Christian Salenson, Dominique Santelli, Ouverture de la session

Ouverture de la session 

 

 

Christian Salenson

Dominique Santelli

 

 

I- Présentation

 

 

Marseille

 

Nous sommes heureux de vous accueillir dans la cité phocéenne, cette ville qui dans sa fondation porte en elle le signe de la rencontre des cultures, qui est cette année 2013 capitale européenne de la culture. Cette ville, souvent mal comprise de l’extérieur, est une mosaïque de peuples, de religions, de cultures différentes. Elle est tournée vers les autres rives de la Méditerranée.

 

L’ICM/ISTR

 

Vous êtes accueillis à l’institut catholique de la Méditerranée, institut associé aux universités catholiques de Lyon et plus particulièrement dans l’Institut de Sciences et Théologie des Religions. Cet institut vient de fêter ses vingt ans. Dans la pochette qui vous a été remise, vous trouverez une présentation de l’ISTR. L’ISTR développe trois départements. Un département d’études interreligieuses, un département de pastorale et de spiritualité qui veut penser la pastorale et la spiritualité sur l’horizon de la pluralité religieuse, un département des religions à l’Ecole. Ce département est organisateur de cette session.

 

La collaboration avec l’EC de la Région

 

Depuis de longues années une collaboration régionale s’est instaurée particulièrement entre les directions diocésaines de la région et l’ISTR. L’Institut apporte ses compétences spécifiques en matière de connaissance des religions et de théologie chrétienne …

 

 

La session « pluralité religieuse et citoyenneté, une éducation à la paix.

 

L’organisation de cette session nationale nous a été proposée par le Secrétariat général de l’EC et le délégué à la mission enseignement et religion (MER). Nous avons répondu favorablement.

 

L’enseignement du fait religieux

 

Cette session est sur l’enseignement du fait religieux. Rappelons brièvement ce que recouvre cette expression. Ces distinctions sont toujours à rappeler. Ce n’est pas la catéchèse ni un enseignement confessant de la foi, ni de la culture chrétienne. L’enseignement du fait religieux est demandé par l’Education nationale pour tous les établissements publics ou privés.

L’approche de cet enseignement relève de l’anthropologie religieuse et donc essentiellement des sciences des religions. En cela il se distingue d’une approche confessante. Nul n’est besoin d’être chrétien, ni croyant pour enseigner le fait religieux. Et son enseignement est bénéfique aux chrétiens et aux croyants qui apprennent ainsi à parler de la chose religieuse avec le seul usage de la raison.

Cet enseignement n’a pas à être utilisé à d’autres fins. Il n’est pas le cheval de Troie de la catéchèse ou de quelque forme de prosélytisme que ce soit. Que serait d’ailleurs une annonce de la foi construite sur de la malhonnêteté intellectuelle, de la ruse ou du mensonge… Cet enseignement du FR est essentiellement dispensé à travers les disciplines. Certains établissements ont aussi des cours propres. C’est aussi une possibilité.

 

 

II- But de cette session

 

Pourquoi avoir accepté d’organiser une session et ajouter ainsi une charge de travail supplémentaire ? Nous pensons nécessaire de mieux définir cet enseignement, ses évolutions, ses enjeux et les possibilités nouvelles et inexplorées qu’il offre… Après des années de réflexion, après les réformes des programmes quelles mutations que cet enseignement a subi…

 

Redéfinir

 

Nous voudrions contribuer à redéfinir l’enseignement du fait religieux : Quand nous disons : enseigner le fait religieux que disons-nous ? Qu’est l’enseignement du fait religieux ? Comment le vivre dans toute sa richesse sans tomber dans des travers que nous aurons l’occasion de dénoncer ? Suffit-il de dispenser un savoir ?

Souvent l’enseignement du fait religieux croise l’histoire des arts. Mais comment se fait cette rencontre sans instrumentaliser l’un ou l’autre ?

Cette redéfinition passe par une prise de conscience plus large de tous les domaines de la culture dans laquelle la religion se donne à voir. Matrices de culture, les portes d’entée sont multiples : l’histoire, la littérature, le cinéma, la BD, la politique, les arts, le sport etc.

 

 

Les enjeux

 

Cette question en appelle une autre : avons-nous conscience des enjeux de cet enseignement en général et de chacune de ses approches ? N’aurions-nous pas une vue encore trop partielle de ses enjeux éducatifs, sociaux, culturels.

 

En France, à cause de notre histoire, nous sommes privés d’une compréhension culturelle de la religion. Nous faisons figure d’exception puisque, en France, cet enseignement est exclu de l’université. Quelques universitaires, quelques penseurs, qui échappent à une idéologie laïque d’incompétence, pour parler comme Régis Debray, en mesurent le caractère très dommageable pour la compréhension de la société, des autres cultures, de notre histoire etc… Les religions sont constitutives des cultures, y compris des cultures sécularisées et leur connaissance est nécessaire pour comprendre le monde.

 

Nous devons donc nous réinterroger sur les enjeux de l’enseignement du fait religieux ? Quels en sont les enjeux personnels, culturels, sociaux, ou en terme de construction des savoirs, de construction de l’intelligence symbolique, de la construction de sujets. Nous avons besoin de dire quels sont les enjeux de l’enseignement du FR point par point à partir de toutes les ouvertures qu’offrent les programmes. Une meilleure conscience des enjeux permet en outre de développer des capacités et des initiatives éducatives.

 

La question de la paix

 

Parmi les enjeux, nous pensons que l’enseignement du fait religieux a à voir avec l’éducation à la paix. Nous voulions d’ailleurs appeler cette session : éduquer à la paix… Aujourd’hui on parle beaucoup d’éducation à la citoyenneté. Nous ne négligeons pas la nécessité de former des citoyens, mais que recouvre ce terme ? Nous sommes convaincus que l’on ne forme des citoyens qu’en formant d’abord des hommes et des femmes capables de capacité critique, y compris vis-à-vis des idéologies dominantes, et aptes à donner du sens à leur action et à leur existence. L’éducation à la citoyenneté est une éducation à l’altérité culturelle, sexuelle, religieuse, qui permet à une personne de conjuguer ensemble égalité et différence et de ne penser son identité de manière relationnelle.

 

 

III- Le contexte

 

 

Cette session s’inscrit dans un contexte plus large. Nous pouvons en retenir deux aspects : d’une part la refondation de l’école et d’autre part la situation religieuse du temps présent.

 

La refondation de l’école

 

La refondation de l’école est à l’ordre du jour. Indépendamment des opinions politiques elle est nécessaire. De quelle nécessité s’agit-il ? Au-delà de quelques modifications de programme ou des nécessaires aménagements de rythmes scolaires, il est urgent de donner aux générations futures d’avoir prise sur la situation, en leur donnant les moyens dont ils ont besoin pour la transformer. Cela passe par un autre regard sur l’enseignement, un apprentissage à l’Ecole de la vie démocratique, une sortie de l’utilitarisme immédiat qui ne cherche qu’à promouvoir des apprentissages professionnels, une remise en cause de la mathématisation de la société où tout est comptable, une capacité à vivre la différence, une équité homme / femme, une place reconnue aux minorités, un autre rapport à l’environnement etc. C’est dans ce contexte que prend place cette session nationale.

 

 

Le religieux dans les sociétés postmodernes.

 

Quelle est la place des religions dans les sociétés postmodernes ? La réponse ne peut être ni une relégation dans le domaine privé, ce qui serait contre nature et qu’elles ne peuvent accepter, ni une sorte de tolérance condescendante. La question que se posent des philosophes aujourd’hui porte sur leur place nécessaire dans les démocraties.

Les démocraties sont fragilisées sous la pression de l’économie et du secteur bancaire qui échappent à tout contrôle démocratique et à cause de l’idéologie sécuritaire florissante depuis le 11 septembre. Dans des sociétés plurielles, les démocraties ne disposent que du droit pour fonder le contrat social alors que se multiplient les diverses appartenances culturelles, religieuses, idéologiques. Les religions sont une ressource probablement nécessaire. Elles peuvent offrir à des sociétés démocratiques qui contrôlent leur place dans la société un supplément d’âme, de sens, de symboles, de traditions etc.

 

Les religions doivent participer aux débats démocratiques. Si cette place continue à leur être refusée, les religions s’inviteront et pas forcément de la meilleure manière. Elles peuvent enrichir la vie démocratique, à condition toutefois que ce soit sous le couvert du droit afin de les dissuader de toute tentation d’hégémonie politique. C’est d’ailleurs aussi leur intérêt et celui de leurs adeptes, pour une plus grande fidélité à leur mission propre.

 

 

Conclusion

 

Notre participation à tous ces enjeux est forcément modeste. Mais il convenait en ce début de session de dresser le cadre dans lequel s’inscrit cette session. Nous n’avons pas d’autre ambition que d’apporter notre pierre à la construction de personnes et d’une vie en société dans laquelle l’homme reste le bien ultime.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Christian Salenson, Conclusion, convictions, points d’attention

Conclusion de la session / Christian Salenson

 

 

 

Notre objet était de mieux comprendre l’enseignement du fait religieux, ses enjeux, sa contribution à la paix sociale, personnelle, sans quitter le respect de la diversité des croyances et sans confusion avec une démarche de type confessant pour ne pas porter atteinte à sa nature propre, par probité intellectuelle, par déférence aussi bien vis-à-vis de la démarche culturelle que de la démarche croyante… C’est en posant cette honnêteté de la démarche que le fait religieux peut être compris et déployé dans toutes ses dimensions et elles sont multiples.

 

Il est temps maintenant de recueillir à chaud ce que nous avons appris au cours de cette session. Et d’abord nous vous donnons la parole dans un florilège de textes, de phrases que vous avez bien voulu dire…

 

Nous avons essayé de notre côté d’écrire une conclusion de ces quelques jours, sans prétention à l’exhaustivité mais avec la préoccupation de dégager quelques axes vécus ou quelques axes de recherche à explorer par la suite dans nos pratiques, dans les formations, dans d’éventuelles publications.

 

 

Une meilleure intelligence de la laïcité

 

Tout d’abord, une meilleure intelligence de la laïcité. J. C. Ricci nous a montré la complexité du concept de laïcité trop souvent réduit et parfois instrumentalisé pour rejeter les religions dans le domaine privé. Il nous a appris au moyen du droit – et Jean Claude Ricci nous a montré combien il était maître dans son art – que la laïcité est un concept vivant, évolutif, en relation constante avec d’autres données de la vie… Il nous a appris à interroger ce concept.

Il nous a surtout appris que la laïcité n’est pas une valeur autonome mais qu’elle est en référence constante à ce qui, pour le coup, est une valeur fondamentale : la liberté religieuse. L’exercice de la laïcité s’évalue à l’aune d’un critère supérieur de jugement qu’est la liberté religieuse, liberté fondamentale des droits de l’homme.

Il nous a aussi entrainé plus loin que l’hexagone. La Laïcité française est en dépendance des traités européens et doit être lue à la lumière de la convention européenne des droits de l’homme.

 

Une meilleure intelligence de la place du religieux/ des religions.

 

Nous le pressentions mais nous l’avons vérifié. Nous avons besoin pour une meilleure intelligence de l’enseignement du fait religieux, de mieux comprendre la place et les enjeux du religieux et de la religion dans nos sociétés démocratiques et postmodernes. Nous devons sortir d’une vue simpliste des religions réduite soit à être la chronique d’une mort annoncée constamment repoussée, soit à son rejet dans la sphère privée.

