Catégorie : Sessions
Christian Salenson, Le symbole : initiation et éducation
Session : Initier à la symbolique
ISTR / Mars 2014
Le symbole : initiation et éducation
Christian Salenson
ISTR Marseille.
Comme le dit le dictionnaire philosophique de Lalande[1], le symbole est « Tout signe concret évoquant, par un rapport naturel, quelque chose d’absent ou d’impossible à percevoir ». Un signe concret : Concret signifie « croître avec » (cum-crescere). Et en cela il rejoint la tache éducative. Le symbole fait croître. Sa concrétude dit son enracinement dans la matérialité du réel, alors même que le symbole ouvre une appréhension du réel qui sans sa médiation ne serait pas possible.
Le symbole et le concept ouvrent deux champs différents de la pensée et offrent des approches diversifiées. Le symbole évoque plus qu’il n’énonce. A la différence du concept, on ne peut pas dire ce qu’il signifie car ce qu’il signifie est multiple. Il ouvre un champ sémantique large que le sujet investit selon ses propres ressources. Le symbole ne se laisse pas ramener à l’unicité d’une représentation, gravant cette impossibilité jusque dans son étymologie : suv- balleiv : jeter ensemble : tenir des signification contraires dans un unique signe matériel.
Ces deux formes de la pensée ne se concurrencent pas mais s’appellent l’une l’autre pour appréhender le réel. Elles s’entourent comme les serpents qui figurent sur le caducée, sans jamais se confondre, sans pouvoir se substituer l’une à l’autre, dans une juste et égale distance et un enroulement l’une sur l’autre qui ouvre l’espace de l’herméneutique aussi bien du réel que du sujet qui le pense. Chacun joue son rapport au monde et à lui-même à travers ces symboles, ces rites, ces récits dans lesquels il tente, comme dirait Ricoeur de « comprendre et de se comprendre ». Pourquoi continuons-nous à vivre la symbolique du soleil qui se lève puisque nous savons pertinemment que ce n’est pas la juste explication scientifique ? L’un et l’autre, pensée scientifique et pensée symbolique nous sont nécessaires pour nous penser en relation au cosmos. Loin de s’exclure, ces approches se complètent, se renforcent, dialoguent parfois l’une avec l’autre. Le symbole donne accès à un sens du réel auquel personne n’a accès sans cette médiation, et l’absence du recours à l’intelligence symbolique dévitalise la pensée et contribue à désenchanter son être-au-monde.
Le symbole est à la symbolique ce que le concept est à la rationalité. Un symbole produit des symbolismes, à l’instar du ciel qui dans sa matérialité est porteur de symbolismes de lumière, d’immensité, ou de l’eau aux multiples symbolismes dont Bachelard en son temps nous a fourni un si beau traité. La symbolique est l’organisation par une culture et/ou par une religion de cet ensemble de symboles et de symbolismes. Ainsi on peut parler de la symbolique chrétienne ou bien de la symbolique musulmane. Chaque religion et chaque culture organise selon un ordre propre et singulier une certaine articulation des symboles et de leurs symbolismes jusqu’à dégager et élaborer une symbolique originale.
La symbolisation[2] désigne le processus par lequel les hommes vont créer du sens à travers des récits, les mythes et textes sacrés, et à travers des rites. La symbolisation peut donc être collective ou individuelle. Elle est à proprement parler de l’ordre de la poétique. Elle est un faire Poiev , un agir symbolique de l’homme dans lequel il se saisit du réel à travers des symboles pour composer le réel et se construire lui-même. L’homme alors prend en charge le réel et se prend en charge. Mais ce processus échappe à sa maitrise. Il symbolise sans jamais maitriser le symbole, lequel le travaille et le construit comme sujet dans le moment même où il s’en saisit. Il est saisi lorsqu’il croit saisir. Le symbole le travaille dans des niveaux d’infra conscience. L’homme crée des mythes et invente des rites mais ces récits et ces agirs symboliques sans cesse le façonnent.
Jacques Vidal considérait que l’on se rapporte au symbole selon trois modes : cosmique, onirique poétique. Le symbole est souvent emprunté à l’univers, au cosmos : eau, huile, vin, arbre, source, ciel, haut, bas etc.. L’onirique désigne la manière dont l’homme se voit et se pense à travers le symbole. Cet arbre n’est pas un symbole externe. Moi aussi j’ai des racines, je grandis, je porte des fruits etc. et je me comprends à travers la symbolique de l’arbre. Et le poétique : l’homme crée ces récits mythiques ou ces rites à travers lesquels il se raconte le monde et il se raconte lui-même que ce soit dans des récits ou dans des mises en scène rituelles.
I- La pensée symbolique
La pensée symbolique est une pensée originale du réel et du sujet humain. Elle a été mise à mal en particulier à la période moderne. Gilbert Durand qualifie ce discrédit de la pensée symbolique de « victoire des iconoclastes[3] ». Il la repère dans l’histoire de la tradition occidentale chez Descartes dans son cogito. Ce triomphe dictatorial et exclusif de la raison chasse l’imagination symbolique du champ de l’humain décisif pour le confiner aux marges de l’art et de la religion désormais périphériques… Peut-être même faut-il suivre Gilbert Durand lorsqu’il fait remonter cette perte à l’impérialisme de l’aristotélisme contre le platonisme, victoire des iconoclastes à laquelle la théologie a prêté main forte.
Certes, le Moyen âge sait encore vivre du symbole. L’art roman l’atteste ! Mais aussi le jeu, tellement en usage au Moyen âge ! Un autre sens du temps : 90 jours chômés par an ! Ces vitraux ou ces cloitres aux chapiteaux historiés, ou ces portails romans. Personnellement l’évolution des représentations du Christ, des christ romans catalans déjà ressuscités, aux visages graves et paisibles, jusqu’à ces christ douloureux à l’excès de la modernité, me raconte ce drame de la culture. Désormais on est dans la représentation de la souffrance, de la croix mais on a perdu cette capacité du symbole à tenir les contraires. La croix n’est plus le symbole de la mort et de la résurrection mais uniquement celui de la souffrance de l’homme et signe l’incapacité à rendre compte précisément de ce qui fait le génie de la foi chrétienne : tenir la surgissement de la vie jusque dans son échec.
L’avènement de la bourgeoisie marchande a congédié le temps liturgique marqué au rythme des saisons et de la durée des jours au profit du temps de l’horloge, du temps compté. Elle développe un autre rapport au corps et à la sexualité comme l’a bien montré Michel Foucault, vers un contrôle strict du corps et de la sexualité conjugale[4]. Dans le champ ecclésial, on ne sait plus lire l’Ecriture que dans son sens littéral : Jésus est descendu en Egypte avec Joseph et Marie sur un âne… ou encore le monde a été fait en 7 jours, un créationnisme que n’aurait pas soutenu Augustin et auquel Origène ne croyait pas. Cette univocité de la lecture fera des ravages dans la culture au moment de la crise du modernisme. Les uns et les autres, ceux qui attaquent l’Eglise et ceux qui la défendent, ne savent plus lire un miracle que dans sa brutale matérialité que ce soit pour rejeter ou pour en défendre la véracité. Il ne restera plus qu’à réduire la religion à la morale. Le XIXème siècle s’y emploiera comme l’a si bien montré Karl Barth[5]. En ce temps là – les temps ont bien changé ! – la société concédait encore à la religion de garantir une morale qui n’était pas encore devenue contractuelle. Saint Paul pourtant nous avait mis en garde sur la place de la Loi relative et ambigüe dans le salut… cela ne pouvait pas à terme donner de bons fruits. Nous récoltons ces fruits amers.
Nous sommes les héritiers de cette culture qui a développé une pensée scientifique trop exclusive. Ce fut le règne de l’idéologie de la science dénoncée magistralement par Nietzsche mais qui ne sera entendu que lorsque, sous la poussée des drames du siècle dernier, la foi dans le progrès sera ébranlée. Et nous sommes immergés dans l’idéologie de la technique, critiquée par Habermas[6].
Intérêt de la pensée symbolique.
Comment ouvrir de nouveaux chemins dans notre manière d’être-au-monde ? Il ne s’agit pas d’inventer des symboles. Les symboles sont là. Nous habitons un monde de symboles mais qu’il est nécessaire d’apprendre à lire. N’est-ce pas la grandeur de l’Ecole que d’y apprendre à lire, à lire le monde, à le comprendre en se comprenant soi-même ? Il en va du monde comme du texte biblique. La lecture est écrasée. Elle souvent réduite uniquement à son sens littéral. L’homme moderne est fier d’être réaliste ! Suprême enfermement ! La réalité, sans s’en rendre compte, lui cache souvent le Réel. Beaucoup croient atteindre le réel parce qu’ils s’agitent fiévreusement dans la réalité. Ne voyant le monde que d’un œil, le risque est grand de perdre la profondeur de champ. Le sens s’évanouit…
Il en va de la manière d’être au monde comme de la visite d’une exposition de peinture dans laquelle quelqu’un se précipiterait. Muni d’un appareil audio, il lui est raconté l’histoire du tableau, du peintre et de ses amours, des couleurs utilisés et des lignes qui traversent la toile mais pendant que tout cela est compté au visiteur, il risque de ne pas regarder le tableau…et de passer ainsi de tableau en tableau. Ainsi s’achèvera la visite en ayant appris, et même en ayant vu et en ayant commenté mais sans jamais avoir été réellement saisi …
Les programmes de français ont inclus quelques grands textes mythiques ou sacrés, peu du Nouveau Testament évidemment ! Et si possible ceux qui offrent une lecture morale fut-ce au prix d’un contresens monumental comme par exemple dans la lecture proposée du bon samaritain. On cherchera en vain des Visitations ou des Annonciations. Qui saurait les lire ? Les catho grand teint n’y verraient probablement qu’un événement qui est arrivé à Marie et les autres le nieraient. Les uns et les autres frappés d’une même cécité. Qui est capable de lire, de laisser parler et de recevoir ces textes prodigieux qui ont produit tant d’œuvres d’art, inspiré tant d’artistes, parlé au cœur de tant de gens simples qui n’avaient pas les mots pour le dire ? Ces textes ne racontent pas des faits divers. Ils sont des clefs herméneutiques pour se comprendre.
II- En quels lieux initier à cette pensée du réel
L’éducation au symbole peut s’entendre à la fois comme une éducation à la symbolique mais aussi comme éducation par le symbole. Pour initier les jeunes générations, les adultes doivent eux-mêmes apprendre. On initie en étant initiés.
