait sur l’ensemble de sa mission qu’il est appelée à vivre de manière pastorale, c’est-à-dire à la manière d’un pasteur qui veille sur chacun, qui connaît chacun par son nom[24] etc. Son obsession est le bien des personnes et la croissance de chacun.

 

La pastorale dans un établissement est l’ensemble de la vie de l’établissement qui permet ou ne permet pas le développement des personnes, qui permet pour des établissements vincentiens que des garçons et des filles issues de populations moins favorisées accèdent à des niveaux de culture et de croissance. Quand j’entends dire sur Marseille, j’ai orienté des élèves vers un établissement vincentien parce que je sais que là ils seront suivis et qu’ils réussiront ! Quand j’entends dire après que c’est ainsi que cela se passe et que ces jeunes viennent faire voir leur bulletin avec fierté à leur ancien chef d’établissement je me réjouis et je rends grâce à Dieu car je vois dans les faits que le charisme fonctionne ! L’Évangile est vécu !

 

Nous devons aujourd’hui avoir une grande vigilance car les modèles économiques inspirées par l’idéologie libérale inspirent et aspirent parfois nos fonctionnements, nos raisonnements, nos comportements vers des attitudes très à la mode mais très éloignés de l’Évangile. L’Évangile est notre ultime repère ! Et pas des vagues valeurs évangéliques qui habituellement ne sont pas évangéliques du tout !

 

Le chef d’établissement a reçu cette mission qu’il porte avec son APS avec qui il s’interroge régulièrement sur la vie de l’établissement. Il ne peut déléguer cette responsabilité à personne. Toutes ses autres responsabilités sont à relire à l’intérieur de cette unique responsabilité. Elle ne fait pas nombre avec les responsabilités administratives, financières ou autres, y compris d’animation pastorale. Elle les englobe et les évalue. Je ne fais que citer le statut qui est d’une grande profondeur théologique et encore peu compris !

 

 

L’apprentissage de l’altérité dans la mission de l’École

 

C’est dans cette éducation qu’il faut replacer les apprentissages de l’altérité. Ils sont divers. Notre but n’est pas de former des citoyens ! Notre but est de former des hommes et des femmes aptes au dialogue et à vivre la pluralité, sous toutes ses formes. Au moment de la Révolution française pour développer les acquis de la Révolution Robespierre voulait former des révolutionnaires. Condorcet qui poursuivait aussi ce but faisait le choix de former non des révolutionnaires mais des hommes et des femmes à l’esprit critique. Il pensait que c’était le seul moyen de prolonger la révolution. Son point de vue finit par l’emporter. Selon le conseil de Paul Ricoeur, dans cette époque ou « le moi est incertain », nous devons former des hommes et des femmes qui n’absolutisent pas ce qu’ils sont, tout en ayant assez de confiance en eux pour faire valoir leur point de vue. Des hommes et des femmes qui seraient plus aptes que leurs ainés à être ouverts aux diverses formes de la diversité.

 

La diversité des sexes.

 

La première d’entre elles est la diversité des sexes. Il fut un temps où les écoles étaient de garçons ou de filles. Désormais elles sont mixtes. Mais il ne suffit pas de mettre ensemble des garçons et des filles pour qu’il y ait mixité ! La différence des sexes est la différence humaine fondamentale, matricielle que l’on apprend à vivre toute sa vie et à travers laquelle on advient, non sans traverser des crises et quelque soit son état de vie, à son humanité. Quand Dieu crée dans le livre de la Genèse, il crée mâle et femme. Ils deviennent hommes et femmes lorsqu’ils se rencontrent et se parlent[25]. Il y a là un symbole. L’École est au service de ces premiers apprentissages. Elle veille à ne pas reproduire des discriminations. Comment on enseigne l’histoire mixte, le français etc. Le débat sur le genre est faussé par ceux qui pensent que l’on choisit son sexe et tout autant par ceux qui pensent que les rôles sociaux sont déterminés par des assignations de sexe. Au-delà des idéologies, la question reste posée de l’avènement de cet ordre nouveau des relations inauguré par Jésus et dont parlait saint Paul en s’écriant : « il n’y a plus ni homme ni femme ! »

 

La diversité religieuse et l’enseignement du fait religieux.