 

Nous sommes dans une nouvelle étape de la relation religion / société. Ce que Jean-Marc Aveline, nourri de la recherche philosophique actuelle en Allemagne et en France, a appelé le « traduire ». Car aujourd’hui il ne s’agit pas simplement de transmettre mais de traduire. Il s’agit d’aller puiser et de rendre accessible ce trésor porté par une longue histoire, à travers des textes, des rites, des symboles… Les religions sont porteuses de richesses sur lesquelles on ne peut faire l’impasse et dont les démocraties ont besoin pour donner du sens et pas uniquement des règles. Soit dit en passant, même si ce fut exprimé rapidement, il y a là aussi l’espace de la théologie qui doit elle aussi non pas tant répéter des énoncés catéchétiques que dirent quels en sont les contenus en terme d’expérience, de sens, de promesse de vie concrète.

 

La dimension résistance.

 

La religion et les religions ne sont pas réductibles à leur dimension sociale ni à être une force d’appoint dans les sociétés, assignées, au moyen du dialogue entre elles, à éviter les conflits. Autant le politique doit veiller à ce que les religions n’aient pas la prétention à l’hégémonie, autant il ne peut les cantonner et les assigner à remplir une tâche établie. Il ne détermine leur programmation. A contrario, les religions sont une force de résistance critique contre une réduction à la raison instrumentale, à la quasi-religion du libéralisme, à la tyrannie du marché… dans une défense de l’humain. Or cela nous le vivons dans les établissements quand le caractère propre ne se réduit pas à un peu catéchèse, à la première annonce ou à quelques activités pastorales. La dimension de résistance se joue non seulement dans la société où les religions s’invitent dans le débat démocratique mais aussi au sein des établissements scolaires. Nous savons d’expérience la dérive de l’EC vers une école privée, instrumentalisée par des catégories sociales…

 

 

Des pistes de travail sont ouvertes :

 

 

Nous avions mis cette session sous le label de l’éducation à la paix et on disait en commençant que la paix n’est pas uniquement ni même d’abord l’absence de conflits mais qu’elle se déploie dans diverses dimensions : environnementale, de la relation à l’autre, de la pluralité culturelle et religieuse et aussi la dimension d’une histoire personnelle intériorisée.

Nous nous étions fixés comme objectifs une meilleure définition de l’enseignement du fait religieux, une meilleure connaissance de ses enjeux, une articulation dans l’éducation à la paix. Qu’avons-nous mieux compris ?

 

Dans la vie des établissements

 

L’adoption. Claire Ly a dénoncé le concept d’intégration dans sa violence de désintégration de la culture antérieure. Elle nous a alertés par rapport au risque de renvoi de jeunes issus de l’immigration à la culture de leurs parents … culture qui n’est pas la leur. Elle nous a proposé de penser en terme d’adoption dans la réciprocité d’une hospitalité réciproque. Il nous semble que la merveilleuse ambigüité du terme « hôte » dit quelque chose de ce positionnement dans l’altérité puisqu’un même mot désigne à la fois et tout aussi bien celui qui accueille que celui qui est accueilli. Voilà qui vient enrichir et donner sens à ce que vous vivez déjà, partiellement au moins, dans les établissements. Ce qui a été dit par Claire Ly est à croiser avec ce qui a été dit sur l’esprit d’Assise, travail entrepris par Monique.

 

Qu‘avons-nous mieux compris de l’enseignement lui-même du fait religieux ?

 

Nous le savions il n’est pas réductible à ce qu’il a été si souvent et que l’on voit dans les manuels, à savoir un enseignement positiviste. Nous entendons par enseignement positiviste le savoir écrasé qui ne donne pas accès au sens. On désigne les éléments d’une architecture religieuse, on se contente de les nommer sans ouvrir à la symbolique des lieux.

Nous savons aussi qu’il n’est pas réductible à une approche patrimoniale par laquelle certes on permet à des gens de ne pas être égaré dans la culture qu’ils habitent, d’avoir accès à ses productions culturelles mais qui en font plus des récepteurs passifs que des acteurs.

 

Qu’avons-nous mieux compris ?

 

 

Ouverture au symbole

 

Un des enjeux majeurs de la prise en compte du fait religieux dans l’enseignement est l’ouverture à l’intelligence symbolique du réel. Le réel ne se laisse pas réduire et appréhender par la seule raison instrumentale. Le concept ne suffit pas à rendre compte de l’intelligence des choses. Il a besoin de cette autre dimension de la raison qu’est l’intelligence symbolique. Ces deux formes d’intelligence du réel, celle du concept et celle du symbole se complètent. Ils sont comme les deux serpents du Dieu Hermès représentés dans le caducée des médecins qui s’entourent dans une juste distance et différentiation. L’un et l’autre s’enroulent sans se confondre ni s’éloigner et ainsi dégage l’espace de l’herméneutique, de l’interprétation de la vie.

Comprenons bien ! Il ne s’agit pas seulement d’explorer les symboles et les mythes et rites – mais c’est nécessaire de mettre les symboles en travail – mais d’entrer dans ce mouvement poétique d’intelligence comme on l’a vécu dans la journée de jeudi sur le terrain, comme on l’a entendu dans le travail d’Isabelle sur l’Au-delà. Il ne s’agit pas de transformer des symboles en concepts mais de les laisser travailler l’intelligence, la sensibilité, le rapport au temps etc… Nous sommes loin d’une approche positiviste du fait religieux !

 

 

Du visible à l’invisible…

 

On intitulerait bien ainsi l’apport de Ferrante Ferranti. Il ne nous a pas fait de discours conceptuel. Il nous a fait l’exercice sous nos yeux… Cet exercice qui consiste au moyen des images, de ce que l’on voit, de ce qui tombe sous nos sens, de nous ouvrir à la dimension cachée du symbole… Il a fait et refait constamment le passage, et nous en étions séduits, puis touchés, puis émus… Par des mots simples, tendres et fragiles comme des caresses, il nous a fait vivre cette ouverture de la réalité, de ce qui se voit, vers un ailleurs, des empreintes laissées dans la réalité vers la profondeur inaccessible du réel…

 

Intériorité

 

Mais alors l’apprentissage de l’intériorité est un des chantiers ouverts. Mais qu’est-ce que l’intériorité ? Le piège serait évidemment de ne voir là que ou d’abord la question de la prière étroitement comprise… ce qui nous interdirait dans un même instant de comprendre et l’intériorité et la prière ! … Nous avons vu en acte comment l’enseignement du fait religieux, à travers la photographie est un chemin d’ouverture à l’intériorité, dans ce passage sensible du visible vers l’invisible… nous l’avons entrevu avec la minute de silence dont nous a parlé Agnès, avec ces phrases étonnantes de jeunes… Assurément là s’ouvre un espace de recherche pour nous tous…

 

 

Qu’avons-nous mieux compris ?

 

 

Multiplication des supports et des entrées

 

Nous avons multiplié les supports… Le religieux ne se laisse pas enfermer dans des lieux, dans des espaces, ou dans des temps particuliers, dans les expressions de la religion… Nous avons vu comment il pouvait se donner à vivre dans l’EPS et que le rapport au corps était un lieu privilégié de l’incarnation ouvrant même à la dimension théologique de l’EPS ! L’incarnation n’est pas une notion théologique abstraite réservée à l’homme de Nazareth, mais ce que la théologie désigne comme un mystère est à l’œuvre dans la relation au corps de tout un chacun…

Nous sommes entrés par le cinéma… Nous pouvons utiliser (est-ce le mot qui convient) des séquences cinématographiques, et pas uniquement parce qu’elles abordent des sujets religieux mais parce qu’elles sont dans des démarches religieuses comme ce fut le cas pour le film de Pasolini à propos de la démarche de l’artiste… Nous l’avons vu aussi à partir du film « des hommes et des dieux », qui ne fut pas en vain un prix de l’éducation nationale…

 

 

Qu’avons-nous mieux compris ?

 

 

Compréhension du monde

 

Nous avons mieux compris que l’on ne peut pas comprendre le monde dans lequel on vit et la culture dans laquelle nous baignons sans la compréhension du religieux. Nous l’avons abordé par deux aspects : La relation avec le judaïsme est une blessure de notre culture. Ce refus de l’altérité traverse notre histoire depuis l’antiquité, en passant par l’affaire Dreyfus et jusqu’au drame de l’extermination. Anne Sophie nous a montré comment on pouvait à partir d’un simple roman de Schmitt, L’enfant de Noé, travailler ce lien avec cette dimension de la culture et ouvrir de nouvelles approches.

Marie-Laure nous a conduits dans une intelligence pondérée, scientifique, rigoureuse de l’islamisme aujourd’hui. Ainsi nous percevons bien que c’est l’intelligence non seulement de la culture mais de l’actualité et donc de la manière d’habiter aujourd’hui le monde qui pour une part est en jeu dans l’enseignement du fait religieux… Nous sommes loin de la seule approche patrimoniale…

 

Nous avons mieux compris pourquoi tant de résistances à l’enseignement du fait religieux qui n’ont d’égales que son urgente nécessité. Cela tient à la nature même de ce qu’est le religieux. Les phénomènes religieux sont complexes. Ils entrainent une véritable révolution culturelle, qui n’a comme enjeu à terme, selon Philippe Joutard rien de moins que la maitrise de la globalisation du monde dans laquelle nous sommes. Une refondation de l’école, dont on parle en ce moment, se laissera évaluer par cette capacité à ouvrir à l’enseignement du fait religieux et des arts… nous sommes loin de la marginalisation périphérique de ces enseignements.

 

Dominique nous rappelait qu’un enseignement objectif n’avait de sens que s’il ne faisait pas l’impasse sur deux choses : d’une part sur l’expérience humaine du divin et d’autre part sur les croyances dans lesquelles cette expérience tente de se dire, nous rappelant que, dans une apparent paradoxe, ces croyances, en un sens anhistoriques, furent souvent productrices d’une longue histoire .

 

 

Conclusion (éducation à la paix…)

 

 

Et puis il a ce qui ne peut se dire que par la médiation de la célébration… qui dit la même chose en nous le faisant vivre autrement et dans un au-delà des mots. Cette célébration d’une éducation à la paix, il nous plait de la voir dans la pièce ce Pierre et Mohammed, dans cette célébration d’une humanité plurielle pour rappeler cette belle expression de Pierre Claverie.

C’était la célébration de ce quasi-sacrement de l’amitié avec l’autre, avec tout autre différent et désiré…

 

 

Bibliographie des intervenants

Session nationale

Enseignement du fait religieux

 

 

 

Bibliographie des intervenants

 

 

 

Ferrante Ferranti

 

Empreintes du sacré,

                       Editions de la Martinière 2012

 

Lire la photographie

Ed. Bréal 2003

 

 

Jean Marc Aveline

 

La manne cachée

Ed. chemins de dialogue 2009

 

 

Claire Ly

Revenue de l’enfer,

Editions de l’Atelier

 

Retour au Cambodge

Editions de l’Atelier 2007

 

La Mangrove

Editions Siloé 2011.

 

 

Jean Guyon

 

Les premiers chrétiens en Provence,

Paris 2001

 

Philippe Joutard

 

                       Les camisards

                       Ed. Folio histoire 2001

 

Christian Salenson

 

                       Christian de Chergé, une théologie de l’espérance

Ed. Bayard 2009

 

                       Prier 15 jours avec Christian de Chergé

Ed. Nouvelle Cité 2006

 

Catéchèses mystagogiques

                       Ed. Bayard 2008

 

Les sept sacrements, sept clefs pour la vie

Ed. DDB 2012.

 

 

Dominique Chansel

 

L’Europe à l’écran

                       Le cinéma et l’enseignement de l’histoire

                       La Documentation française

2001.

 

 

 

Christian Frugoli, Arts et religions

Arts et religions

Par Christian Frugoli

 

L’art religieux n’est pas une affaire d’iconographie, ce n’est pas le sujet qui est important : il implique une attitude, tant chez l’artiste que chez le spectateur.