L’espace
L’Ecole est un de ces lieux. Le symbole s’inscrit dans la matérialité : de l’eau, du vin, un arbre. Aussi le premier apprentissage du symbole à l’Ecole commence par la disposition même des lieux. Les laïques, ceux qui font de la laïcité une idéologie, veulent sanctuariser l’Ecole. Probablement en manque de lieux de culte, ils veulent en faire un sanctuaire. Mais l’Ecole n’est pas sacrée. Elle est un lieu à forte tonalité symbolique, jusque dans l’organisation des lieux. La disposition renseigne plus sur le projet éducatif et même sur la mise en œuvre du caractère propre que les déclarations officielles. L’organisation parle plus fort que les discours, sans prononcer un seul mot, précisément parce que l’organisation symbolique des lieux ne s’adresse pas à la conscience claire. L’établissement est catholique. Quels symboles donnent à lire cette catholicité ? Et de quelle catholicité parlons-nous ? Il ne suffira pas de mettre des insignes religieux mais de vérifier la place du personnel de ménage ! Au juste : Où se trouve le bureau de l’APS ? Et la chapelle ? Et en quels lieux se tient le directeur aux différents moments de la journée ? Et la décoration des lieux : que donne-t-elle à voir ?
La symbolique de la classe. Elle varie selon les niveaux : la maternelle n’est pas une classe de troisième. Quelle est la symbolique que renvoie ma classe : Cela va s’inscrire dans l’organisation de l’espace. Que dit la disposition des lieux ? Sans en avoir l’air elle induit des représentations. La décoration ? Elle a durablement marqué les générations antérieures et contribué à graver en eux une représentation de l’école : les cartes de géographie accrochées au mur, la place du tableau noir etc… Bien évidemment la représentation de l’école ne peut plus être celle de la troisième république dont parle Péguy. Mais vous savez qu’il faut peu de choses pour savoir que l’on est dans la salle d’attente du médecin ou du dentiste ou bien dans la salle d’attente de la gare SNCF. Que serait une absence de décoration de la classe ? Une salle d’examen ? Que dit ma classe ? Les symboles sont là et sans rien dire délivrent leurs significations à des lecteurs qui les reçoivent rarement dans une conscience claire mais ils n’en sont que plus efficaces…
Le temps
Et il va de même pour le temps. Le temps à l’Ecole ne peut pas être celui de la société. Hannah Arendt avait raison de nous dire que l’Ecole est un lieu protégé à distance du monde[7]. L’Ecole éduque au temps. A l’Ecole on a le temps. Le « je n’ai pas le temps » ne veut pas dire que je travaille beaucoup et bien mais que je me fais avoir par le temps… Un chef d’établissement, un enseignant est quelqu’un qui a le temps, plus exactement qui s’inscrit de manière originale dans le temps, parce qu’il est au service du temps. Il ne se laisse pas prendre par le temps. Il prend le temps car il garantit le temps de chacun, le temps dont chacun a besoin, le temps de la construction, le temps de la maturation. L’éducation s’inscrit dans le temps. Chronos, le temps compté de nos agendas et des horloges, dévore ses enfants. l’Ecole les protège de ce temps vorace pour apprendre à faire les choses avec un enracinement en soi, une intériorité, en s’habitant soi-même sans se prendre pour ce que l’on fait. Comment initier au temps intérieur sans prendre le temps ?
Les programmes sont très symboliques de l’organisation du temps, sans parler de la place de la catéchèse, des temps de formation humaine, et plus largement de ce qui a rapport à la gratuité, sans laquelle il n’y a pas de fécondité. Et aussi la manière dont on aborde le temps et on rythme le temps. Comment on commence une heure de cours et comment on la termine ? Comment on change de discipline ? Là commence l’apprentissage de l’intériorité.
La symbolique de l’enseignant
L’enseignant, le chef d’établissement, l’APS, chacun selon son rôle propre est un personnage symbolique. Nous entendons par là qu’il dégage une signification qui est inscrite en partie dans son rôle mais qui est dépasse ses faits et gestes et la conscience qu’il a de lui-même.
Chacun doit savoir qu’il est un personnage symbolique. la manière dont il est perçu n’est pas équivalente à la manière dont lui-même s’appréhende de l’intérieur. Chacun se perçoit dans son individualité singulière mais à l’école il est perçu selon la fonction symbolique que lui attribue la société.
Chacun habite cette place selon son génie propre. Il y a beaucoup de liberté possible à avoir. Mais selon la manière dont on habite ce rôle on induit des représentations , des manières d’être au monde. La manière dont vous parlez du programme… que vous n’aurez pas le temps de finir ! La place qu’occupe l’évaluation ! la forme de l’évaluation ! Autant de comportements dont la dimension symbolique construit chez les élèves une manière de se construite par rapport à la loi, au règlement, au temps…
Je pense que l’on transmet plus par nos comportements qui induisent et inscrivent un rapport au monde, à l’autre, à la loi ni trop laxiste, ni trop rigide… le rapport homme/femme qui se construit aussi et entre autres dans la manière dont on le vit à l’école…
Je viens de voir le très beau film : la cour de Babel dans lequel on ne voit pratiquement pas l’enseignant alors qu’il est constamment intervenant avec des primo-arrivants Une magnifique figure symbolique d’enseignant..
La symbolique des célébrations.
Et encore quels sont les symboles qui rythment le temps de l’année ? Les célébrations ? J’ai travaillé avec Jean Vanier et les responsables des communautés de L’Arche pendant plusieurs années. Dans les communautés de L’Arche, les célébrations occupent une place décisive dans la vie de la communauté et pour les personnes qui la constituent. La construction d’une personne ou d’une communauté humaine doit beaucoup aux rites. Elles sont indispensables pour les personnes ayant un déficit mental mais on n’oubliera jamais que ces personnes nous révèlent ce dont nous avons le plus besoin. Les célébrations disent sans mentir la vie d’un établissement. Les célébrations, parce que ce sont des rites, ont une grande efficacité. Leur absence serait terrible. Des personnes ou des groupes qui ne célèbrent pas ou plus, ne se structurent pas vraiment ou même se déstructurent. Les célébrations révèlent la réalité et en même temps elles la construisent. Elles mettent en scène l’unité et son corollaire la diversité telle qu’on la vit dans l’établissement sur un curseur qui va de Babel à Pentecôte…
L’imagination manque souvent. Les célébrations ne sont pas toutes strictement religieuses. Beaucoup d’évènements peuvent être fêtés : des arrivées dans l’établissement, des départs, les succès d’une classe, un examen blanc, les réussites d’un enseignant à l’agrégation ou au doctorat etc. et on peut aussi y vivre alors une dimensions religieuse même si ce n’est pas Noel ! Et comment sont célébrés aussi les événements qui marquent douloureusement le personnel, les enseignants, les élèves ?
Les disciplines comme initiation à la dimension symbolique
L’enseignement des disciplines n’a pas pour finalité ultime la transmission de savoirs. Cet oubli servirait l’idéologie de notre époque, mais ne servirait pas la construction des personnes. Il enfermerait une nouvelle fois dans le sens littéral. Or l’enseignant a besoin de garder les yeux levés sur l’horizon symbolique de son enseignement. Le professeur d’anglais a besoin de percevoir le sens symbolique de ce qu’il fait, en l’occurrence la dimension pentecostale de son enseignement, car s’il y a un symbole qui parle, c’est précisément celui de la langue. A travers ce qu’il donne à voir et à apprendre, il opère, ce qui ne se voit pas nécessairement mais qui n’en est que plus efficace : l’ouverture à l’autre.
Dans le laboratoire qui réunit quelques-uns d’entre vous, nous travaillons à mettre en lumière la dimension symbolique de l’éducation et de l’enseignement des disciplines. La professeure de français qui travaille sur l’enfant de Noe de Schmitt, ne fait pas que du français. Elle travaille symboliquement un point focal et dramatique de l’histoire occidentale que fut la relation au judaïsme et qui fut peut-être matricielle de la relation à toutes les altérités : le noir, l’indien, l’arabe, et maintenant le rom, l’immigré etc. Une autre professeure travaille sur l’Au-delà à partir de la Divine Comédie de Dante. L’enjeu n’est rien de moins que d’être initié à la symbolique, pour ne pas hypostasier des représentations, mais rendre aux symboles leur capacité de donner à penser. Une autre enseignante intéressée par l’histoire mixte travaille sur la place des femmes dans la colonisation, absolument absente des livres d’histoire et donc sur la question du genre. Dans l’histoire enseignée, il n’y a ni femmes colonisées ni femmes colonisatrices. De plus elle conduit sa recherche dans l’histoire des missions. Alors là on est victime d’un double aveuglement : celui de l’histoire religieuse et celui de l’histoire des femmes… Dans l’histoire enseignée de la colonisation, il n’y a eu ni religieux, ni femmes. Quand les femmes sont à ce point absentes, le symbole parle ! Quand j’étais enfant, dans l’école primaire on nous enseignait déjà le genre. Personnellement, je n’ai jamais oublié la gravure de mon livre de grammaire sur lequel était inscrit que le masculin l’emportait sur le féminin et qui représentait un tir à la corde où les garçons l’emportaient. Voilà comment l’Ecole de la République m’a appris le genre et voilà comment elle continue de l’enseigner !
Ce qui vaut pour la symbolique des lieux, des temps, des célébrations, de l’enseignement des disciplines vaut a fortiori pour l’hypertrophie de l’évaluation, pour l’excellence revendiquée, pour l’ouverture à tous… Quelles représentations risquons-nous de transmettre ? Chacune des pratiques éducatives induit symboliquement un rapport au monde, à l’autre, à soi, au savoir, à la réussite. Là se trouve la vérité de l’éducation et de la transmission.
A juste titre, les établissements visent ou revendiquent une excellence. Certains par charisme ont même comme vocation la formation des élites. Un établissement, sans le dire, met en place une symbolique de la réussite qu’il transmettra à l’enfant ou au jeune. J’imagine mal que ce puisse être la réussite au baccalauréat ! Avec plus de 80% de réussite nationale, le challenge serait mesquin ! Quand l’Evangile offre le symbole de la croix pour parler de la réussite, nous ne pouvons qu’admirer ces apôtres de l’Evangile que sont les enseignants, qu’ils se disent croyants ou non, lorsqu’ils se tiennent auprès de leurs élèves en échec dans l’espérance qui peut faire défaut à celui qui traverse l’échec, quel qu’il soit. Celui qui aura expérimenté cela une seule fois dans sa vie que de l’échec peut naitre une fécondité inattendue, celui-là aura expérimenté rien de moins que le mystère pascal, qui est la clef de l’existence humaine dans la révélation chrétienne.
La lecture des textes
Nous avons besoin de réapprendre à lire les textes bibliques. Les anciens distinguaient quatre sens de l’Ecriture, là où les modernes ne voient plus que le sens littéral. Le fondamentalisme n’est jamais loin ! Il est porteur d’un cortège de maux. Pour ceux qui croient et pour ceux qui ne croient pas. Pour les uns il les enferme dans l’absolu d’une religion, leur donne l’illusion de détenir dans un texte la vérité et d’être dans un rapport immédiat, sans médiation, avec la Parole de Dieu. Pour les autres, la raison leur interdit de croire que le monde a été créé en 7 jours, que Eve a été faite avec une côte d’Adam, ou que Jésus fait des exploits sportifs en marchant sur les eaux. Le fondamentalisme porte en lui-même la croyance aveugle et l’incroyance bornée. Est-ce si différent ?