 

La diversité religieuse est un des apprentissages que permet l’École. Cet apprentissage se fait de diverses manières mais déjà par l’enseignement du fait religieux dans les disciplines et parfois aussi dans des cours de culture religieuse. Il permet de sortir de l’ignorance, donne accès au patrimoine, éveille au langage symbolique et contribue à la compréhension du monde dans sa complexité, comme le rappelle le recteur Joutard. La diplomatie française elle-même réagit parfois avec retard ou fait preuve d’incompréhension devant certaines situations parce que la question religieuse est trop absente de l’intelligence du monde. Le ministre des affaires étrangères, monsieur Fabius le reconnaissait dernièrement dans un colloque sur religion et politique qu’il avait voulu à Sciences po Paris.  D’autres formes d’apprentissages de l’altérité se vivent au jour le jour dans la vie de l’établissement, et parfois jusque dans des échanges sur la foi.

 

En ce moment en discutant avec des chefs d’établissement des quartiers nord de Marseille mais pas uniquement avec eux, je me demande s’il ne serait pas utile que nous dispensions de véritables cours sur les religions. Bon nombre de musulmans sont dans une indigence telle par rapport à la connaissance de leur religion qu’elle les rend vulnérables à des idéologies dévastatrices et qui ne leur permettront jamais de devenir d’authentiques musulmans. Or j’ai envie que ce soit de bons musulmans ! L’Église, par son ministère universel se sent une certaine responsabilité de la foi des autres. D’une certaine manière, l’Église se sent responsable de la foi de petits musulmans.

 

Cet enseignement du fait religieux est freiné par l’ignorance des enseignants. Nous avons créé un DU sur l’enseignement du FR qui en est à sa quatrième promotion et nous pouvons dire aujourd’hui que c’est d’un immense profit pour les enseignants. Nous pensions leur donner des éléments de connaissance, nous découvrons qu’ils en sont humainement profondément transformés.

 

Le dialogue interreligieux

 

L’école est un lieu d’apprentissage du dialogue interreligieux adapté à l’âge et au niveau scolaire. N’entendons pas par dialogue de grandes discussions théologiques ! Il s’agit plutôt de faire l’expérience de la diversité des manières et croire et de l’acceptation de l’autre. Nous devons à tout prix éviter tout ce qui laisserait croire que tout le monde est pareil. Au contraire, nous devons permettre à chacun de dire sa foi et autant que possible de l’accompagner.

La messe pour tous est à éviter par respect de la foi des autres croyants et par respect de la messe. Je rappelle que dans l’Antiquité chrétienne, il était même interdit aux chrétiens de raconter même aux catéchumènes ce qui se passait pendant la célébration de l’eucharistie !

Nous balbutions encore mais ici ou là des expériences intéressantes voient le jour à travers des célébrations interreligieuses par exemple. L’autre jour avec des APS nous nous interrogions sur les initiatives communes possibles l’année de la Miséricorde puisque nous avons une foi commune en un Dieu miséricordieux et qui nous appelle à faire miséricorde[26].

 

La place des faibles

 

La diversité est aussi la diversité des aptitudes. J’ai vécu une expérience magnifique avec les gens de L’Arche de Jean Vanier qui étaient venus me solliciter pour une session puis finalement pour trois sessions nationales. En me mettant à leur écoute, ils m’ont fait comprendre la richesse de leur expérience avec des personnes handicapées mentales. Leur rencontre avec eux les ouvrait à ce mystère incroyable de la fragilité. Des personnes avec un handicap peuvent avoir une humanité extraordinaire et ceux qui sont en charge du soin peuvent en être profondément transformés. C’est comme si les personnes avec un handicap les autorisaient à avoir aussi leur propre faiblesse ou leur fragilité humaine. Dans un monde qui ne supporte pas la mort, ni la maladie, ni le handicap, ni l’échec il y a là vraiment une bonne nouvelle[27].

L’année de la Miséricorde nous invite à reconsidérer les fragilités des personnes. L’anthropologie chrétienne n’est pas l’anthropologie libérale. Comme le dit l’apôtre Paul : ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, ce qui est petit, méprisé de tous. »

Pour vivre la rencontre de l’autre, il est nécessaire de ne pas être suffisant. Les personnes plus faibles nous apprennent autant que les autres et parfois plus que d’autres ce que c’est que d’être un homme ou une femme. Cela ne tient ni à la beauté physique, ni aux capacités intellectuelles, ni à la situation sociale mais à la capacité à être vraiment humain.