Albert Gleizes écrit : « L’art religieux est un acte qui devient sensible et au moyen duquel le spectateur prenant conscience de lui-même est du même coup entraîné vers le Créateur. »

L’art religieux se donne pour tâche de rendre visible l’invisible : une épiphanie qui ne sollicite pas que l’esprit, mais aussi le corps. L’œuvre nous accueille dans ses formes, dans ses rythmes : selon la façon dont elle investit l’espace, la matière, selon donc le vocabulaire plastique qu’elle se donne, elle nous requiert totalement, et d’autant de façons qu’elle nous invite à vivre le sentiment religieux.

D’où le parti pris de travailler ici sur des œuvres apparemment sans liens pour, ayant posé les différences et les défis respectifs, montrer qu’elles réclament à chaque fois un engagement. Elles interdisent en effet tout dilettantisme : on ne peut les aborder en esthètes seulement. Une tableau religieux ne décore pas une église : sa charge symbolique y fait advenir le divin. L’art religieux s’approprie, s’intériorise.

 

Nous montrerons d’abord qu’on ne peut investir une surface sans tenir compte de ses propriétés et sans composition adéquate. Après avoir rappelé ce qu’est le nombre d’or et quelles propriétés divines les mathématiciens de la Renaissance comme Luca Pacioli conféraient à ce nombre irrationnel, nous pouvons nous pencher sur une illustration médiévale (Très Riches Heures du Duc de Berry) témoignant de l’enthousiasme de ces artistes qui maîtrisaient assez le compas pour tracer le pentagone, figure de la quintessence divine, et par là même la plus apte à donner une image du Paradis dans sa perfection.

Avec une autre façon d’investir la surface d’un mur sur un format horizontal allongé, nous voyons Léonard de Vinci utiliser la technique du rabattement des côtés pour obtenir le carré central dont les perpendiculaires et les diagonales permettront de placer harmonieusement et symboliquement les personnages de La Cène. Gageons que les moines attablés dans leur réfectoire de Santa Maria delle Grazie ne vivaient pas indifféremment le voisinage de ce repas d’entre les repas.

 

Mais peut-être les arts visuels ne sont-ils pas encore assez convaincants pour admettre un implication de tout notre être car la vue est finalement le plus intellectualisé de nos sens.

Demandons un éclairage à l’architecture. C’est une évidence, on ne vit pas la même relation à Dieu dans une église romane ou une église gothique, sous une voûte en plein cintre ou sous une voûte à arc brisé, a fortiori en ogive. Dieu peut se trouver en regardant au fond de soi comme en élevant ses regards.

Il faut donc à l’architecte une intention. Son langage en dépendra, à condition d’avoir assez de connaissance de la pierre pour à la fois respecter ses exigences et repousser les limites de son utilisation.

Du sanctuaire roman, Georges Duby écrit qu’il « voulait être une représentation globale du cosmos et de ce microcosme qu’est l’homme, c’est-à-dire de la Création tout entière. Il montrait par conséquent Dieu lui-même, qui ne s’est point rendu dissemblable de ce qu’Il a créé. »[1]

Le plan dépendra donc des nécessités de la liturgie, de la fonctionnalité, de l’expression de l’ordre de Dieu dans la totalité de l’édifice comme dans la moindre de ses parties. Et dans l’art roman, cela passe par des rapports numériques car l’héritage de Pythagore est encore très vivant.

Mais ce qui vient d’abord, c’est ce qui est symbolisé. Pour comprendre cela, nous allons parler de l’église de l’abbaye de Cluny et laisser encore la parole à Georges Duby : « …car l’abbaye était dédiée à saint Pierre le pêcheur d’hommes, et l’abbé Hugues (…) voyait l’église du monastère comme un immense filet propre à capturer les âmes. »

Un vaste projet, et très coûteux que cette église : pour réunir les fonds nécessaires à sa réalisation, il ne faut pas moins qu’un mythe. En effet, cette église, dont l’architecte est vraisemblablement Hézelon de Liège, est attribuée à un architecte mythique, le vieux moine malade Gunzon à qui saint Pierre lui-même aurait commandé dans une apparition l’édification de l’église en lui montrant, au moyen de cordes pendant à ses côtés, comment dessiner le plan de ce projet colossal en utilisant justes mesures et proportions. Gunzon aurait alors miraculeusement recouvré la santé pour accomplir l’œuvre.

Saint Pierre nous aidera à passer à l’exemple suivant qui ira dans le même sens avec des moyens diamétralement opposés : Saint-Pierre de Rome en 1630, au cœur du Baroque. Après le long débat qui aboutira à la victoire du plan en croix latine de Carlo Maderno, qui exprime la souffrance du Christ, sur le plan en croix grecque de Bramante, qui dit le triomphe de la raison, il fallait encore quelque chose sous le gigantesque dôme pour dire l’incarnation. « Dans le temple renaissant, tel que l’a conçu Brunelleschi […] s’ébauche le passage de la condition charnelle à l’intelligible, le temps n’est plus, le lieu est subsumé plus que solennisé par le dôme, la raison prend le pas sur la passion et l’instinct ; et ainsi Saint-Pierre fût devenu, accomplissement de la structure cosmique, l’image au moins d’une Forme enfin délivrée de ses attaches terrestres. Mais était-il possible, vraiment, que se réalisât un parti si contraire à l’idée chrétienne […] de l’incarnation hic et nunc ? »[2]

Et c’est pour éviter cela qu’intervient le jeune Bernin, au service d’Urbain VIII. Le Pape veut affirmer la primauté du siège romain en manifestant la présence du tombeau de saint Pierre par un signe qui ne fût pas écrasé par la coupole. Bernin trouve la solution géniale du baldaquin : « Quatre gigantesques colonnes torses, coulées en bronze, s’élèvent d’un seul élan à la croisée du transept, quatre anges de grande taille les surmontent, superbes de grâce et de mouvement, et derrière chacun prennent appui fortement quatre véhémentes volutes, dons les sommets s’accolent pour supporter le globe et la croix. Toute la partie haute plane sous la coupole de Michel-Ange moins comme un dais que comme une sorte de couronne. On dirait aussi d’un vaisseau qui avancerait, dans l’espace démesuré de la basilique, avec son équipage d’un autre monde. Une présence, en tout cas, un surgissement, une autorité – et voilà bien ce qui est nouveau. »[3] Le visiteur se trouve emporté, corps et âme, avec ses pulsions, ses désirs qui ne sont plus rejetés mais assumés, au sein de l’amour, dans la gloire de Dieu, dans la présence pure ; « la grâce vient à qui se dépense. Dans l’intensité de l’engagement terrestre une conversion se produit, et ce néant se découvre éblouissante intériorité. »[4]

 

Nous chercherons une dernière clé dans les grandes peintures murales de Mark Rothko, un expressionniste abstrait vers 1960.

Un choix étrange pour un exposé illustré, car sa peinture ne peut être vue sur un écran (pas plus d’ailleurs que la majeure partie des œuvres choisies pour cet exposé !) : elle veut qu’on se pose face à son mystère, il faut sentir l’air autour. Encore cette ironie va-t-elle dans le sens du propos.

Un choix validé par cette déclaration de Rothko : « Je ne m’intéresse pas au rapport entre la couleur et la forme ni à rien de tel. La seule chose qui m’intéresse, c’est d’exprimer des sentiments humains fondamentaux, la tragédie, l’extase, le destin funeste et ce genre de choses… Le fait que beaucoup de gens fondent en larmes en voyant mes tableaux prouve que je suis en mesure d’exprimer ce type de sentiments humains fondamentaux. Les gens qui pleurent en présence de mes tableaux font la même expérience religieuse que celle que j’ai faite en les peignant. »

Penchons-nous sur les Seagram Murals, un ensemble de peintures destinées par une commande à rythmer l’architecture intérieure d’un restaurant prestigieux à New York, sur Park Avenue. Après avoir souhaité que ses toiles coupent l’appétit des « pauvres types déjeunant là » ; reconnu que son inspiration était sans doute due à l’escalier de la Bibliothèque laurentienne à Florence par Michel-Ange, avec ses fenêtres murées ; Rothko a décidé de rompre le contrat et de disperser ses toiles qui sont comme des fenêtres, ouvertes, fermées, sur un mystère insondable, plutôt que de les voir « décorer » un restaurant.

Plus tard, les grandes toiles grises de la Chapelle Rothko à Houston, trouveront leur place dans un lieu propice à la méditation : on peut s’y installer face à elles, dialoguer avec elles, se recueillir, dans cette lumière incertaine voulue par l’artiste.

Ce serait les dénaturer que de vouloir, comme le jeune et richissime trader du film de David Cronenberg, Cosmopolis, les acheter pour montrer sa puissance et décorer son appartement.

[1] Georges Duby, Le Moyen Age, Skira (1967)

[2] Yves Bonnefoy, Rome 1630, Flammarion (1970)

[3] Yves Bonnefoy, ibid.

[4] Id. ibid.

Claire Ly, Intégration et identité

Intégration et Identité

 

 

Bouddhiste d’origine, convertie à la foi chrétienne à l’âge de 36 ans, réfugiée politique, naturalisée française en 1989, je fais partie de ces personnes marquées par deux cultures, deux traditions spirituelles.

À l’heure où l’identité fait débat sur la terre française, je voudrais partager avec vous mes expériences de femme, femme immigrée, femme citoyenne et femme disciple de Jésus-Christ.

Pour ce partage, je me placerai uniquement sur le plan existentiel. J’éviterai toute position moralisante ou politicienne.

L’identité est une réflexion qui touche profondément notre être, elle mérite d’être partagée dans la sérénité, en dehors de tout discours idéologique ou religieuse…

 

J’aborderai en première partie

– la violence de l’immigration,

Je pointerai

– les limites de l’intégration à la française,

Et je terminerai par :

– quel vivre ensemble possible ?

 

1) – la violence de l’immigration…

 

L’expérience migratoire est d’abord une expérience d’altération faite de violences psychologiques. Sur la terre française, l’immigrée que je suis a perdu ce qu’Albert Camus appelle « l’accord de la terre et du pied ». Tout immigré est convoqué ainsi à vivre une sorte d’étrangeté de soi-même.

J’ai vécu l’immersion dans la culture française, comme une violence psychologique. Car

« Chaque forme d’émigration produit inévitablement par elle-même une sorte de déséquilibre. On perd quelque chose de sa verticalité, quand on ne sent pas sa propre terre sous ses pieds, on perd de sa sûreté, on devient plus méfiant à l’égard de soi-même ». (Stefan Zweig, philosophe autrichien 1881-1942).

 

Beaucoup de facteurs vont être sollicités quand on est déplacé de sa culture native. Ce sont des facteurs qui ne laissent personne neutre ou indifférent, car ils touchent profondément notre affectif. Des facteurs qui nous affectent…

L’expérience migratoire est toujours une expérience d’altération faite de violences psychologiques qui font perdre leur verticalité aux migrants.

Cette violence psychologique amène tout migrant à une prise de conscience très aiguë du sens de la culture. Voici la définition que l’UNESCO lui donne en 1982 :

La culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances… La culture donne à l’homme la capacité de la réflexion sur lui-même. C’est elle qui fait de nous des êtres spécifiquement humains rationnels, critiques et engagés.

 

Notre culture d’origine est celle qui nous structure….

Une erreur regrettable de renvoyer les enfants d’immigrés à la culture d’origine des parents…

Sont-ils Français? Les enfants des immigrés de la 2ème ou 3ème génération, nés en France, Français par les papiers mais considérés comme étrangers par leur nom et leur faciès. (Courriers des Lecteurs, le monde du 7/9/2009)…

Fracture d’images : Ces jeunes sont structurés par la culture française, mais ne se sentent pas acceptés.