Un second danger se présente pour ceux qui ne savent pas lire. Nous avons besoin d’apprendre à lire ces textes autrement que comme des fables de la Fontaine dont on sait bien qu’au bout cela se terminera inévitablement par une leçon morale. Nous sommes lassés de ces discours moralisateurs qui ont depuis longtemps congédié le sens et la bonne nouvelle… Là où la morale assèche nos vies et les règlements excessifs épuisent nos institutions, la lecture symbolique des textes, comme le faisait les anciens, avec nos propres mots, réenchante la vie. Ils nous donnent à voir autrement le monde, la rencontre, la richesse, l’échec, la manière d’être-au-monde.
La lecture des rites
Les rites l’ont échappé belle ! Ils ont failli complètement disparaître au moment de la Réforme chez les protestants. Et chez les catholiques ils se sont perdus dans un ritualisme qui fut l’attestation la plus claire de ce que l’on avait perdu le sens. Ils sont convalescents…
Ils sont pourtant offerts comme un condensé de symboles. Ils sont gorgés de sens. Ils ne demandent qu’à être déployés. Ils se livrent à ceux qui se laissent toucher dans leur corps par ce qu’ils véhiculent. Ils ne veulent pas dire ceci ou cela ; ils veulent dire tellement de choses qu’ils sont inépuisables. On ne les comprend pas ! On les habite et quand on les habite vraiment et qu’ils sont authentiquement célébrés, alors on peut se mettre à leur écoute et les laisser parler…
Ils conduisent, comme les Ecritures, mais selon leur génie propre à entrer dans le mystère de l’existence…
Conclusion
A travers toute la symbolique de l’établissement et de tous les actes qui y sont posés, vous transmettez un sens de l’homme, une représentation du monde, du rapport à la différence homme/femme, à la différence de milieux sociaux, à la différence culturelle et religieuse. Bien plus profondément que des savoirs, dont on ne saurait relativiser l’importance, ce sont ces symboliques là qui vont s’inscrire dans la chair de cette jeune génération.
Le symbole conduit du visible à l’invisible… L’Ecriture dit : « nous ne regardons pas ce qui se voit mais ce qui ne se voit pas… », ou plus exactement à travers le visible nous regardons l’invisible. L’éveil à la symbolique nous propose d’habiter autrement les espaces que seulement de manière fonctionnelle, autrement le temps que sous la seule dictée de Chronos qui dévore ses enfants, autrement les pratiques éducatives ou l’enseignement des disciplines que comme exclusivement des savoirs à acquérir.
On n’éduque pas au symbole. On initie au symbole. En revanche par le symbole on éduque, que l’on soit ou non conscient de la symbolique que l’on met en œuvre dans les pratiques éducatives, l’organisation des espaces, du temps, de l’évaluation, l’enseignement des disciplines. Le concept et le symbole, la pensée rationnelle et la pensée symbolique, l’une et l’autre et chacun selon son mode propre sont nécessaires car il ne s’agit pas seulement d’apprendre mais aussi de transmettre, pas seulement de la transmission d’une culture mais aussi de la construction de personnes humaines.
Christian Salenson
ISTR- Marseille.
[1] Lalande, Vocabulaire critique et technique de la philosophie.
[2] Jacques Vidal, p. 248 et s.
[3] Gilbert Durand, L’imagination symbolique, Quadrige, PUF, 1964, p. 21 et s.
[4] Michel Foucault, Histoire de la sexualité, NRF Gallimard, 1976.
[5] Karl Barth, La théologie protestante au XIX ème siècle, Labor et Fides, 1946.
[6] Jurgen Habermas, La technique et la science comme idéologie, Gallimard, Tel, 1973.
[7] Hannah Arendt, « La crise de l’éducation » La crise de la culture, Folio essais, p. 239.
Christian Salenson, Conclusion de la session
Conclusion
Nous avions voulu cette session en l’inscrivant dans l‘idée que l’enseignement du Fait religieux ne saurait en rester à un enseignement positiviste par lequel on ne ferait que dispenser des connaissances.
Nous ne voulions pas non plus en rester à une approche patrimoniale, qui a l’avantage de donner accès aux jeunes générations au trésor de la culture mais qui parfois lui donner accès uniquement à des œuvres du passé, endormis dans des musées.
Nous pensions que le fait religieux, un bâtiment religieux, un tableau, un rite religieux, etc pour être compris, doit être lu dans ce qui en fait la symbolique. Et que agissant ainsi, on ouvrait sur la question du sens.
En effet les jeunes générations, croyants ou non, peuvent être en déficit de sens donné à leur vie. Aujourd’hui dans le meilleur des cas, on insiste sur les valeurs morales à transmettre, sur l’éthique, sur le fait de vouloir donner des points de repère. Tout cela est fort utile mais on n’enchante pas la vie avec l’éthique. On a besoin de passer à cette autre dimension qui est celle du sens, à ce que l’on fait, à ses choix de vie, à ses choix de vie etc. Et donc clairement un des objectifs de l’initiation à la symbolique consiste à ouvrir à partir des symboles, des rites et des mythes, vers la question du sens, sans évidemment la confondre avec la croyance
En ces quelques lignes, avec Dominique, nous ne voulons pas reprendre toute la session mais simplement repérer quelques points forts qui se sont bien éclairés durant ces trois jours. Qu’est ce que le sens et comment le symbole ouvre à la question du sens ? Avec Ferrante Ferranti, de ce point de vue, un aspect très important est apparu. On a accès au sens par le sensible, par les sens. Ce n’est pas le seul accès. On accès au sens par la réflexion. Nous privilégions souvent cette approche : réfléchir à ce que l’on fait et donner du sens à nos actions et ultimement à notre vie mais l’approche de Ferranti par une approche artistique des symboles nous a d’abord fait sentir, puis comprendre que les sens, nos sens, à l’exemple de cet escalier aux cinq sens qui conduit à une basilique nous conduit aussi dans le domaine du sens. Disons-le encore autrement que cela soit bien clair, le sens relève aussi du senti et du ressenti. On n’entre pas dans le sens uniquement par les sens mais on y entre aussi par ses sens. Le fait religieux, comme les arts nous mettent sur le chemin du sensible…
Ce que vous faites quand vous conduisez des jeunes élèves ou des moins jeunes à regarder une œuvre d’art, à lire un texte, à visiter un édifice religieux, à condition toutefois que vous les accompagniez dans le fait qu’ils se laissent toucher par cette œuvre d’art. A proprement parler, nous ne l’avons pas développée mais cette attitude s’appelle l’initiation : initier au fait religieux, comme à l’histoire des arts, c’est se tenir dans cette proximité qui permet à quelqu’un de se laisser toucher…
J’ai été frappé par la disponibilité que cela demande. Un symbole est là. Je peux le recevoir, le lire, me laisser toucher. Je peux aussi ne pas le considérer. Si je suis fermé aux représentations baroques de la crucifixion, un visage, une main, peuvent me laisser parfaitement indifférent. Mais des symboles comme l’échelle ou le bain ouaté de lumière blanche de la crucifixion de Chagall quand ils sont reçus peuvent dire une parole forte comme Denise nous l’a fait voir. Le tableau de Chagall est un cri d’une force incroyable !
Le symbole demande de la disponibilité. Il échapperait au passant qui dirait : encore une crucifixion : je connais… ou à celui qui croirait qu’une crucifixion, ça parle de l’événement de la mort de Jésus, sans voir comme les artistes que la crucifixion comme tant d’autres scènes bibliques ou mythologiques parlent en même temps d’autre chose… en l’occurrence de l’homme innocent aux prises avec le mal.
Denise nous a bien montré que la crucifixion de Jésus parlait de la crucifixion des juifs à ce moment là de l’histoire. Les tableaux religieux, une visitation, une résurrection, disent toujours beaucoup d’autres choses et celui qui n’y voit qu’une illustration d’une belle histoire ne s’est pas laissé porter par la vague du symbole jusque dans l’horizon du sens.
Pour lire un symbole, un récit, un rite, il faudra s’y arrêter. Patiemment le lire comme nous l’avons fait, tableau après tableau, symbole après symbole pour qu’ultimement il nous apparaisse dans toute sa force… ce travail d’initiateur que vous faites de multiples façons est un travail qui demande du temps… Le lecture n’est jamais immédiate ! On a besoin de temps pour intérioriser et laisser résonner un tableau, un texte, une œuvre…
Il en va de même lorsque nous visitons un bâtiment religieux. Comment le lire ? C’est la question que nous avions posée à Bernard parce que nous connaissons bien les dérives possibles dans la visite d’un édifice religieux pour avoir souvent eu des guides qui prennent prétexte de l’édifice pour parler de beaucoup trop de choses et qui nous distraient du lieu, soit pour s’en tenir à la littéralité du bâtiment : sa longueur, sa hauteur, sa largeur, tout sauf sa profondeur symbolique. Car à vrai dire il faut aussi se taire pour laisser parler un édifice…
Bernard nous a donné quelques clefs, nous ouvrant quelques espaces symboliques. Vous vous souvenez de ses titres de chapitre de chapitre ? Symbolique de la maison par exemple… Ne pas interpréter l’édifice sans penser à ceux qui l’habitent… Un monastère n’est pas un monument des bâtiments de France, il est une maison de moine… La symbolique de la vie… Quelle est la vie qui anime cet édifice ? Laisser ce lieu nous parler… lui laisser la parole…
Nous pensions que les symboles étaient liés à des objets, des personnages, mais le philosophe ne nous a pas laissé dans cette tranquille sérénité. C’est le propre des philosophes que de venir interroger et déplacer nos représentations. Xavier a tout de suite dressé trois attitudes possibles dans le rapport au monde : soit nous arrêter à la stricte matérialité des choses, soit nous en évader dans des métaphores plus ou moins illusoires ou oniriques, soit celui de l’existence authentique celle de l’intelligence du réel. Et que sur ce chemin là nous pouvions penser le monde avec la raison et les concepts, ce que nous faisons de multiples manières, mais que devant l’infinité des choses, le mystère de l’être, l’inénarrable du monde, le concept éclatait et devait faire appel à ce qu’il a appelé l’analogie, l’analogie de l’être… nous étions à nouveau par le détour de la philosophie grecque, dans le domaine symbolique mais désormais ce n’était plus seulement de l’interprétation des symboles ou des rites mais il ne s’agissait que de rien de moins que de la compréhension du monde. A cause même de ce qu’est le monde, la pensée rationnelle ne suffit pas, elle a besoin de cette autre forme originale de la pensée qu’est la pensée symbolique.
