Christian Salenson, Homélie de Noël 2020

Croix camarguaise — Wikipédia Homélie de Noël 2020

Chers amis,

En partage pour ce temps de Noël un peu particulier.

Avec notre amitié,

Christian et Dominique

            « Je vous annonce une grande joie ! » (Luc 2, 10) est-il dit aux bergers. Cela ne pouvait pas mieux tomber dans le contexte actuel de la situation de l’humanité aux prises avec un virus capable de confiner la moitié des êtres humains. Et le texte ajoute : « aujourd’hui ». On ne se réjouit pas parce que hier, il y a deux millénaires est né Jésus de Nazareth mais on se réjouit d’une grande joie pour « aujourd’hui ».  

            Pourtant il faut le dire nous sommes affectés par ce virus même si c’est de diverses manières : certains à cause de la crainte de la mort pour eux-mêmes ou pour leurs proches, d’autres par les problèmes économiques liés à la crise, tous parce que nous sommes contrariés dans nos manières de vivre, dans nos projets, etc. Tout cela est réel même si on doit le ramener à de justes proportions eu égard à ce qu’ont vécu les générations précédentes, aux prises avec de grands conflits ou des épidémies terribles. Mais il n’empêche que nous sommes atteints, y compris concrètement dans notre manière de vivre et de célébrer cette fête de Noël.  

            Allons-nous en rester là ? La foi nous fait regarder les événements avec un autre regard, le regard du disciple. Parmi les trois grands piliers sur lesquels repose la vie en chrétien : l’amour, la foi et l’espérance, il y a l’espérance. Péguy disait qu’elle était comme une petite fille qui tenait la main de ses deux grandes sœurs que sont l’amour et la foi. Vous connaissez peut-être ces croix de Camargue : la croix elle-même représente la foi, un cœur représente l’amour et une ancre marine représente l’espérance. Voilà une belle image : l’ancre empêche notre barque de dériver et d’être emportée par le courant. Mais une ancre a besoin d’être bien arrimée. L’espérance est solidement ancrée dans « la certitude que Dieu sait tout tourner en bien »[1].

Noël est un grand signe d’espérance qui se dessine dans le ciel d’aujourd’hui : « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière… » (Isaïe 9, 1). Les gens simples qui se rendirent à la grotte pour voir cet enfant qui venait de naitre ne savaient pas que l’histoire venait de basculer. Ils ne savaient pas qu’à partir de ce jour-là le bouleversement serait tel qu’on allait même compter différemment les années. Un monde ancien s’en allait… Un monde nouveau était en train de naitre, sous leurs yeux, mais eux ne pouvaient voir tout cela. Ils ne voyaient que le signe de ce bouleversement : un enfant nouveau-né. Mais chacun savait au fond de lui que le monde ne serait plus comme avant. Voilà les manières de faire de Dieu. Il aime se cacher dans d’humbles signes… 

Aucun de ceux qui se rendirent à l’étable ne repartirent comme avant. Les bergers revinrent en chantant à tue-tête comme des anges, les mages repartirent mais par un autre chemin, manière de dire que leur vie ne serait plus la même. Les artistes qui ont inventé la pastorale des santons l’ont bien compris et ont su nous montrer le changement de tous les habitants de Bethléem : le gendarme comme le boumian, le pauvre comme le riche Roustido. Aucun ne comprenait ce qui se passait mais tous pressentaient que demain ne serait pas comme hier. Marie ne savait pas non plus mais elle gardait les événements dans son cœur… et Joseph, la tête appuyée sur la main était pensif… Ils étaient prêts à accueillir le monde nouveau qui était en train de naitre. Ils avaient dit Oui, donné leur consentement. 

La naissance de Jésus nous intéresse particulièrement parce qu’en elle se trouve représenté le mystère de la nativité, de toute naissance, de toute renaissance. Jésus un jour le dira à Nicodème : « Nul ne peut vivre s’il ne renait d’en-haut ! »  Ce Noël est encore plus Noël que tous les autres. L’heure est à la renaissance … 

L’espérance n’est pas passive. Dieu peut faire du neuf et agir en toute situation mais il compte sur les hommes. Le monde dans lequel nous étions allait droit dans le mur… Mais à la faveur de cette crise le monde peut se réinventer ! Le pape François jette toutes ses forces dans la bataille pour une écologie intégrale Laudato si, pour appeler les hommes à une fraternité universelle Fratelli tutti, à une sainteté du quotidien Gaudete et exultate etc. Le monde peut aussi ne pas se réinventer. Dieu ne fera rien sans le bon vouloir des hommes… 

En tout cas, chacun de nous peut renaitre humblement en inventant un autre art de vivre, d’autres manières de consommer, d’être en relation. Cela ne dépend que de nous ! Avec une promesse écrite dans le ciel étoilé que vous verrez en levant la tête et en vous laissant emporter au fond de vous par ce mystère de Noël : « Paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! ».

Dieu ne veut rien d’autre ! 

Christian Salenson


[1] Pape François, Homélie de la veillée pascale 2020.