 

La première et la plus courante est la violence de la langue.

Maîtriser la langue française est l’étape essentielle que tout étranger doit franchir pour retrouver l’équilibre. C’est l’étape nécessaire pour se faire respecter par les « Français de souche ». Il ne suffit pas de « baragouiner » le français, il faut le parler jusqu’à pouvoir exposer ses idées et dire le plus profond de soi-même avec cette langue étrangère. Par conséquent, l’apprentissage de la langue ne peut pas être approché seulement comme œuvre de charité (réservé au caritatif en France) ; un certain professionnalisme est nécessaire (cf. le Canada, où cet apprentissage est confié à l’université).

Il ne suffit pas de connaître la langue mais de faire de cette langue, notre langage.

Nuance entre langue et langage…

Langue : système d’expression

Langage : désigne la fonction de ce système d’expression; langage est un corps et une âme, une matière et un esprit.

 

La deuxième violence relève de l’identité.

 

Les phénomènes migratoires ont donné naissance à l’identité qui se décline au pluriel, une identité déstabilisante pour l’être social du migrant. Ce dernier ne sait plus dans quelle mémoire, quel héritage s’inscrit véritablement sa vie. Il se sent alors « mal à l’aise » dans son nouveau lieu de vie. Une inquiétude sournoise l’habite, elle fragilise l’image qu’il se fait de lui-même. Il est ainsi soumis à des tentations sécuritaires illusoires.

J’ai subi ces tentations sécuritaires. Elles épargnent si peu de personnes à l’heure du métissage et du brassage des cultures et des religions ! Ces tentations provoquent des crispations qui s’interpénètrent. Pour les canaliser et les maîtriser, j’ai pris l’habitude de les classer en deux catégories : les crispations puristes et les crispations nostalgiques.

 

 

1- Crispations puristes

Le premier souhait de tout arrivant dans un groupe est d’être comme tout le monde. On veut être « intégré » à tout prix. Il faut arriver à être « comme eux ». Se conformer sans aucune originalité à la structure d’accueil, qu’elle soit citoyenne ou religieuse. Hélas, cela relève de la mission impossible pour nous autres, les Asiatiques.

Sur le plan de la citoyenneté, notre faciès ne nous permet pas d’être français tout court. Les Français « de souche » ne voient en moi que l’Asiatique ou au mieux la Cambodgienne. Faut-il crier pour cela au racisme ? au politiquement incorrect ?

Il est certain que le regard des autres remet en question la compréhension que nous avons de nous-mêmes. Il nous met mal à l’aise car il nous rappelle constamment notre différence.

Et les crispations puristes deviennent délicates, explosives quand l’identité se fige sur l’appartenance religieuse.

Les « nouveaux arrivés» dans une religion donnée se révèlent souvent plus zélés, pour ne pas dire plus fondamentalistes, que les anciens. Psychologiquement, une personne qui quitte une tradition pour une autre a tendance à rejeter en bloc la première. Ce déni de son histoire antérieure répond aux désirs très humains de justifier son choix et de se faire accepter par la tradition d’accueil. Ces désirs inhibent pour un temps toute différence, toute critique.

 

2- Crispations nostalgiques

Elles sont à l’inverse des crispations puristes. Elles deviennent des crispations communautaires par réaction au « nivellement identitaire », selon le concept de l’intégration à la française.

Mon faciès ne me permettra jamais d’être complètement « comme eux » ? Je proclame alors haut et fort ma différence. L’immigré est otage de sa nostalgie. Oui un exil c’est un lieu d’ombre et de nostalgie, nous dit Victor Hugo. « Avant », c’est toujours mieux. La mémoire est tournée vers le passé. L’héritage se fige comme le sang face à la peur de la nouveauté. L’identité perd sa qualité d’adaptation comme l’huile perd sa fluidité en se figeant dans la bouteille.

L’immigré a tendance à idéaliser à outrance les traditions de sa culture d’origine. Il le fait d’autant plus facilement qu’il n’y est plus immergé.

Lors de mes nombreux séjours dans mon pays d’origine, j’ai pu constater que nous, les Khmers de la diaspora, avons tendance à être plus attachés à l’héritage de la tradition que ceux qui sont restés au pays. Les conforts matériel et intellectuel de notre vie occidentale ont certainement contribué à embellir la mémoire du passé. Cet embellissement est cristallisé par la nostalgie, les ressentiments, la peur de l’autre. On s’enferme alors entre semblables, sans oser une curiosité vers la terre d’accueil.

 

2)- Les limites de l’intégration à la française

 

Ces crispations suscitées par les tentations sécuritaires sont autant d’impasses de l’intégration à la française.

En outre, le mot intégration véhicule des concepts négatifs tels que l’assimilation, la fusion, l’incorporation.

Suffit-il devant ces problèmes existentiels de proclamer haut et fort des impératifs moraux ? Pour les uns, les descendants d’immigrés non-européens sont victimes du racisme de leurs compatriotes blancs. D’autres dénoncent ceux qui revendiquent la plénitude des droits rattachés au statut de citoyen tout en refusant de se comporter comme de vrais Français.

Tenir un discours qui se contente seulement de dénoncer le racisme des uns envers les autres, relève de tartuferie : «  Couvrez ce sein que je ne saurais voir  ».

 

Pour construire un vivre ensemble, nous sommes convoqués à nous poser de vraies questions :

Quel rapport, ceux qui deviennent Français peuvent-ils entretenir avec l’environnement et les pratiques de leur nouveau pays ?

Il y a là une condition pour qu’ils puissent se sentir pleinement Français et pas seulement « Français de papiers ».

Ce rapport ne sera pas le même, selon que je ne vois que des obligations imposées arbitrairement, ou que j’adhère à la vision de la société de mon pays d’accueil et que j’apprécie les mérites de cette vision : cette seconde perception m’amène à me les approprier, à les adopter librement…

Mais souvent les codes de la société française restent opaques pour les nouveaux arrivés. On sent qu’on y est sans cesse jugé, évalué, scruté ; mais on ne connaît pas vraiment les critères de ces jugements. Il faut ici des passeurs, des « pontifes » : ceux qui font des « ponts » et qui aident à traverser…

Après plus de trente ans en France, j’ai appris que ce pays est singulier. La France singulière est tiraillée entre son corps politique et son corps social. Politiquement, on peut dire que la France a plus ou moins réussi un accomplissement remarquable. Le suffrage universel fonctionne, la justice est quasi indépendante, les règles d’accès à la nationalité sont claires. Sur le plan politique, on peut dire que la France est ouverte sur l’universel de la raison. Mais l’égalité politique n’a pas mis fin à l’inégalité sociale…

Sur le plan social, la France reste un pays fondamentalement hiérarchique. On est attentif à mille critères qui distinguent chacun de ses semblables…

J’ai passé quelques années à déchiffrer cette France singulière. La France est traversée par une faille entre son corps politique et son corps social… entre ce qui relève du public et ce qui relève du privé.

Exemple, le choix de l’école pour ses enfants : une logique politique voudrait qu’il soit indifférent à l’origine sociale des élèves que l’on aura à côtoyer, une logique sociale va accorder une place centrale à ces origines.

Cette dualité entre corps politique et corps social traverse l’être même de l’immigré. Française « non-souchiste », je me sens plus à l’aise avec des Français de souche issus de la même classe sociale que moi, bourgeoise, qu’avec les immigrés Cambodgiens qui n’ont pas la même origine sociale que la mienne.

 

3) – Quel vivre ensemble est-il possible ?

 

Je propose une ouverture au concept de l’intégration. Cette ouverture passe par l’adoption.

La Française que je suis aujourd’hui préfère parler d’adoption : j’ai adopté la France et la France m’a adoptée.

Le mot adoption implique un espace de liberté indispensable à l’immigré : il se sent ainsi respecté dans la totalité de son être. C’est une reconnaissance qui lui permet de grandir harmonieusement dans cette culture autre que celle de sa naissance.

L’adoption m’a appris à sublimer ces crispations identitaires. Elle me permet de poser ma citoyenneté sans complexe, tout en revendiquant mes origines. La France est mon pays d’adoption, et ma citoyenneté française relève d’un choix libre, sans contrainte. Faute de pouvoir être un Français originel, j’ai appris à être un Français original, écrit un jeune en réponse à la polémique sur le délit du faciès.

Si j’ai pointé les tensions comme autant d’impasses pour l’intégration à la française, je ne crois pas non plus au multiculturalisme. Un multiculturalisme qui consiste à vivre côte-à-côte sans inter-agir…

Le multiculturalisme amène l’isolement du groupe, et la non-protection de l’individu dans son groupe.

Je ne peux pas croire à une société où les cultures se contentent de vivre côte à côte, comme je ne peux croire à une société sans classes, je veux dire niant les différences.

Le modèle français, qui veut que tous se mêlent et soient solidaires dans un espace public marqué par une laïcité exigeante, mérite d’être défendu. Ce modèle n’est pas parfait car il soumet les nouveaux venus à des pressions sociales fortes. Mais enfin de compte, la liberté que ce modèle offre est plus forte et plus profonde que le communautarisme…

C’est cette liberté offerte qui est le moteur de ma patience dans l’apprentissage de la France. J’apprends chaque jour à lire les codes de mon nouveau lieu de vie. Cet apprentissage demande de la patience, de la compassion… Mais je veille à ne pas me laisser aller dans la complaisance avec certains qui se laissent gouverner par leur passion : nationaliste, religieuse ou autre…

 

Les pressions sociales fortes dans le modèle français peuvent être atténuées par l’adoption réciproque. Cette adoption réciproque fait naître une identité en devenir. L’adoption réciproque passe par l’hospitalité spirituelle et culturelle. Pour vivre cette hospitalité, nous sommes convoqués à :

 

  1. quitter notre territoire,
  2. traverser la frontière,
  3. entrer dans la maison de l’autre,
  4. nous exposer au bon vouloir de l’autre,
  5. renoncer à imposer d’emblée notre façon de voir…

(Pierre-François de Béthune, l’Hospitalité sacrée entre les religions –Ed. Albin Michel Septembre 2007)

L’adoption réciproque est à l’image de la mangrove. La mangrove est une forêt littorale située à l’interface entre la mer et la terre. Vivre à la frontière de l’océan et de la terre n’est pas une mince affaire

La mangrove est la matrice d’une nouvelle génération où les cultures et les religions apprendraient à se connaître en vérité et à se féconder les unes les autres. Ce ne sera pas très facile, mais ce sera passionnant…

 

La mangrove protège la côte en amortissant les vents, les cyclones, voire les tsunamis. Les migrants sont bien placés pour amortir le choc des cultures et des civilisations. Nous avons à inventer une nouvelle façon de vivre ensemble pour que la rencontre des diverses cultures et religions n’engendre ni une monophonie, ni une cacophonie, mais une vraie symphonie…

(Claire Ly – La Mangrove, À la croisée des cultures et des religions- Éd. Siloë 2011, page 156)

 

Dominique Santelli, Quel enseignement du fait religieux et pour quoi ?

 

QUEL ENSEIGNEMENT DU FAIT RELIGIEUX ET POUR QUOI ?

Dominique Santelli

Le fait religieux est aujourd’hui inscrit dans les programmes du cycle 3 à la terminale. L’analyse des programmes et des manuels laisse apparaître un enseignement mutilé. Comment (re)donner du sens à un enseignement que les vulgates éditoriale et pédagogique ont parfois rendu stérile ? Comment remédier à l’inculture religieuse et former de futurs citoyens éclairés ?