Nous avions voulu interroger aussi la symbolique de l’espace, partant du constat tout simple que les paysages ont été marqués par le fait religieux. Mais notre approche de la géographie, la mienne en tout cas, était une peu naïve ! J’ai noté en particulier ce phénomène très intéressant à propos du temple des hébreux. Le temple marque la possession de cette terre lorsque le peuple juif s’y installe. Mais que se passe-t-il lorsque le temple est détruit ? Il continue de marquer le territoire mais désormais il est intériorisé. Au fond nous intériorisons les symboles religieux. Ils dessinent en nous une géographie intérieure…
Nous voulions saisir une symbolique qui se met en place dans l’acte même de sa naissance pensant ainsi que cela nous ferait mieux comprendre ce qu’est une symbolique et son fonctionnement. Et c’est ce que nous avions demandé à Jean Guyon. Personnellement j’ai été très sensible à ce que le savant archéologue qu’est Jean ne puisse pas dire si telle ou telle symbole sur une sarcophage ou dans une catacombe est un symbole chrétien ou pas… Il nous a fait comprendre ainsi que le symbole n’existe pas en dehors de son site culturel, social. Et aussi nous y avons appris que les mêmes symboles peuvent fonctionner dans des champs culturels différents. Ils passent d’un monde à l’autre… Ainsi le pasteur qui existe bien avant de devenir dans la symbolique chrétienne le bon pasteur. Non seulement ils mutent mais je crois avoir mieux compris hier soir qu’ils sont des passeurs entre des cultures, des passeurs dans les changements culturels.
Je voudrais encore faire une remarque. Jean nous a montrés beaucoup de symboles du Christ. Dans l’antiquité chrétienne, la croix n’existe pas ! Ainsi ce qui me parle en l’occurrence, ce n’est pas la symbole mais l’absence de ce symbole qui fait comprendre deux anthropologies assez différentes, une dans laquelle on valorise la victoire sur le mal, une autre dans laquelle on est fasciné par la souffrance…
Et puis nous n’avons pas fait que parler. Nous avons aussi eu des rites. Nous vous avons proposé une célébration. Je crois pouvoir dire que dans sa simplicité, elle était belle. Chacun l’a habitée à sa manière. Il y a été question de puits, de désir, d’eau, de fleuve qui coule en soi… qui pourrait dire comment cette célébration a résonné pour chacun… sauf qu’au dire de ceux qui nous avait dressé la table pour un autre rite, celui de l’apéro, nos visages étaient quelques peu lumineux…
La République aussi a ses symboles. Nous évoquions en commençant le panthéon et la prochaine apothéose qui doit être célébrée. Nous avons en mémoire la demande du ministère de l’éducation nationale de remettre dans l’école les symboles de la République : le drapeau et la devise. Il y a une certaine indigence dans la symbolique républicaine et en disant cela, il ne s’agit pas tant de critiquer que de prendre la mesure d’un déficit de rite qui marque la société. Dominique nous a montré comment se met en place avec la guerre de 14 un vraie culte républicain, avec ses rituels, le 11 novembre, ses symboles : le poilu, le drapeau, le coq, sa polysémie : le héros, la grandeur de la France, se sacrifice héroïque mais aussi non à la guerre, la paix…
Dominique nous a fait saisir le fait religieux au cœur de ce qui est le plus laïque, républicain. Et ce religieux aussi fait sens, à condition là encore de ne pas l’écraser dans la littéralité de l’image…
Jean-François Noel est dans son registre propre équivalent à Xavier Manzano. Nous lui avions demandé de nous dire comment le symbolique participait à la constitution des individus. Nous n’avons pas été déçu du voyage. Qualifiant le symbolique de résonnance intérieure ou de fil d’Ariane, il nous a montré comment la réalité est ce sur quoi nous butons, l’équivalent du réductionnisme dont a parlé xavier à propos de la matérialité, invitation à prendre de la distance vis-à-vis de nos urgences, de nos calendriers, de nos activités frénétiques etc… Et il a insisté pour que nous fassions droit à l’imaginaire qui était l’équivalent de ce que Xavier a dit en parlant de la métaphore, de sa nécessité et de sa limite avec le risque de se perdre dans l’onirique… ou bien, d’être bigot défini comme celui qui a l’imaginaire sec. Les bigots ne sont pas tous des adeptes des religions. Il y a les bigots de l’organisation, du coaching , les bigots de l’économie etc. On m’a dit qu’il y en avait dans l’enseignement catholique des bigots insécurisés à l’imaginaire sec !
Et alors il est proposé l’ouverture au symbolique… Le symbole va au-delà de l’image et de l’imaginaire. Il éveille la conscience. il nous met en chemin vers le sens, vers un ailleurs… Il nous a été proposé la figure – le symbole – du pèlerin… Sur ce chemin-là nos représentations s’épurent, nos convictions évoluent jusqu’à la représentation de Dieu déshabillé nu sur la croix. L’expérience symbolique ne console pas, comme le prétend la religion à trois sous, elle ne guérit pas les blessures restent mais elle met à la place du vivant…
Enfin Marie Hélène nous a introduits à la célébration de la semaine sainte à Perpignan. Nous avons vu comment dans un même geste on enseigne le fait religieux et on initie à une culture.
Je crois qu’on a été conduit plus loin que prévu… Nous pensions peut-être apprendre le sens de quelques symboles… nous nous doutions qu’il fallait pousser cette porte et que le fait religieux présent dans les disciplines, comme les arts peut permettre d’initier au symbolique mais surtout de conduire vers le chemin du sens que chacun est amené à donner à ce qu’il fait, là où il aime, là où il souffre, là où il se sent perdu, là où il est traversé par le doute… mais là aussi où il a le cœur tout brûlant.
Nous avons bien compris que le symbole est là présent. Il ne se laisse pas réduire à quelques symboles religieux. Nos attitudes, nos comportements, l’organisation de l’espace, le rapport au temps, tout finalement comporte une dimension symbolique qui de toute manière opère, la plupart du temps à notre insu, mais efficacement cependant.
Et la suite …
Cela fait la seconde année que nous organisons une session. Marc a dit que c’était le seul endroit en France à proposer ce genre d’initiative, avec la collaboration de presque tous les diocèses. Nous avons envie de vous proposer de faire de cette session un rendez-vous annuel. Il y a d’abord beaucoup de bonheur à se retrouver ! Et on va pas s’interdire du bonheur surtout que vous le savez, nous pensons que toute formation doit être agréable…
Cette session a l’avantage de croiser des publics, de symboliser autre chose que les hiérarchies et répartitions des rôles qui ne rendent pas compte de l’unicité du travail éducatif dans lequel dans la diversité des fonctions nous sommes tous engagés. Nous ne voulons pas reproduire en terme de formation des cloisonnements que l’on peut parfois trouver dans les établissements…
Et puis nous avons des idées… plusieurs… parce que constamment nous pensons. Mais faut-il en parler maintenant. Probablement que c’est trop tôt… Nous avions pensé au rapport entre enseignement du fait religieux et enracinement dans la dimension régionale de nos cultures… mais peut-être vaut-il mieux traiter cela à travers d’autres thématiques que d’en faire un sujet…
Et si on regardait le fait religieux sous l’angle du féminin ???
Des dates
18-19-20 mars 2015
Un site et des textes…
Des textes en ligne…
Les actes…
Des formations
Des retraites chefs d’établissement : Lérins
Une formation : Eduquer acte politique : donner le sens de la formation…
Des cours à l’ISTR
Christian Salenson, Symboles, rites et mythes
ISTR/ DERRE
Session Mars 2014
Symboles, rites et mythes
Christian Salenson
ISTR/ Marseille
Cette session a pour but de mieux appréhender ce qu’est le symbole et la logique propre de la symbolique afin de permettre à des enfants et à des jeunes d’entrer dans cette dimension de la réalité qui permet une autre compréhension du monde que la seule logique scientifique, rationnelle, technicienne et qui ouvre le champ de la compréhension de la religion et du langage religieux ainsi que des arts et du langage des arts. Mais pour commencer cette session nous devons dire de quoi nous parlons lorsque nous parlons de symbole et de symbolique. Cet exposé aura donc une finalité introductive.
Le terme de symbole est dévalué dans le langage courant. Ainsi pour dire de quelque chose que ce n’est pas tout à fait la réalité, on dira facilement : ce n’est qu’un symbole. Ainsi le symbole dans cette expression coutumière et révélatrice n’est qu’une figure, une image qui ne rend pas compte et ne permet pas d’appréhender la réalité. Or, au sens où nous allons en parler, nous allons dire au contraire que par le symbole nous pouvons entrer dans des niveaux de la réalité qui sans lui sont inabordables. Nous ne percevons pas le symbole comme une déperdition du sens des choses mais au contraire il se présente comme une saturation de sens, une saturation de présence, un accès au réel qui sans le symbole demeurerait inaccessible. Nous allons donc dans un premier temps définir ce qu’est le symbole.
Cet exposé a pour titre : symbole, rites et mythes. Un lien étroit unit ces trois termes. Le symbole est comme l’unité de base par lequel et au moyen duquel vont se constituer des rites et des mythes. Les rites sont des actions sacrées. Ils utilisent des symboles et toutes sortes de symboles dans leur architecture. Nous reviendrons dans un deuxième temps sur les rites qui ont tellement été décriés et soupçonnés à la période moderne alors que paradoxalement nous en cessons de ritualiser notre vie personnelle ou collective.
Les mythes à la différence des rites ne sont pas des actions sacrées mais des discours sacrés. Ils racontent des grandes épopées comme dans le mythe de Gilgamesh par exemple, ou bien ils sont constitués de récits plus courts mais hautement significatifs. Toutes les cultures et toutes les religions ont développés des mythes, y compris les sociétés sécularisées. Le terme de mythe est donc le moyen de désigner en anthropologie religieuse les textes sacrés. La modernité s’interrogera longuement sur la vérité des mythes et cela ne se fera pas sans difficultés particulièrement à propos les textes bibliques. Dans une troisième partie nous essayerons de faire quelques remarques sur la question.
Au terme de cette introduction, permettez moi juste d’ajouter que le langage religieux est de bout en bout un langage symbolique et que pour initier au fait religieux, il convient d’en avoir compris le fonctionnement. Il en va de même pour les arts qui utilisent le même langage et dont l‘oubli ou l’ignorance de ce mode propre de langage confine à une histoire des arts scientifique et inerte, dans laquelle on accumule des connaissances périphériques sans jamais entrer dans l’oeuvre.
Le symbole
De la catégorie du signe
Le symbole relève du domaine du signe car le propre d’un symbole est de faire signe. On pourrait appliquer au symbole ce qu’Augustin disait des sacrements : le symbole est un « signe visible ». Ce qui appelle une première remarque. Tout d’abord on est dans un mode de langage. Le symbole parle. Il signifie. Il désigne. Il est parlant. Il appartient donc au langage. Il appartient au langage comme le mot et le concept. Il y a une langue des symboles. Il y a un langage du symbole. Le feu est un symbole. Il délivre un message. Nous nous réunissons autour d‘un feu de cheminée. Le feu parle à tous ceux qui sont là. Je dessine un cœur tout le monde peut lire ce symbole. Si en plus je le transperce avec une flèche tout le monde comprend combien celui qui a dessiné ce symbole est atteint ! Pour le dire autrement le symbole ne répond pas à cette question que notre époque aime trop et dans laquelle elle prétend tout enfermer : A quoi ça sert ? Mais il répond à la question : qu’est-ce que cela dit ? Qu’est-ce que cela me dit ?