La place des pauvretés dans les établissements scolaires est le véritable critère d’excellence d’un établissement. Elle oblige à l’innovation pédagogique. Elle humanise le parcours scolaire. Elle oblige à reconsidérer autrement l’échec etc.

 

L’éducation à l’altérité.

 

Un des enjeux majeurs pour un être humain est son aptitude plus ou moins grande à vivre de l’altérité. Un être humain montre les limites de son processus d’humanisation aux limites de sa capacité à vivre cette altérité aux différents niveaux : d’abord hommes et femmes, inter génération, culturel, religieux. L’homme macho ou la femme castratrice, l’antisémite ou l’islamophobe, celui qui refuse son âge ou celui qui dénigre la jeunesse, toutes ces dérives montrent les difficultés d’un être humain par rapport à lui-même.

 

L’ouverture à l’altérité n’est pas spontanée. Elle est le fruit d’une conversion. On en a un remarquable exemple dans la relation de Pierre et de Corneille dans les actes des apôtres. Ce pauvre apôtre Pierre est complètement enfermé dans sa culture juive et dans sa religion. Il fait sa prière sur sa terrasse et explique au bon Dieu ce qu’on a le droit de manger ou pas ! Ridicule ! Il faudra que l’Esprit saint le fasse descendre de sa terrasse, lui fasse prendre la route et répondre aux appels de ceux qui sont venus le chercher pour finalement se rendre chez Corneille le craignant-Dieu. Et là, il vont faire ensemble un expérience de Dieu qui va transformer la vie de Pierre !

 

La promesse de la rencontre

 

La rencontre est porteuse d’une promesse pour celui qui s’y risque. On ne devient jamais soi-même sans l’autre. On advient à son identité d’homme ou de femme par des femmes ou par des hommes, à son identité de croyants de plus en plus par la médiation d’autres croyants.

La rencontre de l’autre est porteuse d’une fécondité inattendue et toujours surprenante qui nous amène plus loin que la seule efficacité personnelle. Il n’est pas très difficile d’être efficace si on est un peu organisé. Il est humainement plus riche mais aussi plus délicat d’entrer dans la fécondité car elle suppose pour une part de passer par l’autre et de risquer sa confiance. On reconnaît là les grands responsables ! Un homme ou une femme qui se risque dans la relation avec l’autre, dans la conjugalité ou dans d’autres formes de la relation hommes/femmes, dans la différence religieuse ou dans la rencontre de la fragilité du handicap ou de certaines formes de pauvreté n’en ressort pas indemne mais il en reçoit une humanité renouvelée.

 

Marie n’a pas échappé à cette expérience fondatrice. Marie a reçu l’annonce de sa maternité mais elle ne réalise pas vraiment ce qu’il lui arrive. Il faut qu’elle rencontre Élisabeth et que celle-ci lui dise : « tu es bénie « – car c’est pas l’ange qui l’a dit mais Élisabeth – pour qu’elle réalise vraiment et qu’elle dise son bonheur. Comme le dit Christian de Chergé, « Élisabeth a libéré le Magnificat de Marie ». Il en faut des Élisabeth dans nos vies pour libérer ce que nous sommes et ce que nous portons ! Cela fait partie du mystère de la rencontre par lequel un être humain s’avance vers sa pleine stature. De cela modestement nous sommes les initiateurs dans les formes particulières de l’École.

 

Parmi les joies les plus profondes et les plus durables se trouve la joie de la rencontre. Cette joie explose dans le Magnificat de Marie. La joie d’un homme et d’une femme qui se reconnaissent. La joie de se retrouver dans nos différences avec tel ou tel ami musulman et de pouvoir partager le plus intime de la foi. Chacun expérimente alors, dans quelques moments de sa vie, la Visitation. Mais d’où vient cette joie que nous éprouvons ? Comment ne pas y reconnaître la présence de Celui qui depuis le début, dans le clair-obscur de la vie, accompagne notre marche avec tel ou tel compagnon d’Emmaüs.