 

  1. Pourquoi enseigner le fait religieux ?

 

On l’a dit toute la semaine : on enseigne le fait religieux parce qu’il permet de mieux comprendre le monde contemporain. Cela ne s’imposait pas il y a ne serait-ce qu’une vingtaine d’années car les cornettes et soutanes avaient disparu et les foulards étaient réservé à Grace Kelly dans les films d’Hitchcock. La sécularisation des sociétés européennes était bien avancée et personne ou presque ne prédisait ce que l’on a appelé « le retour du religieux ».

En ce début du XXIème siècle la sécularisation continue et le « religieux » remplit avec force nos écrans de télévision. A l’occasion de l’élection d’un pape, d’un enlèvement en Afrique ou de la guerre au Mali, « le religieux » s’invite dans nos classes et les élèves cherchent auprès des enseignants des clés pour comprendre cette actualité livrée de plus en plus brute et brutale.

Les phénomènes religieux jouent aujourd’hui un rôle très important, en particulier en géopolitique contemporaine. Mais la télévision, principal moyen d’information sur l’actualité, aborde souvent les religions lors d’évènements spectaculaires, voire violents qui déclenchent chez les jeunes des réactions de type émotionnel. L’intervention de Marie Laure Smilovici nous a permis d’y voir plus clair dans le brouillard médiatique. Connaître les religions est donc essentiel pour interpréter l’actualité. Pour mieux la comprendre il s’avère nécessaire de resituer les évènements dans leur contexte historique et culturel et appréhender la complexité du monde et des religions et en leur sein des confessions.

Nos établissements accueillent des élèves d’origine culturelle, religieuse et idéologiques variée. Ils sont le lieu privilégié de l’apprentissage du respect mutuel. Dans un contexte international marqué par des intégrismes religieux et des expressions quotidiennes d’intolérance religieuse, la tâche n’est pas aisée. Le contexte au Moyen-Orient rend plus que jamais nécessaire de dépassionner les questions religieuses mais aussi de travailler à une meilleure connaissance des religions.

Il faut donc aider les élèves à en décrypter les signes, à trouver des ébauches de sens. C’est la première raison qui impose l’étude du fait religieux à l’école. D’où son inscription dans la loi.

En effet le socle commun de connaissances et de compétences dans son pilier 5 « culture humaniste » dit que en terme de connaissances « les élèves doivent comprendre l’unité et la complexité du monde par une première approche du fait religieux en France, en Europe et dans le monde en prenant notamment appui sur des textes fondateurs (en particulier, des extraits de la Bible et du Coran) dans un esprit de laïcité respectueux des consciences et des convictions. ». Cette inscription dans la loi du fait religieux est le résultat de débats, colloques et rapports qui ont agité le monde enseignant en général, l’enseignement catholique en particulier mais aussi la société civile maintenant une bonne vingtaine d’années comme vient de nous le rappeler Philippe Joutard.

Une question cependant se pose dès à présent : « l’acquisition de connaissances » est certes suffisante pour connaître mais est-elle suffisante pour « comprendre ce monde complexe »  ? Une des résolutions des Assises de 2001 était « une école de toutes les intelligences » et Paul Malartre nous a rappelé lundi que l’intelligence religieuse en faisait partie.

 

La deuxième raison est repérée depuis de nombreuses années : Permettre l’accès au patrimoine culturel et à sa dimension symbolique : il est important et je n’y reviens pas de continuer à percevoir la dimension religieuse et symbolique de ce patrimoine qui pour les jeunes est devenue en partie incompréhensible. Le refuser ou l’ignorer serait se couper du passé et rendre difficile la compréhension du présent.

 

Par ailleurs comment étudier l’histoire sans connaître les fondements des principales religions ? (Comment en cycle 3 faire une séquence sur les débuts du christianisme sans avoir étudié Jésus ? Cela suppose en pré requis que nos élèves aient cette connaissance là… l’ont-ils ?)

Quant à l’histoire de l’art européen elle est difficilement accessible, au moins jusqu’au XVIIIème siècle, sans un minimum de culture religieuse que ce soit à travers la peinture médiévale pleine de passions, de résurrections, de madones, de miracles, de saints, que ce soit l’architecture des cathédrales ou la musique sacrée de Bach.

 

Mais cette notion de patrimoine reste délicate à utiliser car elle risque de se réduire au seul héritage chrétien, voire catholique, à l’exclusive d’autres religions et au risque d’une crispation identitaire. On ne doit pas non plus oublier de prendre en compte l’héritage gréco-romain, celui des Lumières, celui du judaïsme, du protestantisme ou de l’islam. Attention également au risque de renvoyer les religions au passé et d’en faire des réalités culturelles anciennes !

Au fil des ans on observe dans les divers programmes une volonté de s’appuyer sur les œuvres artistiques pour appréhender les phénomènes religieux. Cela ne va pas non plus sans difficulté car le risque est grand de diluer le cultuel dans le culturel : les lieux de culte sont d’abord des espaces spirituels pour les croyants avant d’être des chefs-d’œuvre patrimoniaux : cf une mosquée.

 

Troisième grande raison : le religieux est un langage spécifique du langage symbolique. Ainsi beaucoup de textes littéraires comportent une dimension religieuse. Une grande partie de notre littérature est pétrie de significations religieuses.

Un collègue de lettres nous disait l’an dernier les difficultés à étudier Baudelaire, « Harmonie du soir », Les Fleurs du Mal (1857) étudié en classe de quatrième

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir.

Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir,

Valse mélancolique et langoureux vertige !

 

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir,

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,

Valse mélancolique et langoureux vertige !

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

 

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir,

Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

 

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,

Du passé lumineux recueille tout vestige !

Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…

Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir.

 

Conclusion :

Le religieux est une catégorie de la connaissance comme l’économique, le social ou le politique. Il doit donc être inscrit dans un contexte global de connaissances qui ne sont pas seulement religieuses mais également littéraire, philosophique, historique. Il ne s’agit pas de l’isoler mais de lui donner sens dans un contexte plus large. Et ce sens doit être premier dans la démarche pédagogique. C’est lui qui guide vers la forme et pas l’inverse. Vous avez sans doute comme moi en tête ces cours sur l’art roman et l’art gothique où tout s’arrêtait avec l’invention de la croisée d’ogive…

 

  1. De quoi parle-t-on dans nos établissements quand on parle de fait religieux ?

 

On a depuis un vingtaine d’années utilisé différentes expressions : histoire des religions, culture religieuse, fait religieux…je vais essayer de les définir en les contextualisant

 

Le fait religieux

Cette expression est la plus utilisée, la plus récente également et elle s’est peu à peu substituée aux autres. Son promoteur si j’ose dire en a été Regis Debray. Régis Debray s’exerce à le définir

« L’expression  » fait religieux  » s’est imposée depuis quelques années dans le vocabulaire scientifique et public. Quand on y réfléchit bien, sa sobriété tranquille, qui cache un certain nombre de confusions, exprime la raison d’être de notre présence ici.

 

Un fait a trois caractéristiques. Premièrement, il se constate et s’impose à tous. Que cela plaise ou non, il y a depuis mille ans des cathédrales dans les villes de France, des œuvres d’art sacré dans les musées, du gospel et de la soul music à la radio, des fêtes au calendrier et des façons différentes de décompter le temps à travers la planète. Pouvons-nous nous boucher les oreilles et fermer les yeux devant le monde tel qu’il est ? Pouvons-nous refuser d’écrire sur notre agenda, sous prétexte que nous n’avons aucune raison objective de prendre pour l’an zéro la date probablement erronée de la naissance de Jésus ?

 

Deuxièmement, un fait ne préjuge ni de sa nature, ni du statut moral ou épistémologique à lui accorder. Superstition, superstructure, facteur explicatif de l’histoire ou fausse conscience des acteurs ? Ces interrogations relèveront du débat philosophique. Elles doivent être formulées, mais elles supposent d’abord la prise en considération d’un matériau empirique, qu’il s’agisse d’un vitrail, d’un poème, d’un massacre, d’une route de pèlerinage ou d’une œuvre de charité. Prendre acte n’est pas prendre parti.

 

Troisièmement, un fait est englobant. Il ne privilégie aucune religion particulière, considérée comme plus  » vraie  » ou plus recommandable que les autres. Il est vrai que nos programmes d’histoire rencontrent en priorité les religions abrahamiques, mais ils donnent également une place au siècle des Lumières et ne négligent pas les religions de l’Antiquité et de l’Asie. En effet, l’hindouisme, le bouddhisme, les religions chinoises, comme les traditions animistes africaines, sont parties prenantes, sur un strict pied d’égalité, au grand arc des phénomènes humains qu’il nous faut embrasser, sans nombrilisme ni ethnocentrisme.

 

Le fait est observable, neutre et pluraliste. »

 

Debray reconnaissait que l’expression est d’un emploi commode et d’une « neutralité peu compromettante » en ne privilégiant aucune confession. Il conviendrait peut-être pour ne pas l’essentialiser de mettre le pluriel.

 

Histoire des religion

C’est chronologiquement l’une des premières expressions employées depuis les années 1980 dans l’éducation nationale. Cette expression désigne historiquement l’approche scientifique et distanciée des phénomènes religieux. Elle a été rapidement critiquée car se référant trop à l’histoire alors que les professeurs de français, philo, langues doivent aussi participer à cet enseignement. De plus elle posait la question d’une discipline nouvelle (J. Baubérot avait même imaginé un capes et une agrégation d’histoire des religions !). Les oppositions ont été très nombreuses et la question n’est plus du tout à l’ordre du jour.

 

Culture religieuse

Par opposition à « inculture religieuse » l’expression culture religieuse a été souvent employée aussi dans les années 1980. Elle veut signifier que le religieux et en particulier le christianisme a laissé des traces profondes et durables dans la société et la culture françaises, et que les élèves doivent être capables de les saisir voire de les apprécier. Elle traduit aussi le souci de montrer que cette culture est toujours vivante et peut s’inscrire dans une perspective identitaire.

Mais cette expression a suscité un certain nombre de critiques en particulier dans l’enseignement catholique car elle prête à confusion avec la catéchèse et d’ailleurs elle a souvent servi de prétexte à…on lui a préféré l’expression :

 

Dimension religieuse de la culture

L’enseignement catholique, dont le projet est de favoriser l’ouverture à la dimension spirituelle chez tous les jeunes, a souhaité développer cet apprentissage à travers les matières existantes. Il s’agit de redonner à la culture générale sa dimension religieuse, de prendre en compte le versant anthropologique et éthique de ce qu’on enseigne, et de se préoccuper des enjeux religieux de sa discipline. On part bien sûr du postulat qu’elles sont toutes concernées, y compris les disciplines scientifiques…et l’on a vu avec Philippe Sipeyre que cela pouvait être le cas même en EPS.

 

Il me semble que l’on a intérêt à maintenir cette pluralité des termes, signe d’intérêt et marqueur d’un véritable débat dans le pays mais qui dit aussi la pluralité des lieux où dans l’enseignement catholique en vertu du caractère propre on peut aborder la question.

 

  1. Comment enseigner le fait religieux?

 

 

Distinguer enseignement des religions et enseignement religieux sans pour autant les séparer : il importe de bien dissocier la démarche qui relève du savoir et la démarche qui relève du croire. Faute de cette distinction on entretient la confusion et on favorise deux types d’oppositions : certains viennent des milieux confessionnels inquiets de voir des sujets religieux traités par des enseignants qu’ils jugent pas forcément compétents. D’autres viennent des milieux laïques qui soupçonnent derrière toute prise en compte des questions religieuses la volonté d’introduire des éléments confessionnels incompatibles avec la neutralité de l’état.