Polysémique
Cette question se pose immédiatement : qu’est-ce qu’il dit ? Que dit le symbole du feu ? Et là nous entrons dans l’originalité de ce langage. En effet un même symbole peut dire des choses diverses. Le symbole du feu peut exprimer de la convivialité pour ceux qui sont réunis autour de la cheminée. Mais pour ceux qui sont rassemblés dans un crématorium, il va exprimer plutôt de la destruction. Et en effet un même symbole a la capacité à dire des choses différentes. Le feu parce qu’il réchauffe peut renvoyer à la convivialité, à la chaleur d’être ensemble. Mais parce qu’il détruit, il peut aussi renvoyer vers l’élimination, la purification. On pourrait encore évoquer bien d’autres symboliques du feu. Il consume lentement en dégageant de la chaleur et peut évoquer l’amour. Il évoquera aussi le foyer, le même mot renvoyant d’ailleurs à l’âtre et à la maison voire le couple etc. Il est donc polysémique.
Le signe et le symbole
Un même symbole peut signifier des choses très différentes, comme nous venons de le suggérer à travers le symbole du feu. Nous pouvons maintenant faire une distinction classique entre le symbole et le signe. Dans le signe, je vois le signe et je connais sa signification. Je vois un panneau de sens interdit et j’en connais la signification. Je l’ai apprise. Elle est arbitraire et univoque. Il en va différemment pour le symbole. Je vois un symbole, je n’en connais pas la signification car la signification est multiple, diverse, extrêmement variée. Je vois le signifiant : du feu. Je ne connais pas le signifié : une multiplicité de sens. Telle est l’originalité fondamentale du symbole. Ce qui pose plusieurs questions et en particulier : comment fait-on pour lire, pour interpréter un symbole ? Que peut-on en dire ?
Le langage de la religion et des arts
Remarquons déjà que le langage du symbole est le langage privilégié de la religion et des arts. En effet pour exprimer des choses mystérieuses, les religions font appel à de nombreux symboles : du pain et vin par exemple. Mais malheur a celui qui croit que ce pain est un simple pain et ce vin un simple vin. Ce sont du pain et du vin symboliques et donc gorgés de significations. Les arts comme les religions feront appel à ce langage du symbole. La couleur que le peintre va utiliser ne sera pas une simple couleur. Les formes, les lignes, les couleurs, tout va concourir à délivrer du sens… car il renvoie toujours le sujet ailleurs…
Signe visible d’une réalité invisible
Je peux maintenant dire non seulement que le symbole est un signe visible : de l’eau, du feu, du vin, de la couleur. Mais je peux dire que c’est « un signe visible d’une réalité invisible ». Et cela même pour un symbole banalisé comme celui de cœur. Si je dessine un cœur, je dessine un signe visible. Tout le monde peut le voir. Mais la réalité elle est invisible : l’amour que j’ai pour une personne, car l’amour personne ne l’a jamais vu. On n’en voit jamais que des signes. Des signes qui sont suffisamment forts, assez parlants pour croire que réellement l’amour est là. Le symbole est le signe visible d’une réalité invisible. Un symbole n’est jamais une preuve. Il n’est toujours qu’un signe qui demande à être reçu, à être interprété, d’une certaine manière à être cru. Il n’est pas uniquement un signe visible. Il est « le signe visible d’une réalité invisible ».
L’invisible dans le visible
Quel est le rapport qu’il y a entre le signe visible et la réalité invisible. La réalité invisible est rendue d’une certaine manière présente dans le signe visible. Ainsi l’amour que j’ai pour quelqu’un est rendu visible dans le baiser que je lui donne. Le baiser « représente » l’amour ; il rend présent l’amour. Il l’épiphanise. Il manifeste ce qui est caché. Quand Picasso peint Guernica, toute l’horreur du bombardement est rendue présente dans le tableau, alors même que le signifiant n’est qu’un tableau, si je puis dire. La grotte de Lourdes n’est pas qu’une excavation mais au moyen de la capacité signifiante de la grotte, elle donne accès à un Au-delà pour le pèlerin. Donc d’une certaine manière l’invisible est rendu présent dans le visible par le symbole qui le représente. En même temps, toute la réalité n’est pas contenue, enfermée dans le symbole. Le baiser représente l’amour que j’ai pour mon ami. Il ne dit pas tout. Il n’épuise pas la réalité invisible de l‘amour que je lui porte. La sexualité exprime et rend présent l’amour de deux personnes mais l’amour ne se limite pas à la sexualité, sans quoi on serait à proprement parler dans de l’idolâtrie. Ce sera particulièrement vrai dans la religion. Le symbole qui rend réellement présent l’invisible, le pain consacré par exemple dans la religion catholique, n’enferme pas le divin dans le pain ni dans le tabernacle. Si le divin se manifeste réellement dans le symbole, il le transcende.
La matérialité détermine la signification
Chaque symbole délimite un champ propre de signification. Le symbole de l’eau n’est pas celui du feu, un Requiem n’est pas un Te Deum et une visitation n’est pas une crucifixion. Cette délimitation se fait par les formes même du signifiant. Le symbole de la croix commence dans sa matérialité elle-même. Ainsi la croix est constituée de deux axes : un vertical et un horizontal et d’un point de jonction des deux. Là commence sa signification. Celui qui veut apprendre à lire les symboles doit toujours revenir à leur matérialité. Celui qui, par une trop grande familiarité, n’y verra plus qu’un emblème religieux verra le sens symbolique s’atténuer jusqu’à l’insignifiance.
Cette matérialité détermine un champ de signification : un cyprès dans un cimetière est un index pointé vers le ciel, disait Bachelard nous invitant à lever la tête en ce lieu symbolique où le regard se porte plus spontanément vers le trou qui est creusé en terre.
Symbolique des espaces
Il y a une symbolique des espaces et des temps. Certains espaces sont des espaces sacrés, dans les religions par exemple. Ainsi les temples, synagogues, Mosquée, Eglise à des degrés divers sont des espaces sacrés et donc symboliques. Ce ne sont pas n’importe quels lieux : par leurs dimensions, leurs formes, les couleurs, les jeux de lumière comme par le mobilier et les objets qui sont utilisés, ils déterminent des jeux de signification différents. Mais que comprend l’élève à qui on apprend les noms de lieux : le clocher, le portail, le cloître mais à qui l’on n’ouvre pas l’espace de sens ?
Certains espaces ne sont pas sacrés/saints mais il y a une signification symbolique des espaces dont il vaut mieux avoir une certaine conscience. L’école n’est pas un espace sacré même si certains laïques veulent la sanctuariser ! L’école est un espace symbolique. Observez votre établissement scolaire, vous verrez si la symbolique des espaces fonctionne. Où est le bureau du directeur ? Où est la chapelle ? Où est la salle des professeurs ou les espaces du personnel d’entretien ? Les symboles mentent moins que les mots et souvent dénoncent le mensonge des discours.
Le symbole dans l’éducation
L’éducation de l’enfant se fait en l’initiant aux symboliques des espaces et des temps. Une ritualisation du coucher est nécessaire pour exorciser ce moment délicat et un peu angoissant pour le jeune enfant… et pour les adultes !
Une difficile frustration
Le problème difficile à concevoir, à accepter et à vivre pour les hommes et femmes de la modernité réside dans le fait que l’on ne peut pas définir une fois pour tout le sens d’un symbole. Tout d’abord parce qu’il peut y en avoir plusieurs, voire contradictoires parfois, que cela va dépendre aussi du contexte dans lequel on se trouve et de la capacité de ceux qui sont là à se laisser toucher par le symbole. Car on n’explique pas un symbole, on commence par l’éprouver, le ressentir, parfois même à son insu. Il faudra parfois longtemps entre ce qui a été éprouvé plus ou moins consciemment à un moment donné et le moment où on parviendra à dire une parole qui partiellement au moins tente d’en rendre compte. On accède au monde des symboles moins par l’enseignement que par l’initiation.
Conclusion
En terminant cette première partie, je voudrais dire le caractère nécessaire de ce langage symbolique. Il nous permet d’exprimer ce que nous ne pourrions pas dire sans lui. Ainsi l’amour porté à quelqu’un ne peut s’exprimer uniquement dans les mots. Il a besoin que l’on fasse appel au langage symbolique du corps, le baiser, la caresse, la sexualité. L’homme a besoin de la musique pour exprimer ses sentiments, la tristesse, la joie. L’homme religieux a besoin de symbole pour exprimer son ouverture sur l’au-delà. Les arts …
Les rites
Les rites sont des actions symboliques dans lesquelles, les hommes s’expriment, construisent leur représentation du monde, de leurs relations mutuelles, donnent du sens à leur existence. Pour cela les rites utilisent les symboles divers et variés.
Les rites de la vie quotidienne
Tout le monde ritualise. Il suffit de penser à quelques séquences de la vie quotidienne telles que le repas familial. S’il s’agissait uniquement de se nourrir, il suffirait d’absorber quelques pilules énergisantes. Nous y gagnerions beaucoup de temps car la ritualité absorbe beaucoup de notre énergie. Il faudra se mettre à table, selon des places souvent ritualisées elles aussi. Le seul fait de vouloir manger dit notre désir de vivre. Il faudra partager de la nourriture. Les participants en consommant un mets commun disent leur unité et le partageant de manière équitable exprime la reconnaissance qu’ils ont les uns pour les autres. La table familiale va dire aussi la manière dont sont vécus les rôles au sein de la famille, y compris la construction sociale des genres qui est de fait vécue quelques soient par ailleurs les discours tenus !
Les rites aux grands moments de la vie
Les rites permettent de vivre les grands moments de la vie. Certains sont des rites de passage, comme ceux de l’adolescence à l’âge adulte ou encore le mariage. On joue dans des rites des réalités qui ne peuvent pas se dire dans des mots. Les rites établissent chacun dans son rôle et sa place et servent à marquer les changements de place. Les examens fonctionnent souvent comme des rites de passage dans notre société. Les rites garantissent à chacun une certaine légitimité et permettent d’assumer les changements de place et de fonction.
Les rites religieux laïcs
Le République met en œuvre des rites : fête nationale, défilé du 14 juillet. Prochainement, on a annoncé l’entrée au Panthéon de quatre nouvelles personnalités. Le caractère religieux républicain est clairement énoncé puisqu’il s’agit du Panthéon. On va donc avoir droit à une apothéose, nom que l’on donnait aux empereurs lorsqu’ils étaient divinisés après leur mort. Parmi elles, deux femmes. Le symbole est clair et il est voulu.
Les rites des religions
Les grands rites religieux jouent des aspects essentiels de la vie et du sens qu’on lui donne. Ainsi le baptême par exemple qui symbolise que toute vie est un passage de l’Egypte à la terre promise ; la circoncision qui marque dans la chair une appartenance à Dieu. Le mariage qui a travers des symboles expriment en fait l’ensemble de la vie du couple à venir : l’alliance passée au doigt. Vous voyez la symbolique sexuelle. Puisque le mariage est consommé, conclu dans la relation sexuelle, et que l’on ne peut pas copuler publiquement, on le joue à travers la bague au doigt. Le symbole donne à voir ce qui ne se laisse pas voir !