 

 

Conclusion

 

 

Il est temps de conclure ! Le défi actuel de la diversité n’est pas gagné. Il est parasité par la politique, y compris par les échéances électorales proches. Mais je crois que Dieu veut écrire avec les hommes une nouvelle page de l’histoire de l’humanité. Son dessein a été révélé aux hommes. Il veut convoquer à sa table tous les hommes. Accepterons-nous l’invitation ? Inventerons-nous une nouvelle vie ensemble ?

 

Honnêtement je ne le crois pas. Je ne crois pas qu’on puisse inventer un vivre ensemble si quelques-uns d’entre nous, d’entre les croyants ne vivent pas le dialogue en allant jusqu’à offrir l’hospitalité à la foi de l’autre. Il faudra que des chrétiens et d’autres croyants acceptent de se donner l’hospitalité réciproquement, jusque dans la prière les uns avec les autres et les partages de la foi.

Les moines de Tibhirine et quelques autres sont pour moi des témoins sur la route, des signes des temps, des prophètes envoyés par Dieu. Ils s’étaient définis comme des « priants parmi d’autres priants ». Voilà un projet de vie pour des chrétiens où s’invente l’avenir de Dieu : « être des priants parmi d’autres priants ». être des croyants en dialogue constant avec les autres croyants et vivre le dialogue du quotidien sur l’horizon du dialogue mystique.

 

 

 

 

[1] Charles Péguy, « les cahiers de la quinzaine, Œuvres complètes, Gallimard.

[2] Léon Bloy, Le salut par les juifs.

[3] le premier Statut des Juifs du 3 octobre 1940, préparé par Raphaël Alibert, interdit aux Juifs français d’exercer un certain nombre de professions : fonctionnaire, enseignant, journaliste, dirigeant de certaines entreprises, etc.

[4] Les Cahiers du témoignage chrétien ; De Lubac, Lettre à mes supérieurs. Ou encore Yves de Montcheuil, Chaillet etc.

[5] Revue Esprit, n° 421, janvier 2016, p. 51.

[6] Question posée par la crèche baby-loup.

[7] Jean Paul II, « Discours aux cardinaux et aux membres de la curie du 22 décembre 1986 ».

[8] Le premier statut des juifs, octobre 1940.

[9] Le 30 septembre 1997 les évêques français ont reconnu leurs torts dans un acte de repentance lu à Drancy par olivier de Berranger. «  Trop de pasteurs de l’Église ont par leur silence offensé l’Église elle-même et sa mission. Aujourd’hui nous confessons que ce silence fut une faute…  »

[10] Quelques chrétiens allemands, peu nombreux, entrèrent en résistance, dont Dietrich Bonhoeffer.

[11] Jean Dujardin,

[12] Clémens Tomas, p. 218.

[13] ClémensTomas, p. 226.

[14] Pour lutter contre de fausses interprétations de l’Évangile qui pourraient encourager le mépris ou la haine du peuple juif, une conférence de 60 participants catholiques, protestants et juifs, s’est tenue à Seelisberg (Suisse) en 1947 et a adopté les dix points comme guide de la prédication et de l’enseignement chrétien (cf. Vatican II, Les relations de l’Église avec les religions non-chrétiennes, Cerf, « Unam Sanctam » n° 61, 1966, p. 310-311).

[15] Jules Isaac, L’enseignement du mépris,

[16] Les Amitiés judéo-chrétiennes sont nées en 1948.

[17] Lumen Gentium n° 16.

[18] La question serait plus délicate avec la morale laïque. Cette notion reprise par Peillon a été à nouveau abandonnée par la nouvelle ministre de l’éducation nationale.

[19] Jean Pierre Chevènement La laïcité positive fait partie du message de l’Europe allocution prononcée à Strasbourg le 23 novembre 1997.

[20] Bernard Cazeneuve, Strasbourg, décembre 2015.

[21] Dignitatis humanis.

[22] Redemptoris missio

[23] Statut, art. 145. Avec la responsabilité pastorale que lui confère la lettre de mission, le chef d’établissement a la charge éducative, pédagogique, administrative et matérielle de l’établissement.

[24] Jean 10.

[25] Marie Balmary, La divine origine

[26] Pape François, Miséricordiae vultus, n° 23.

[27] Christian Salenson, Bouleversantes fragilités, Nouvelle Cité, 2015.