 

Pourtant, un enseignement objectif du fait religieux n’aurait aucun sens s’il fait l’impasse sur l’expérience religieuse qui l’habite et qui en délivre les significations.

Les faits religieux objectifs s’originent dans ce que l’on appelle l’expérience religieuse[1] ou expérience humaine du divin pour parler comme Michel Meslin ou expérience du sacré dirait Mircéa Eliade et cette expérience s’exprime à travers des croyances.

 

Je prendrai un exemple : Jésus en cycle 3 ou en sixième. Où s’arrête-t-on au nom de la neutralité de l’enseignement ? à la crucifixion seul fait historique ? oui mais alors comment comprendre les 2 000 ans d’histoire du christianisme ? que faut-il enseigner ? le Jésus de l’histoire qui s’arrête à la crucifixion ou l’histoire de Jésus qui commence si j’ose dire avec la résurrection ?)

De cela je conclus que l’enseignement objectif du Fait religieux demande aussi d’avoir une connaissance des croyances qui le sous tendent

 

Et s’il était temps de penser autrement

 

  1. Pour un enseignement renouvelé du fait religieux.

 

En croisant le savoir et le croire…

 

Je propose qu’il faut enseigner aussi les croyances comme un fait religieux. Enseigner en sixième « le peuple de la Bible » ce n’est pas enseigner l’histoire des royaumes juifs et leur formation ! Enseigner « le peuple de la Bible » c’est enseigner les croyances de ce peuple et Moïse car Juifs et des Chrétiens croient en Moïse. S’en priver sous prétexte de non historicité est un non-sens. Quand on enseigne le fait religieux il nous faut donc certes « enseigner des connaissances » mais aussi les croyances qui leur sont lié.

Certains collègues s’y sont risqué. Le groupe de recherche académique d’histoire géographie d’Aix Marseille, groupe formé d’enseignants en grande majorité de l’enseignement public s’est emparé depuis de nombreuses années de la question de l’enseignement du fait religieux. Un colloque a été organisé dès 2003 sur ce thème. Les actes et les différents travaux du groupe montrent la volonté d’aller plus loin que l’exposé objectifs des faits religieux en donnant accès aux élèves au sens.

 

Exemples pris dans l’ancien programme de seconde d’histoire où l’enseignant s’attache à la symbolique de la Résurrection.

Problématique : Jésus : personnage historique et central de la foi chrétienne : comment Jésus est devenu Christ ?

Corpus documentaire :

  • Evangile selon Luc
  • Evangile selon Matthieu
  • Evangile selon Jean
  • Actes des Apotres

 

1 comment l’annonce de la Résurrection se fait selon Matthieu ? selon Luc ?

2 comment Jésus s’adresse t-il aux passants d’Emmaüs ? aux femmes ? Quel point commun constate t-on entre ces personnages ?

3 quel point commun apparaît dans les deux premiers textes sur la Résurrection ?

4 quels objectifs poursuivent les Evangiles dans la construction du récit de la Résurrection ?

  1. A l’aide des réponses aux questions et des apports faits en cours, construisez un paragraphe dans lequel vous démontrerez comment le récit de la Résurrection contribue à construire l’image de Jésus, fils de Dieu et est au coeur du christianisme.

 

 

Cependant l’élève doit comprendre qu’il est en train d’étudier une croyance. Le procédé est ici simple ; l’emploi du style indirect dit que cette religion est la religion de quelqu’un (selon…). Ainsi pour cet enseignant apprendre à lire des récits de la résurrection mais ne nécessite pas une adhésion de foi.

 

 

En conclusion : la connaissance des croyances est une nécessité à cause de leur importance historique .

 

…les élèves accèdent au sens…

 

Le savoir est commun à tous dans une classe mais ce savoir est support de croyances pour certains de nos élèves. Il nous faut alors être vigilant pour que l’enseignement de croyances ne dérive pas vers un enseignement de faits surnaturels. L’enjeu ici est de taille : ouvrir nos élèves croyants et non croyants au sens du mystère, oser enseigner ce qui paraît à première vue comme inaccessible à la raison.

Attention, je ne suis pas en train de vous dire qu’il faut substituer à l’enseignement du fait religieux un enseignement religieux ! En revanche il me semble que l’on ne peut plus faire l’économie de rendre compte des doctrines qui sous-tendent les religions étudiées car elles seules permettent de les comprendre de l’intérieur et donc de comprendre les faits religieux. Commenter une crucifixion sans dire qu’elle ouvre sur la résurrection c’est priver les élèves d’une compréhension en profondeur. La ligne de crête pourrait être fine je vous l’accorde si l’on pense que l’on convoque les élèves sur leurs croyances.

Il me semble qu’il nous faut si l’on veut aller plus loin que les finalités déjà énoncées transmettre aussi ce qui est nécessaire à la lecture de notre héritage : certes un ensemble de connaissances et une éducation au regard mais aussi des corpus de croyances, des structures de pensée, un discours sur Dieu, une théologie, au sens étymologique du mot.

 

…et entrent en dialogue

 

L’acceptation du religieux dans toutes ses dimensions devient alors l’occasion d’aller vers l’autre, d’entrer en dialogue, de construire un langage commun. Le pluralisme religieux de la classe ou du monde devient alors l’occasion non plus d’un affrontement mais d’un dialogue. N’est-ce pas dans les salles de classes que prioritairement doit s’énoncer l’éloge de la mixité, du métissage en même temps que la précision du vocabulaire et la rencontre raisonnée des faits religieux. Autant de questions vives qui en n’étant pas éludées (voire exacerbées) mais enseignées participent à une éducation à la paix. La tâche de l’école est plus que jamais d’aider ceux qui se croient différents à se construire en profondeur, étape indispensable avant tout dialogue. Quand on montre à des enfants qu’ils sont cousins cela peut aider à leur rapprochement.

L’enjeu est particulièrement important ici : il s’agit de reconnaître le pluralisme culturel et religieux et, dans le respect des consciences et des différences, de favoriser la rencontre et le dialogue entre nos élèves de différentes religions mais aussi ne les oublions pas avec nos élèves non-croyants.

 

 

[1] Michel Meslin, L’expérience humaine du divin, Edition du Cerf, Paris, 1988.

Christian Salenson, D’Assise aux assises de l’Enseignement du fait religieux et l’éducation à la paix

Enseignement du fait religieux et l’éducation à la paix

 

 

 

                                               Christian Salenson

                                              Directeur ISTR -Marseille

 

 

 

Introduction

 

Cette session nationale sur l’enseignement du fait religieux a pour titre : « Pluralité religieuse et citoyenneté : éduquer à la paix ». La société est désormais marquée par une pluralité culturelle et religieuse. C’est un fait. Je le crois porteur de richesses et de belles promesses mais il constitue l’un des nouveaux défis de la paix.

En quoi l’enseignement du fait religieux participe-t-il d’une éducation à la paix ? Si l’éducation à la paix n’est pas le seul enjeu de l’enseignement du fait religieux et a contrario si l’éducation à la paix ne se joue pas exclusivement dans l’enseignement du fait religieux. enseignement du fait religieux et éducation à la paix ont à voir l’un avec l’autre.

 

Que veut dire éduquer à la paix ? Nous aurons à nous expliquer sur cette notion et dire quel est le rôle de l’école dans une éducation à la paix et en particulier comment dans ses Assises, l’enseignement catholique a voulu promouvoir cette éducation.

 

J’aurais quatre parties pour aborder la question. Je m’interrogerai d’abord sur la responsabilité de la République par rapport aux religions et à la paix. Puis je m’arrêterai dans la relation entre les religions et la paix sur l’engagement de l’Eglise catholique. J’essaierai alors de dire ce que veut dire éduquer à la paix. Et enfin, en quoi l’enseignement du fait religieux participe d’une éducation à la paix et à quelles conditions.

 

 

I- La République, les religions et la paix.

 

 

La République est soucieuse d’une éducation citoyenne. Le thème de la citoyenneté occupe une grande place. La République est soucieuse d’une éducation à la vie dans la cité et elle attend de l’école qu’elle soit en charge, pour la part qui lui revient, de ce travail éducatif. Ce que l’école fait d’ailleurs de multiples façons, aussi bien par l’enseignement que par la vie dans l’établissement. L’inflation langagière sur la citoyenneté, les discours exhortatifs un brin ridicule parfois sur les gestes citoyens conseillés, éveillent quelques soupçons. On sait que la République laïque, à l’instar des religions, est capable de prières, d’imprécations et même sur certains sujets d’avoir recours aux exorcismes ! A vrai dire, la République n’est pas habituée à la pluralité culturelle et religieuse. Sur le territoire national jusqu’à une date récente, elle n’a été en vis-à-vis qu’avec l’Eglise catholique. Elle aurait pu apprendre la pluralité culturelle et religieuse dans ses Colonies, mais elle a nié autant qu’elle a pu et à son détriment, la place et la force que représentaient les autres religions, l’islam en particulier[1]. Devant l’embarras qu’occasionne cette nouvelle situation, on multiplie le langage de l’intégration que nous aurons l’occasion au cours de la session d’interroger.

 

Pourtant il est de la responsabilité de l’Etat de créer les conditions d’une paix sociale et l’éducation fait partie des moyens pour y parvenir. Nous pourrions développer d’autres facteurs de paix sociale durable, et en premier lieu la justice sociale. Le fossé se creuse entre les riches et les pauvres, l’augmentation du chômage et la pauvreté de plus en plus massive préparent des violences à venir. Mais nous limitons notre réflexion à la gestion de la pluralité culturelle et religieuse comme l’une des conditions essentielles de la paix. Quelle est la responsabilité de la république ?

 

La laïcité

 

Historiquement

 

Historiquement l’Etat a dû intervenir dans notre pays pour faire accepter la pluralité de confessions religieuses au moment de la Réforme quand les confessions n’ont pas été capables de trouver un modus vivendi et que leurs luttes rendaient la vie sociale impossible[2]. L’espace public était gangréné par ce conflit qui portait gravement atteinte à la sécurité des personnes, au développement économique, à la vie de la société etc. Cette crise inaugurait un long processus d’autonomie qui devait déboucher, à terme, dans la séparation salutaire des Eglises et de l’Etat[3].

 

Les régulations des religions

 

Cette expérience historique montre que la religion à elle seule est incapable de gérer sa place dans la société. Elle a besoin que le politique intervienne. Les religions ont des régulations internes fort utiles et essentiellement de trois ordres : la mystique, le prophétisme, et la théologie. Les mystiques rappellent à la religion qu’elle ne peut prétendre annexer le divin, les prophètes dénoncent le iatus entre ce que disent les religions dans leurs textes fondateurs et ce qu’elles en vivent. La théologie introduit de la raison dans tout ce qu’il peut y avoir d’irrationnel dans le domaine religieux. Mais ces régulations externes ne suffisent pas. Les mystiques, les prophètes ou les théologiens un jour ou l’autre sont rejetés, tués ou condamnés comme on le voit dans toutes les religions. Les religions ont besoin que le politique encadre leur place dans la société. L’histoire du christianisme et l’histoire présente montre les dégats qu’entraine la confusion des domaines ou l’annexion du politique par la religion.

 

La laïcité

 

En France cette régulation se fait sous le régime de la laïcité. Les français ne sont pas obligés de croire que la laïcité à la française est le seul régime politique ni le meilleur[4]. Les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Allemagne, pour ne prendre que ces trois exemples dans des démocraties ont d’autres formes politiques de gestion de cette autonomie qui valent la nôtre !