Les rites comme mise en scène de l’existence
Les rites se construisent en faisant appel à une grande diversité de symboles. Ainsi un pèlerinage qui est un rite majeur dans toutes les religions fait appel à la symbolique des espaces et du temps mais aussi de l’eau, de la lumière, du feu. Le rite ne fait pas nécessairement appel à la foi confessée dans une religion donnée. Il agit par lui-même. Ceux qui font le chemin de saint Jacques sont transformés par le chemin, même s’ils ne l’investissent pas subjectivement comme un pèlerinage. On ne maitrise pas les effets du rite.
Dans un pèlerinage, on joue symboliquement la vie, avec ses joies et ses épreuves surmontées. La procession est une forme de pèlerinage raccourci. On parcourt un espace qui évidemment est symbolique de la vie. On trace au sol un espace sacré en zigzaguant ce qui évoque le labyrinthe présent dans toutes les grandes mythologies. On parcourt ce chemin symbolique avec une lumière à la main. On entre dans l’intelligence d’un rite en entrant dans l’intelligence des symboles qui le constituent.
La modernité
La modernité a beaucoup critiqué le rite, ne voyant souvent en lui que les formes pathologiques : ritualisme, obsessionalité du rite etc. Il aurait fallu même supprimer les rites. La Réforme protestante n’en a gardé que le baptême et la Cène et encore ce fut grâce au combat de Luther. Elle a bien failli n’avoir que des Ecritures. La modernité fait plus confiance aux discours qu’aux gestes et pourtant… cela ne nous a pas empêché ces dernières années de développer certains rites comme l’apéro… presque jusqu’à l’obsessionalité parfois !
Les rites et la constitution des personnes
Les rites participent à la constitution de la personne. Ainsi il y a des rites pour les différents âges de la vie : des rites ne naissance, de puberté, de mariage, de procréation, autour de la maladie, des rites autour de la mort, etc. Notre société voit disparaître des rites mais d’autres prennent de l’importance. Je pense aux anniversaires pour les enfants. Cette ritualisation de la date de naissance ponctue la croissance de l’enfant et l’aide à se situer dans le temps et dans son propre temps. Il en ira différemment pour l’adulte à qui sans le lui exprimer directement on vérifie s’il lui reste encore un peu de souffle… Probablement que nous sommes en déficit de rite pour le passage de l’enfance à l’âge adulte.
Les rites et l’Ecole
Les rites participent à la constitution des groupes. Le bizutage par exemple. Le salut aux couleurs dans l’armée devant le symbole de la nation qu’est le drapeau, qu’il faudra défendre au prix de sa vie sur le champ de bataille.
L’école a ses rites : les rites de passage. L’entrée à l’école est déjà un rite, l’entrée en 6eme, l’agrégation, le doctorat… sans parler des innombrables rites de la vie quotidienne par lesquels on organise le temps et l’espace. Certains rites ont disparu : ainsi la distribution des prix. Dans la distribution des prix, on valorisait une certaine réussite et on n’a probablement pas envie de continuer de cette façon. Tous ces rites méritent une grande attention car le sujet et l’institution se construisent à travers ces signaux. Nous sommes en déficit de rites, y compris à l’école et que nous manquons d’imagination pour inventer des formes diverses à propos d’un départ de l’école en fin de scolarité par exemple, ou bien pour marquer les réussites de chacun. etc.
Les mythes
Par le terme de « mythes » on désigne les récits écrits ou parfois oraux qui sont constitutif d’un groupe, d’une nation, d’une religion. Certains récits ont eu une importance extraordinaire telle l’épopée de Gilgamesh. Elle aura une extension dans le temps et dans l’espace invraisemblable. Si des hommes ont répété ces récits, en les enrichissant, en les amendant, en les réécrivant, ce n’était pas uniquement parce qu’il s’agissait là d’une belle histoire mais parce qu’ils se retrouvaient dans ces récits.
Les mythes pour ceux qui les vivent délivrent plus ou moins consciemment une représentation du monde, une représentation de l’homme et de la femme, de leurs relations, une représentation de la vie. Tout cela ne se fait pas au travers de discours idéologiques mais à travers ces mises en scène.
La question n’est pas de savoir si les grecs croyaient à leurs mythes. D’une certaine façon la réponse est évidente. Oui ils y croyaient. Mais est-ce qu’ils croyaient que Prométhée avait descendu le feu du ciel dans une branche de fenouil. Probablement pas ! Ils croyaient surtout au message que véhiculaient leurs mythes sans quoi ils s’en seraient désintéressés, ce qu’ils ont fait d’ailleurs quand cela n’a plus correspondu à leur vision du monde. Peu importe s’ils croyaient à la lettre des récits, ils croyaient aux représentations qu’ils véhiculaient.
Et les jeunes générations d’aujourd’hui ? Est-ce qu’ils y croient à la guerre des étoiles ? A la superficialité du récit, probablement pas ! Ces récits sont de vrais mythes, c’est-à-dire des récits symboliques qui au-delà de la superficialité du récit racontent la vie, développent une théologie, donnent une représentation du monde, de la réussite et de l’échec, de vrais récits de salut !
Là encore, comme pour le symbole, et précisément parce qu’on est dans un langage symbolique, celui qui s’arrête au premier degré s’interdit définitivement de comprendre. Il ne comprendra pas le texte biblique, celui qui comptera les côtes de l’homme pour vérifier s’il lui manque réellement celle avec qui Eve a été faite ! Ni d’ailleurs s’il essaie d’expliquer par quel phénomène Jésus pouvait bien marcher sur les eaux !
La vérité d’un mythe ne se trouve pas dans le rapport que le récit entretiendrait avec un événement qui se serait passé mais la vérité se trouve dans la capacité d’un mythe de révéler un sens du monde, de la vie, de la relation, du divin etc. La question n’est pas de savoir si Marie a rendu visite à Elisabeth, mais ce que cela révèle du sens divin de la rencontre. La question n’est pas de savoir si Gilgamesch a existé mais ce que sa quête de l’immortalité révèle de l’être humain et de sa manière d’être-au-monde. La question n’est pas de savoir si Prométhée a inventé le sacrifice mais ce que le sacrifice signifie de la relation au divin et aux autres.
Conclusion
Durant cette session nous ne pourrons pas tout aborder mais peu importe ! Il suffit de se laisser conduire dans une diversité d’approches. Le symbole se laisse approcher et délivre les saveurs, la pluralité de sens dont il est porteur quand on l’habite … en le savourant car le symbole contrairement au concept ne parle pas d’abord à la raison. Il parle au corps. Il parle aux sens et c’est ainsi qu’il fait sens. C’est pourquoi nous avons quelques peines à nous laisser entrainer sur ses traces et conduire en des lieux où nous ne maitrisons pas tout.
Le symbole est à la base du langage religieux. Sa nature est symbolique et celui qui le lit comme un énoncé scientifique se barre définitivement l’accès. Il ne comprendra pas un récit de création mais plus grave alors il ne se comprendra pas lui-même car ce récit lui parle de lui en lui parlant du monde…
Le symbole est à la base du langage artistique. Il crée une profonde similitude entre les arts et le religieux. Mais là aussi la condition s’impose. Le sujet doit accepter de lâcher ses connaissances, ses techniques, ses discours rationnels pour éprouver une œuvre, se laisser saisir par elle…
Le symbole religieux ou le symbole artistique vient nous chercher pour nous amener ailleurs… encore faudra-t-il y consentir en acceptant un moment au moins de perdre la maitrise de la réalité !
Il n’y a pas à proprement parler d’enseignement à dispenser car personne ne détient réellement les clefs. Il n’y a pas de message à faire passer ni de première ou dernière annonce.
Et puis nous continuerons à initier des plus jeunes au monde des arts ou au fait religieux mais en leur entre baillant le rideau et en les invitant à entrer… Pour cela nul n’est besoin que nous ayons tout compris. Il ne le faut pas car on initie en se laissant initier. Il n’y a pas beaucoup d’antériorité de l’initiateur sur l’initié sauf en ceci que ce lui initie u jour a pris le goût.
Denise Galtier, La crucifixion blanche de Marc Chagall
Myriam Doukali, La symbolique de l’espace
Dominique Santelli, Les monuments aux morts de la Grande Guerre : mémoire de la République ou culte républicain ?
MONUMENTS AUX MORTS DE LA GRANDE GUERRE :
MÉMOIRE DE LA REPUBLIQUE OU CULTE REPUBLICAIN?
Cette réflexion est fortement inspirée des lectures suivantes :
- Audouin Rouzeau Stéphane et Becker Annette, 2000, 14-18, Retrouver la Guerre, Paris, Folio histoire.
- Becker Annette, 1988, Les monuments aux morts, patrimoine et mémoire de la Grande Guerre, Paris, Errance.
- Bouillon Jacques, Petzold Michel, 1999, Mémoire figée, mémoire vivante. Les monuments aux morts, Paris, Citédis.
- Prost Antoine, 1984, « Les monuments aux morts : Culte républicain ? culte civique ? culte patriotique ? », in Nora Pierre (dir.), Les lieux de mémoires, tome 1 : La République, Paris, Gallimard.
- Prost Antoine, Winter Jay, 2004, Penser la Grande Guerre. Un essai d’historiographie. Paris, Seuil.
- Richard Bernard, 2012, Les emblèmes de la République, Paris, CNRS Editions.
- Rivé Philippe (dir.), 1991, Monuments aux morts de la Première Guerre mondiale, Paris, La Documentation française.
Dans la recherche historique ou dans les programmes scolaires on rencontre plus souvent le mot emblème que symbole.
Maurice Agulhon, dans l’introduction à ses trois ouvrages sur l’imagerie de Marianne de 1789 à nos jours, s’appuie sur l’exemple du bonnet qui dans l’antiquité romaine était mis sur la tête des affranchis, pour faire la distinction entre les deux termes. Le grand historien établit une liaison entre ce bonnet et le bonnet phrygien, une liaison qui nous vient de l’histoire, que l’on possède par la culture, nous dit-il. Le bonnet phrygien associé à la liberté, est donc un symbole. « Après un siècle d’existence l’iconographie de la Marianne, cette femme à bonnet phrygien réduite à un buste, est devenue une convention stable et partout reçue, on l’appellera alors un emblème ».
Lorsqu’un symbole est largement fixé et reconnu, il devient un emblème ; le monogramme RF, sur un bâtiment public ou en en-tête d’un papier officiel, est un emblème, transparent, de la République française; le même terme d’emblème est bien sûr employé spécifiquement pour désigner le drapeau représentatif d’un État.
Maurice Agulhon en définit les « fonctions élémentaires »:
– identifier le pouvoir politique en le distinguant des emblèmes étrangers et de ceux du pouvoir antérieur aboli ; la réalité ainsi figurée doit donc être immédiatement reconnaissable.
– traduire clairement les principes dont se réclame le pouvoir ; les valeurs qu’exprime l’emblème doivent être aisément identifiables.