Or la République fait une nouvelle expérience de la laïcité. Le modus vivendi antérieur est ébranlé par la pluralité religieuse. Désormais l’Etat se trouve en présence de religions différentes qui n’ont ni les mêmes structures, ni les mêmes fonctionnements que l’Eglise catholique. Au cours de la session nous reparlerons de la laïcité. Nous assistons à des phénomènes aussi bizarres que l’ingérence de l’Etat dans la création du comité français du culte musulman[5] ! Ou encore sur la manière dont il faut s’habiller[6] ! On peut craindre des dérives de la laïcité, lors même que nous reconnaissons et que nous sommes en droit d’attendre que l’Etat gère la place des religions dans l’espace public[7].

 

 

La liberté religieuse

 

La seconde responsabilité de l’Etat est celle de garantir la liberté religieuse. « L’Etat libéral garantit à chacun l’égale liberté de pratiquer sa religion, mais il ne le fait pas seulement pour préserver la tranquillité et l’ordre, il le fait aussi pour cette raison normative qu’il doit protéger la liberté de foi et de conscience de chacun. Pour cette raison même, il ne peut donc pas exiger de ses citoyens religieux ce qui serait inconciliable avec une existence authentiquement vécue dans la foi. [8]» La liberté religieuse ne se limite pas à la liberté de conscience. Que serait la liberté de conscience pour quelqu’un qui n’aurait pas le droit d’exprimer publiquement ce qu’il pense ou ce qu’il croit ? La liberté religieuse garantit la liberté de culte mais aussi la liberté d’association et de formation. Elle est un droit fondamental inscrit dans la déclaration des droits de l’homme ainsi que dans la constitution européenne[9]. C’est la responsabilité de l’Etat non seulement de permettre la liberté religieuse mais encore de garantir à tout croyant la possibilité de vivre sa religion « en privé et en public ». C’est pourquoi, au moment de la séparation, l’Etat a instauré des aumôniers qu’il rémunère, dans les prisons, les hôpitaux et autrefois dans les lycées[10].

 

Or il faut réaffirmer aujourd’hui avec force que l’Etat est laïc[11], la société non[12] ! La société est plurielle. Or on assiste aujourd’hui à un glissement de la laïcité. Le philosophe Jürgen Habermas écrit : «  La neutralité du pouvoir étatique est inconciliable avec la généralisation du point de vue laïciste sur le monde… ceux qui partagent une vision laïque ne peuvent en tirer avantage pour contester par principe aux images religieuses un quelconque potentiel de vérité, ou contester à leurs concitoyens croyants le droit de contribuer aux débats publics par des arguments religieux [13]». Les religions ne sont pas du domaine privé ! Ce n’est pas leur nature ! La spiritualité est personnelle, du domaine de la conscience et donc du domaine privé mais les religions ont vocation à intervenir dans le domaine public. Elles ne demandent pas la permission d’ailleurs. On a pu le voir récemment à propos du « mariage pour tous » avec les prises de positions du grand rabbin Bernheim[14] ou les manifestations à propos du « mariage pour tous ». On notera aussi que tous les croyants d’une même religion n’ont pas la même opinion. C’est le cas des catholiques à propos du « mariage pour tous ». Il existe aussi au sein des églises, en droit, une liberté d’opinion. Les catholiques ne sont pas obligés de suivre l’opinion de l’épiscopat, d’ailleurs diversifiée, sur des questions de société.

 

Les religions sont nécessaires au débat démocratique. Que serait une démocratie qui exclurait du débat les croyants ? On s’interroge au contraire aujourd’hui pour se demander si des démocraties peuvent vivre sans l’apport positif des religions[15]. Il est demandé aux citoyens croyants de reconnaître la neutralité et l’impartialité de l’Etat et aux citoyens laïques la place des croyants. Il est de la responsabilité de la République d’organiser le débat démocratique mais elle doit veiller en même temps à ce qu’aucune religion n’impose son point de vue, même en invoquant la transcendance.

Dans le débat démocratique, chacun accepte que son point de vue soit minoritaire. Personne ne peut dire qu’il n’y a pas eu de débat quand son point de vue ne triomphe pas. On peut penser que pour le « mariage pour tous », il y a bien eu débat, y compris dans la rue, même si une majorité de français est favorable à la loi. Les églises peuvent par contre se demander si, en leur sein, elles ont instauré le débat.

 

Pour que les religions apportent une contribution positive à la paix, le rôle de la République est double. D’une part le politique doit continuer à réguler l’espace public et d’autre part garantir non seulement la liberté de conscience mais surtout la liberté religieuse, en privé et en public.

 

II- Les religions et la paix

 

 

Quelle est la responsabilité des religions dans la paix ? On peut souscrire à ce que dit Hans Kung. Il n’y a pas de paix possible dans le monde sans une paix entre les religions[16]. Au cours de l’histoire, en Europe, la division des chrétiens entre eux, orthodoxes, protestants, catholiques a contribué à déchirer ces cultures. Certains pensent qu’il n’y a aura pas réellement de construction européenne sans une unité retrouvée des chrétiens. Faut-il affirmer pour autant que les religions sont la cause des conflits ? Le XXème siècle a montré une capacité à faire la guerre et à anéantir jamais égalée au cours de l’histoire. Or les conflits ne furent pas inspirés par les religions mais bien par des redoutables idéologies : Nazisme, stalinisme, si bien que le discours univoque sur les religions fauteurs de guerre doit être interrogé sur l’idéologie qu’il véhicule. A qui sert ce discours ? Il n’en reste pas moins vrai que les religions ont une responsabilité et qu’il ne suffit pas qu’elles disent que leurs textes fondateurs appellent à la paix ou encore de dire comme le pape, à juste titre, que « personne ne peut tuer au nom de Dieu »[17]. Que font les religions pour gérer à l’intérieur d’elles-mêmes les factions violentes ou les facteurs de violence ?

 

Les religions sont porteuses dans leurs textes fondateurs de cette aspiration des hommes à la paix. Elles ouvrent des chemins singuliers qui ne se limitent pas à l’absence de conflits entre les hommes mais les conduisent à aller rechercher la paix dans la réconciliation de chacun avec lui-même, par des méthodes fort variées d’ailleurs selon qu’il s’agit des religions asiatiques ou des monothéismes abrahamiques. Les religions se reconnaissent une responsabilité dans la paix du monde mais aussi une responsabilité dans l’éducation à la paix. Toutes les religions proposent des grandes figures qui furent des hommes et des femmes de paix : Ghandi, Luther King, ou François d’Assise…

 

 

L’esprit d’Assise

 

Parce qu’il ne peut y avoir de paix dans le monde sans une paix entre les religions, L’Eglise catholique s’est engagé dans le dialogue interreligieux au moment du concile Vatican II[18]. Elle l’a confirmé depuis en de nombreuses occasions mais en particulier lors des rencontres d’Assise. La première eut lieu à l’initiative de Jean-Paul II le 27 octobre 1986. A l’occasion de l’année internationale pour la paix décrétée par l’ONU, le pape invita les représentants des religions du monde à une journée de prière à Assise. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité toutes les religions du monde se retrouvaient pour « être ensemble pour prier » pour la paix. Cette rencontre eût un grand retentissement médiatique et contribua à accélérer le dialogue entre les religions[19].

En 2002, une nouvelle rencontre eut lieu, cette fois en réponse aux attentats de New-York du 11 septembre et surtout pour s’opposer à l’administration Bush qui désignait « un axe du mal » et employait le mot fortement connoté de « croisade » pour tenter de mobiliser l’opinion publique occidentale dans son idéologie du « choc des cultures »[20] et son projet politique de recomposition du Moyen Orient. Cette rencontre connut un grand succès, marqua la volonté des religions de ne pas se laisser instrumentaliser. Les représentants religieux de toutes les religions élaborèrent un décalogue de la paix qui fut envoyé à tous les dirigeants du monde[21].

Enfin en 2011 à l’occasion du XXVème anniversaire de la première rencontre d’Assise, le pape Benoit XVI convoqua une nouvelle rencontre en y apportant une tonalité particulière par l’invitation d’humanistes, représentés entre autres par la française Julia Kristeva[22]. Il devait insister au cours de sa conférence sur le dialogue interreligieux comme chemin de purification des religions de toute forme de violence

 

Ces rencontres dessinent une volonté de dialogue des religions entre elles et de contribution à l’avènement de la paix. Cet engagement de l’Eglise est donc l’engagement de l’enseignement catholique, en vertu même de son caractère propre. Toutefois cela ne sera possible que par une éducation à la paix.

 

 

III- Que veut dire éduquer à la paix

 

Que veut dire éduquer à la paix ? La paix ayant diverses dimensions, cette éducation revêt de multiples aspects. Si du point de vue de la République éduquer à la paix vise essentiellement un aspect citoyen, du point de vue des religions, éduquer à la paix renvoie à d’autres dimensions de la personne que son seul comportement social.

 

François d’Assise

 

La figure de François d’Assise illustre les flyers de la session[23]. A lui seul, François unifie en sa personne ces divers aspects de la paix. Il fut un homme de paix et il est aujourd’hui reconnu par tous, dans toutes les religions. Il l’a été en allant voir et discuter avec le sultan pendant la croisade[24]. Il l’a été aussi dans son rapport avec la nature. On connaît le cantique des créatures ou encore dans les fioretti de François. Incompris par les membres de la curie romaine, il trouve une consolation en dialoguant avec les oiseaux ![25] Il l’a été dans sa relation homme/femme avec ses amies Claire ou Jacqueline ou encore en ne séparant pas les frères et les sœurs qui au tout début de l’Ordre pouvaient partager la même table. S’il a été cet homme de paix ce fut par une paix intérieure, fruit d’une vie réconciliée, jusque dans l’acceptation que l’œuvre de création de l’ordre des frères mineurs lui soit enlevée et soit réorientée[26]. La figure de François fait comprendre que la paix est un phénomène global qui saisit l’homme dans toutes ses relations, avec lui-même, avec l’autre sexe, avec l’autre croyant, avec la nature, et ultimement avec Dieu.

 

Voilà pourquoi il est légitime de penser qu’une éducation à la paix n’est pas une simple éducation citoyenne mais une éducation de tout l’être, dans toutes ses dimensions. La paix n’est pas l’absence de conflits. L’absence de conflits peut être parfois la rude légitimation de la violence structurelle d’une société donnée. Les diverses dimensions de la paix interfèrent les unes avec les autres. La paix sociale ne peut se construire sans dialogue interreligieux et avec les humanismes, sans relations justes et apaisées entre hommes et femmes, sans relations justes avec l’immigré, sans une relation respectueuse avec la création. La paix se gagne à ces différents niveaux et ultimement à l’intérieur de soi, dans l’intériorité d’une histoire assumée.

 

IV- L’enseignement du FR et la paix

 

En quoi l’enseignement du fait religieux stricto sensu participe-t-il à l’éducation à la paix, eu égard au fait que ce n’est ni sa seule fonction, ni même sa fonction première. A quelles conditions l’enseignement du FR participe à une éducation à la paix ? Je voudrais évoquer quelques aspects.

 

La connaissance des religions

 

L’enseignement objectif des fondements d’une religion, de son organisation, de ses croyances, de ses textes fondateurs, de ses principaux rites, de ses fêtes, de ses productions artistiques et le caractère scientifique de cet enseignement permet d’avoir des données objectives sur la religion, sur sa propre religion et sur la religion de l’autre. Elle permet de ne pas confondre les fondements de sa propre religion avec les us et coutumes indûment considérés parfois comme constitutifs d’une tradition religieuse donnée.

Le fait d’entendre présenter positivement et objectivement la religion de l’autre permet aussi de relativiser sa propre religion, ne serait-ce qu’en découvrant les liens de dépendance qui les unissent, du christianisme au judaïsme, de l’islam au judaïsme et au christianisme. Sans tomber dans le relativisme qui consiste à dire que toutes les religions se valent, ce qui n’est ni vrai ni possible pour un croyant, toute religion doit être relativisée par rapport à son objet qui seul est Absolu. Il n’y a d’absolu que Dieu, dit la religion. Il n’y a donc pas de religion absolue.