– produire sur les destinataires un effet favorable ; plaire, entraîner l’adhésion du public visé.
Et nous pouvons ajouter, lorsque les destinataires sont illettrés,
- être parlant, compréhensible pour un public ne sachant pas lire. L’emblème doit faire sens pour être efficace auprès du public-cible.
Cependant la distinction entre ces deux termes reste fine à tel point que dans les programmes d’éducation civique de troisième les concepteurs ne pouvant trancher parlent de « symboles et emblèmes de la République » !
Sans aucun doute en édifiant dans toute la France des monuments aux morts à la fin de la Grande Guerre a-t-on voulu inscrire dans l’espace de la commune un symbole fort. L’église, la mairie, l’école, le monument aux morts : pas de doute, nous sommes en France. Point cardinal de la géographie communale, le monument aux morts se trouve généralement au centre de chacune des 36 mille communes françaises et c’est le monument le plus fréquent en France. L’édification des premiers monuments aux morts date des lendemains de la guerre de 1870 entre la France et la Prusse. Mais c’est surtout après la grande Guerre de 14 – 18 qu’a débuté une véritable frénésie commémorative. En 1919, une loi d’hommage aux combattants attribue des subventions aux communes afin de « glorifier les héros morts pour la Patrie ». Dorénavant, ces héros seront honorés le 11 novembre, jour férié, anniversaire de l’Armistice qui marque la fin de la guerre de 14-18. Les commémorations se déroulent selon un cérémonial immuable avec drapeaux, dépôt de gerbes ou de couronnes, Marseillaise, minute de silence, défilé d’écoliers, discours. Un culte laïque et patriotique est né. Peut on y voir avec l’historien Antoine Prost « le seul exemple de religion civique à la Rousseau » ?
Petit point historiographique
Les premiers historiens à s’intéresser aux monuments aux morts et aux cérémonies commémoratives dans les années 1970 ont été George Mosse[1] aux Etats Unis, Antoine Prost[2] en France, Reinhart Kosseleck en Allemagne, Ken Inglis[3] en Australie. On peut dire que leurs recherches, tant par la nouveauté de l’objet que de l’approche ont permis en quelque sorte « d’inventer » les monuments aux morts. Depuis, les études sur ce thème d’histoire culturelle ont proliféré, tant au niveau local qu’au niveau national.
Les monuments aux morts sont le reflet d’une France républicaine laïque et encore fortement catholique
En effet ils sont les miroirs de cette violence de masse qui caractérise le premier conflit du XXème siècle. 1 400 000 morts côté français, 1 700 000 morts côté allemand : phénomène nouveau en Europe, « mort de masse » dans une « guerre qui a été totale ». A la fin de la guerre 2 Français sur 3 sont endeuillés par la perte d’un proche et pratiquement toutes les communes de France ont érigé un monument à la mémoire des soldats morts.
La généralisation des monuments dit l’ampleur du traumatisme : 138 000 monuments sont construits en quelques années. La France se couvre alors d’un gris manteau de monuments aux morts.
Ces œuvres présentent un double témoignage, sur le déroulement de la guerre et sur les mentalités des survivants. Si les hommes sont avant tout représentés dans leur rôle de combattant, d’autres messages apparaissent : les souffrances des civils, des femmes en particulier, la ferveur religieuse et patriotique mais aussi la haine de la guerre.
Ils célèbrent certes la victoire mais aussi la Patrie, la République… Ils correspondent à des mises en scène du pouvoir.
Ces monuments, pensés et réalisés de 1914 aux années 1930 sont reflets de leur temps, comme toute production artistique et intellectuelle et avec eux un nouvel art est né en réponse au conflit extraordinaire que fut la Grande Guerre. Ces monuments font donc partie intégrante de notre patrimoine. Si certains de ces monuments furent simplement achetés sur catalogue, de véritables œuvres furent aussi commandées aux meilleurs sculpteur et sculptrice de l’époque tels Maillol, Bourdelle ou Emilie Rolez.
Dès 1916 se pose la question de l’hommage à rendre aux victimes de cette guerre dont la liste s’allonge chaque jour. Le 10 février 1916, dans un article intitulé « le suffrage des morts » (reproduit plus tard dans l’âme française, tome VIII, 1919) Maurice Barrès propose de donner le droit de vote à « ces morts que nous savons meilleurs que nous mêmes ». Pour ce faire il demande que « les veuves des soldats morts pour la patrie disposent du bulletin de vote de celui qui ne peut plus défendre les intérêts de sa petite famille ». Cette proposition ne sera pas suivie (malheureusement ?) mais elle dit des choses du sentiment que l’on éprouve dès 1916 à l’égard de ces soldats morts : sentiment tellement fort que l’on est prêt à donner le droit de vote post-mortem aux femmes !
Dans beaucoup de commune dès le lendemain de l’armistice des décisions sont prises en conseil municipal pour faire ériger un monument. La loi du 25 octobre 1919 dite « loi sur la commémoration et la glorification des Morts pour la France » fixe en particulier les modalités d’attribution par l’état d’une subvention allant de 4% à 25% du montant global du coût du monument « en proportion de l’effort et des sacrifices qu’elles feront en vue de glorifier les héros morts pour la patrie ».
Typologie des monuments aux morts
Il est des préjugés tenaces qui veulent que les monuments aux morts expriment le nationalisme cocardier à l’image de ce poilu triomphant qui surmonte généralement la construction. Or les poilus sont minoritaires sur les places des villages. De plus ces monuments constituent un ensemble de signes bien plus complexes que je vais essayer de lire avec vous.
- Premier ensemble de signes : leur localisation qui n’est pas neutre. Où les cosntruit-on ? : place de l’église, cour de l’école, place de la mairie, dans le cimetière…
- Second ensemble de signes : la présence ou non de statue. Quelle statue ? La plus fréquente est certes celle du poilu mais ce n’est pas la seule…Qu’expriment ces statues ? réalistes, idéalisées, allégories…
- Troisième ensemble de signes: les inscriptions sur les monuments : du laconique « à nos morts » à l’épigraphe héroïque « Gloire à nos héros »
En combinant ces trois groupes de signes on peut établir une typologie des monuments aux morts :
- Monument civique :
Les plus fréquents, les plus laïques, les plus républicains. Dépouillé à l’extrême, juste une croix de guerre. Exemples en Cévennes mais aussi en Corse ! Il est à la fois républicain et laïque car il évite de rendre le sentiment des citoyens sur le conflit qui vient de se terminer et ne comporte aucun emblème religieux.
- Monument patriotique-républicain :
Il comporte des inscriptions claires : « morts pour la patrie… » « gloire… » « à nos héros… ». Parfois le poème de Victor Hugo Hymne, Les chants du crépuscule, 3. Le poilu y est idéalisé.
Parfois le patriotisme vire au nationalisme : le coq, le drapeau, une victoire…
- Monument patriotique–funéraire:
On y voit un poilu en train de mourir… plus près de l’église ou du cimetière que de la mairie. On y glorifie le sacrifice des morts. Parfois il tend vers le calvaire.
- Monument funéraire:
Certains représentent avec réalisme le poilu mourant, pleuré par des personnes (femmes). Ces monuments soulignent l’ampleur des pertes et du deuil.
- Monument funéraire-pacifiste :
On peut y lire des inscriptions explicites : « guerre à la guerre », « maudite soit la guerre ». Ces monuments sont le reflet d’une réalité complexe qui garde mémoire des individus.
Si la plupart de ces monuments étaient achetés sur catalogue certains étaient commandés à des sculpteurs et sculptrice de renom :
Maxime Réal del Sarte est l’auteur d’un cinquantaine de monuments que l’on retrouve dans toute la France. Une de ses œuvres les plus connues est Terre de France. Clémenceau a félicité le sculpteur en ces termes « cette œuvre est belle et puissante, il s’en dégage toute l’âme de la France »[4] Réal avait lui même perdu un bras dans la conflit. La tombe est bien là, l’homme est bien mort mais les moissons nouvelles sont hautes, la vie fait oublier la mort ! Le nom du monument s’éclaire : la France est riche du sang de ses morts, loin d’être appauvrie par leur disparition, elle est revigorée par leur sacrifice.
A Compiègne son monument représente simplement une femme, le fichu sur la tête comme pour se rendre à l’Eglise (il est catholique).
Autre sculpteur, Charles Henri Pourquet, surnommé le « statuaire de la douleur ». Entre 1920 et 1922 il en a vendu un nombre très important de monuments intitulés Résistance… Le soldat, jambes écartées, l’air sévère, le fusil bien calé incarne le « on ne passe pas ». Pas de nuance, pas de tristesse. L’action seule est rappelée, on sent la tension de l’attente.
Emilie Rolez est une des rares femmes à avoir exécutée un monument aux morts à Equeurdreville dans la banlieue de Cherbourg. Une mère et ses deux enfants. Solitude de ces trois êtres…leur père n’est pas mort en héros « aux enfants d’ Equeurdreville morts pendant la guerre ». Constat : la guerre a tué. Et comme si le message n’était pas assez clair elle grave : « que maudite soit la guerre » !! Ici le pacifisme est militant.
Héros et héroïnes
Les monuments sont à l’image d’une histoire par les grands hommes…
Chaque commune rend hommage Aux Enfants de la commune Morts pour la France. Les majuscules disent des choses…disent l’admiration des survivants. On peut d’ailleurs remarquer que l’on dit en France « monuments aux morts » alors que dans les pays anglo-saxon on parle de « monuments de la Guerre ». Sont ainsi liés la commune qui revendique son initiative collective, les morts destinataires de l’hommage et la France qui reçoit leur sacrifice.
La guerre n’a pas fait de tous les Français des combattants mais tous les Français ont participé à la guerre ! Les femmes y sont certes parfois présentes mais le plus souvent comme symbole, sous forme d’allégories de la Victoire, de la Liberté, de la République…rarement Marianne ! Comme si l’idée même du monument la remplace. En célébrant ceux qui sont morts pour la patrie on célèbre la patrie.
Le thème obsessionnel d’Aristide Maillol, la femme, va de fait se retrouver sur toutes les commandes qui lui sont faites, à l’exception du guerrier mort de Banyuls. Il se livre à l’allégorie personnifiant les communes comme celle de Céret, Port -Vendre ou d’Elne. Par pudeur ou par peur du scandale il les couvre d’un voile. Il dit alors « sa joie d’être arrivé à faire de la sculpture utile »[5]. Sculpture qui contrairement à toute son œuvre ne doit pas être sexuée « J’ai supprimé tout détail. Avant tout, il ne faut pas que ce soit une bonne femme. Il faut que ce soit éternel ».
Après les avoir décrit il nous faut maintenant nous interroger sur les usages des monuments aux morts et des cérémonies de 1918 à nos jours
Nouveau lieu « sacré » de la commune
Les monuments aux morts au fil des années d’après guerre deviennent comme un second pôle spirituel de la commune, le pôle laïque, lieu « sacré » d’un culte permanent aux morts de la guerre. Il est le lieu d’un deuil collectif, local et national. D’autant plus que les corps enterrés dans les cimetières militaires des lignes de front seront rarement rapatriés. Le monument aux morts est alors un lieu du recueillement, un substitut de la tombe que l’on fleurit les jours anniversaire.