La connaissance objective des religions ne se confond pas avec l’enseignement positiviste de certains manuels qui s’efforcent tellement de ne rien dire du sens qu’ils ne dispensent plus aucune connaissance. Par ailleurs, il faut dénoncer haut et fort les erreurs inadmissibles de certains manuels scolaires. Leurs auteurs commettent de grossières erreurs, confondent les niveaux de langage, ignorent souvent la nature du langage religieux et présentent les récits mythiques comme des récits historiques. Cette ignorance n’est pas à l’honneur de leurs auteurs ni de l’éducation nationale qui l’accepte. Pire, elle induit un fondamentalisme nocif. On enseigne les déplacements d’Abraham comme si on y était ! La théologie nous a appris heureusement plus de rigueur critique !

 

Apprendre à lire

 

            Le langage religieux est un langage symbolique. Les anciens savaient interpréter un texte. Celui qui prend au pied de la lettre Jésus qui marche sur les eaux, ou la fuite en Egypte de Jésus, Marie, Joseph avec leur âne, s’interdit définitivement d’en comprendre le sens. Il y a au moins deux sens dans un texte biblique – les anciens en voyaient quatre – un sens littéral anecdotique – historique ou non mais la plupart du temps cela importe peu ! – et un sens symbolique.

La sortie d’Egypte ne peut pas être simplement racontée comme une épopée. On ignore tout d’une présence d’hébreux en Egypte, à tel point que l’historien est en droit de se demander quel est le fondement de ce récit. A contrario, ce texte est très travaillé jusqu’en sa littéralité et il est d’une force de sens extraordinaire. Ce texte fondateur du judaïsme et partant du christianisme a éclairé des générations de croyants. Ce récit a inspiré bien des conquêtes de liberté, ne serait-ce que la lutte des noirs esclaves et les chants négro spirituals ou aujourd’hui encore les luttes de libération du XXème siècle des latino-américains.

La visitation est la rencontre de Marie et d’Elisabeth, sa cousine. Mais ce récit est aussi celui de la rencontre des deux testaments bibliques, l’ancien représenté par Elisabeth et le nouveau représenté par Marie, et donc la rencontre du judaïsme et du christianisme. Elle est aussi le prototype de toute rencontre où ce que porte l’une vient faire écho à ce que porte l’autre et où chacun est ainsi révélé à lui-même. Les artistes ne s’y sont pas trompés multipliant sans fin cette scène symbolique en de nombreuses représentations picturales ou architecturales.

Il en va ainsi de toutes les productions artistiques religieuses. Sur la reproduction d’une cathédrale, on ne peut se contenter de mettre une flèche indiquant : « portail », comme dans certains manuels. Il faut dire ce qu’est un portail. Ce n’est pas une simple porte d’entrée. Elle a une signification symbolique et ne donne pas accès uniquement à un bâtiment mais à un lieu qui lui-même est symbolique. Les artistes n’auraient pas sculpté avec tant de génie les portails s’il était agi uniquement de la porte d’entrée d’un bâtiment.

 

Lire les textes fondateurs

 

La connaissance de la culture dans laquelle nous vivons exige une connaissance des textes fondateurs, lesquels ne se limitent pas aux récits de création. Certains textes du Nouveau testament figurent d‘ailleurs dans les programmes comme la parabole du bon samaritain par exemple. Mais on pourrait en prendre bien d’autres qui ont marqué la culture occidentale : le fils prodigue, la nativité, la visite des mages, la crucifixion, certains textes de l’apocalypse. La connaissance de ces textes est nécessaire pour avoir accès au patrimoine culturel pictural, littéraire, architectural etc…

 

L’enjeu de l’apprentissage de lecture est important. Lorsque cet apprentissage n’a pas lieu, la personne est condamnée à une lecture fondamentaliste. Celui qui n’a pas appris à lire, à recevoir ces récits pour ce qu’ils sont, des textes sacrés et donc symboliques, interprètera le récit de la création comme transcription exacte d’un événement passé.

La lecture littérale, fondamentaliste a marqué toute la période moderne, pour les croyants comme pour ceux qui ne l’étaient pas. La lecture littérale induit le créationnisme dont on sait qu’il est à nouveau florissant et le fondamentalisme dont on connait les fruits amers aussi bien dans le christianisme que dans l’islam.

 

Le rapport à l’histoire

 

Comment enseigner la shoah ? La question revient régulièrement. Je ne suis pas enseignant et je n’ai donc pas de conseil pratique à donner, mais cet événement ne peut pas être isolé d’une longue tradition historique qui remonte au moins au Moyen âge au cours de laquelle les juifs ont été marginalisés, maltraités, discriminés. La shoah est l’aboutissement d’une histoire, celle d’un long rejet des juifs au prétexte qu’ils refusaient de se convertir à la foi chrétienne, et qu’ils se pensaient comme le peuple élu de Dieu ayant la mission de témoigner du Dieu unique et de porter les commandements. Si on ne comprend pas cette prétention de foi inscrite dans la foi juive, on ne comprend pas la volonté d’extermination de ce peuple du nazisme.

La relation au judaïsme est une blessure de notre histoire. Pour cette raison, à la fois elle n’est pas facile à enseigner et elle est aussi décisive. Elle a partie liée avec le rejet de toutes les autres formes de l’altérité : les noirs, les femmes, les indiens, les arabes, les Roms etc. En théologie, le dialogue judéo-chrétien est paradigmatique de toutes autres formes de dialogue interreligieux.

Il nous semble qu’il faut que l’enseignant ait les moyens de traiter ces questions par une connaissance approfondie de ses enjeux. Il saura trouver les moyens pédagogiques et pourra construire des séquences appropriées si on lui fournit les éléments critiques et les enjeux culturels dont il a besoin pour mesurer ce qui se joue dans telle ou telle lecture de roman, dans telle approche historique ou dans telle activité programmée pour l‘établissement.

Probablement que ces enjeux apparaissent mieux aussi quand on croise des expériences positives de relation, de dialogue, comme nous le verrons dans une des expériences pédagogiques qui sera proposée.

 

La relation à l’islam elle aussi est lourde historiquement. On comprend que l’enseignement de ce qui concerne l’islam ne soit pas simple. Mais cet enseignement est déterminant dans une société dans laquelle la décolonisation n’est pas achevée dans la conscience collective. Dans cette histoire de conflits et d’oppression, pourquoi ne pas faire valoir aussi ce que l’on doit aux arabes ? Pourquoi ne pas enseigner aussi ces moments où la rencontre a été féconde comme les écoles de traduction à Bagdad ou chrétiens et musulmans travaillaient ensemble sur la philosophie d’Aristote ?

Peut-être pourrait-on introduire dans l’enseignement des religions, des éléments positifs du dialogue interreligieux qui ouvrent un nouvel avenir de rencontre.

 

 

Conclusion

 

 

Je conclue cet exposé. Je souhaitais montrer dans cette première approche que l’enseignement du fait religieux ne se limite pas à quelques connaissances mais qu’il porte en lui de grandes possibilités d’intelligence de la vie en société et de la culture. La difficulté devant laquelle nous nous trouvons est l’ignorance des religions et de leur impact dans la sphère publique, de la quasi-totalité des enseignants. On ne peut leur reprocher ! La France de ce point de vue, à cause de notre histoire conflictuelle entre un laïcisme de combat et un cléricalisme d’Ancien Régime, a exclu la connaissance des religions de son enseignement universitaire. Les conséquences sont néfastes, y compris pour l’intelligence du monde.

Nous rencontrons une autre difficulté propre aux établissements catholiques. L’enseignement du fait religieux a été parfois transformé en un enseignement de la culture chrétienne ou pire malhonnêtement utilisé comme le cheval de Troie de la catéchèse, ce qui dénature et la catéchèse et l’enseignement du fait religieux.

 

Des universitaires, dans une lettre ouverte aux ministres de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale dénoncent l’absence d’enseignement des religions dans les départements d’histoire à l’université, en invoquant le fait que les enseignants se trouvent désemparés face aux élèves. Pour notre part, nous avons modestement créé un DU d’enseignement des religions qui relève des sciences des religions – d’autres propositions sont faites pour la théologie – qui connaît un réel succès. Nous avons aussi mis en route un laboratoire de recherche sur ces questions. Tout cela reste bien modeste. Les chantiers sont ouverts.

Pourquoi ne pas créer un mouvement plus vaste qui à la fois nous éviterait de tomber dans quelques ornières identifiables et nous permettrait de donner de la liberté aux enseignants ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] La séparation de l’Eglise et de l’état ne s’appliquait pas en Algérie. Sedek Sellam, La France et ses musulmans, un siècle de politique musulmane, 1895-2005, Fayard 2006.

[2] Edit de Nantes, 13 avril 1598. Révocation le 22 octobre 1685. Edit de Versailles de 1787.

[3] Loi du 9 décembre 1905.

[4] L’autre pays au monde qui a mis la laïcité dans sa constitution est la Turquie.

[5] Initié par Jean-Pïerre Chevènement, le CFCM a été créé par Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur et des cultes, en 2003.

[6] Loi de 2004 sur les signes religieux dans les écoles publiques.

[7] Jean Bauberot, La laïcité falsifiée, Ed. La découverte.

[8] Jürgen Habermas, Entre naturalisme et religion, NRF essais, Gallimard, 2008, p. 149.

[9] La Convention européenne des droits de l’homme reprend dans son article 9 et en l’amendant, l’article 18 de la Déclaration Universelle : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. »

[10] « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte… pourront toutefois être inscrits ausdits budgets (exercice des cultes) les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assure le libre service des cultes dans les établissements publics tels lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. » Art. 2 de la loi de séparation des églises et de l’Etat.

[11] « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » Art. 2 de la Constitution de 1958.

[12] Jean-Pierre Ricard, « Laïcité de l’Etat, laïcité de la société ? » Documentation catholique, n° 2505, février 2013.

[13] Jürgen Habermas, Entre naturalisme et religion, NRF essais, Gallimard, 2008, p. 169.

[14] Audition du Grand Rabbin de France auprès de la commission des Lois le 29 novembre sur le projet déposé le 7 novembre 2012, ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe (n°344). Cette audition s’est faite dans le cadre d’une table ronde réunissant M. le Grand Rabbin Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France, M. le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, président de la Conférence des…

[15] Jürgen Habermas : Entre naturalisme et religion, les défis de la démocratie, NRF essais Gallimard, 2008.

[16] Hans Kung, Manifeste pour une éthique planétaire, Ed du Cerf, 1995.

[17] Jean Paul II, « Message pour la célébration de la journée mondiale de la paix, le 1er janvier 2002 », Chemins de dialogue, n° 20, p. 185.

[18] Cet engagement solennel s’est exprimé dans la déclaration conciliaire pour les relations avec les religions non-chrétiennes, Nostra aetate.

[19] Chemins de dialogue n° 7.

[20] Hungtington, Le choc des cultures…

[21] Chemins de dialogue, n° 20

[22] Sur cette rencontre voir Chemins de dialogue, n° 38, le discours de Julia Kristeva et l’article sur «  le développement de l’esprit d’Assise et la contribution de Benoît XVI ».

[23] La représentation est du peintre Arcabas.

[24] Gwenolé Jeusset, François et les musulmans, Chemins de dialogue, n° 30, p. 33-46.

[25] Fioretti de François d’Assise, Ed. du Cerf, 2002.

[26] Eloi Leclerc, Sagesse d’un pauvre, DDB 2009.