En juillet 1924 un arrêté du conseil d’état classe désormais les monuments non plus dans la catégorie « monuments commémoratifs » mais dans celle de « monuments funéraires ». Désormais les monuments érigés dans l’espace public peuvent comporter des signes religieux Jusque là ceux qui en comportaient, dans les régions de forte pratique religieuse étaient obligés d’être dans des cimetières.
« Pour la génération perdue on a créé un ensemble parfaitement tragique : unité de temps, le 11 novembre ; unité de lieu, le monument aux morts ; unité d’action, la cérémonie commémorative. Selon les pays, le 11 novembre devint ou non un jour férié (à partir de 1922 seulement en France), mais partout il est jour de recueillement. Dans la plupart des pays se cristallisa probablement alors l’une des rares expressions abouties de « religion civile »[6]
Que ce soit lors des inaugurations ou du 11 novembre se met en place autour des monuments des cérémonies qui prennent souvent l’allure de célébration laïque. S’installe très vite un rituel (silence, chant, symbole, geste, paroles, énoncé des noms suivi d’une psalmodie « mort au champ d’honneur », dépôt de gerbe, minute de silence, discours, Marseillaise…) rituel emprunté au catholicisme encore très prégnant.
Ainsi les cérémonies du 11 novembre deviennent le lieu privilégié non d’une mémoire de la République mais d’un culte républicain, véritable religion civile avec un culte ouvert (sur la place publique ouverte à tous) et un culte laïque (sans prêtre la plupart du temps mais où le citoyen se célèbre lui même).
« La plupart du temps » car dans les régions de forte tradition catholique comme la Loire ou la Vendée, le clergé joue un rôle central dans les cérémonies du 11 novembre. Après la messe le prêtre garde sa chasuble et une procession se forme pour se rendre au monument. En tête du cortège les enfants de cœur portant la croix processionnelle et des cierges allumés. Parfois le long du parcours on chante des cantiques. Ou alors c’est le silence…religieux ! Au monument à nouveau le silence ou alors on chante le De profundis. Parfois même le prêtre donne l’absoute au monument.
Parfois avant ou après la minute de silence (forme laïcisée de la prière) on énumère les noms des morts de la commune. Or à cette époque dans de nombreuses paroisses, le prône débutait par le nécrologe : le prêtre lisait la liste des noms des morts et l’on disait un Pater pour eux à la fin. Ensuite venait le sermon. De même au monument aux morts, le discours suit en général l’appel des morts. Ensuite par un geste de piété on fleurit le monument aux morts (comme quelques jours auparavant on a fleuri les tombes des cimetières). Puis on entonne parfois la Marseillaise mais pas obligatoirement ! Dans certains villages c’est la chorale paroissiale qui reprend des psaumes ou des cantiques.
Ainsi les cérémonies du 11 novembre apparaissent comme le seul culte républicain qui ait réussi et suscité l’unité populaire.
Et l’on ne peut s’empêcher de penser à J-J Rousseau, qui au dernier chapitre du Contrat social, développe la nécessité d’une religion civile. « Il y a donc une profession de foi purement civile dont il appartient au souverain de fixer les articles, non pas précisément comme dogme de religion, mais comme sentiments de sociabilité sans lequel il est impossible d’être bon citoyen ni sujet fidèle… Il importe à l’État que chaque citoyen ait une religion qui lui fasse aimer ses devoirs : mais les dogmes de cette religion n’intéressent ni l’État ni ses membres qu’autant que ces dogmes se rapportent à la morale et aux devoirs que celui qui la professe est tenu de remplir envers autrui. » Le culte des morts tel qu’il se constitue et se pratique entre les deux guerres est sans doute le seul exemple historique de religion civile au sens de Rousseau. Les monuments aux morts sont devenus le lieu privilégié non d’une mémoire de la République mais d’un culte républicain, d’une religion civile dont les particularités méritent d’être rassemblées pour conclure :
C’est un culte ouvert : sur la place publique, lieu central qui appartient à tout le monde
C’est un culte laïque : où le dieu, le prêtre et le croyant se fondent dans le citoyen.
Et aujourd’hui qu’en est-il ? Sont-ils le lieu d’une mémoire figée ou d’une mémoire vivante ?
Longtemps ces monuments ont eu une double fonction : maintien au cœur de la cité du souvenir des habitants « morts pour la France » et rappel des valeurs pour lesquelles ils sont tombés. Souvent les élèves participaient aux cérémonies du 11 novembre, prenant ainsi une leçon d’instruction civique. Ils étaient alors une mémoire vivante[7]
Aujourd’hui quelle est leur signification ? Force est de constater qu’ils ne suscitent plus la ferveur populaire. Ils ont retrouvé leur fonction première de lieu de mémoire de la guerre devant lesquels lors de cérémonies factices on ne fait qu’entretenir le souvenir du passé sans impact sur le présent.
En novembre 2008, alors que pour la première fois il n’y avait plus de poilus pour assister aux commémorations de l’armistice, une commission présidée par l’historien André Kaspi remettait au gouvernement un rapport concernant « la modernisation des commémorations publiques ». Cette commission concluait que les commémorations étaient trop nombreuses et proposait qu’on les réduire à trois dates : « le 11 novembre pour commémorer les morts du passé et du présent, le 8 mai pour rappeler la victoire sur la nazisme et la barbarie, le 14 juillet qui exalte les valeurs de la Révolution française. »[8] Kaspi n’a pas été suivi…
Il va être intéressant de voir comment la République va commémorer le centenaire de la première guerre mondiale. Dans son discours du mois de novembre dernier François Hollande a dresser la liste des initiatives qui jalonneront l’année : la réhabilitation symbolique des 600 fusillés pour désobéissance, une place d’honneur pour 14 – 18 lors du défilé du 14 juillet, un mémorial international… Mais mémoire et politique faisant rarement bon ménage on peut s’attendre à ce qu’une guerre en déclenche d’autres (70 ans de la Libération) et que ce soit à nouveau l’occasion d’écrire une nouvelle page du roman national (mythifier l’unité nationale)!
Conclusion :
Avec cet exemple nous pouvons élargir notre compréhension de l’injonction qui nous est faite d’enseigner le fait religieux, que ce soit à travers le socle ou à travers les programmes du cycle 3 à la terminale. Il y a un fait religieux qui se donne à voir facilement (l’islam en cours d’histoire, la Bible en cours de français, …) mais il y a du fait religieux bien plus diffus. Le fait religieux peut être à l’oeuvre en dehors des formes instituées de la religion comme on vient de le voir. Qu’est donc une cérémonie du 11 novembre si ce n’est un culte républicain ?
L’entrée par les symboles en cours d’histoire, par les sens donc, donne peut être davantage accès au sens que les discours moralisateurs des cours d’éducation civique qui visent à formater de bons petits citoyens !
[1] Mosse Georges L., 1990, De la Grande Guerre au totalitarisme. La brutalisation des sociétés européennes, Paris, Hachette, 1999.
[2] Prost Antoine, 1977, Les Anciens combattants et la société française, 1914-1939, Paris, Presses de la FNSP.
[3] Inglis Kenneth S., 1998, Sacred Places. War Memorials in the Australian Landscap, Melbourne, Melbourne University Press.
[4] cité par Annette Becker page 25
[5] Annette Becker, page 60
[6] Audouin Rouzeau
[7] Bouillon Jacques, Petzold Michel, 1999, Mémoire figée, mémoire vivante. Les monuments aux morts, Paris, Citédis.
[8] Rapport de la Commission de réflexion sur la modernisation des commémorations publiques, sous la présidence d’André Kaspi, novembre 2008, page 9.
Jean Guyon, Symbolique du premier art chrétien (diaporama)
Jean Guyon, Le premier art chrétien et la naissance d’un symbolisme chrétien
Le premier art chrétien
et la naissance d’un symbolisme chrétien 1
Les premiers témoignages d’un art chrétien apparaissent dans les premières décennies du IIIe siècle, ce qui n’est sans doute pas un hasard car c’est l’époque où, ayant acquis leurs modes de fonctionnement, les Églises sont assez assurées d’elles-mêmes pour « s’afficher ». Et cette apparition se fait simultanément en Occident et en Orient, selon des modalités communes qui tiennent au fait que ces deux parties de l’empire participent d’un même univers politique et culturel.
Commençons par l’Orient et plus précisément par la ville de Doura-Europos, en Syrie, où eurent lieu en 1920 des découvertes qui ont révolutionné nos connaissances sur l’art chrétien, mais aussi sur l’art juif à cause de la découverte d’une synagogue et d’une domus ecclesiae – une « maison de prières » chrétienne – volontairement arasées peu avant 256 pour constituer un boulevard en arrière du rempart de la ville assiégée, puis conquise par les Perses 2.
Dans la domus ecclesiae 3 le seul élément orné d’un décor est le baptistère, sur les parois duquel sont figurées des illustrations du Second Testament (les myrrophores 4, Pierre marchant sur les eaux, la guérison du paralytique 5 ), mais aussi Adam et Ève et un élément symbolique, le pasteur sur lequel on reviendra 6.
La synagogue 7, présente un décor beaucoup plus riche, puisqu’il recouvre l’ensemble des parois de la salle de prière 8, ce qui a constitué une surprise pour la communauté scientifique, persuadée jusqu’alors que les Juifs suivaient strictement les interdits bibliques sur les représentations figurées (Ex 20, 40 ; Dt 4, 15-18). À nouveau, on y trouve des éléments narratifs – une sorte de Bible illustrée – mais aussi des éléments symboliques au-dessus de la niche de la Torah 9, où une probable représentation du Temple et celles de la menorah, de l’étrog (cédrat) et du loulav (rameau de dattier) figurent aux côtés de la représentation de la ligature d’Isaac (ou du sacrifice d’Abraham, comme on voudra).
Ces illustrations du Premier Testament se retrouvent dans le premier art chrétien, où les cartons du passage de la mer Rouge 10, par exemple, ont été repris aussi bien dans les catacombes 11 que dans les basiliques 12. Dans les catacombes juives de Rome, en revanche, comme celle de la via Torlonia 13, sont privilégiés les éléments symboliques, tandis que dès la première catacombe chrétienne connue – celle de Calliste où les fresques des « chapelles des sacrements » doivent être plus ou moins contemporaines de celles de Doura 14 – le premier art chrétien mêle des éléments narratifs et des éléments symboliques, comme des scènes de banquet 15 qui peuvent évoquer le banquet eucharistique ou celui du Royaume 16.
La question est de savoir quelle est l’origine de cet art sacré, juif et chrétien, qui apparaît pleinement maître de ses moyens et de son répertoire iconographique dès que nous le voyons apparaître, mais elle est insoluble. La théorie, longtemps en faveur, qui voyait en lui la retranscription d’enluminures de manuscrits bibliques n’a plus guère d’adeptes, car les manuscrits enluminés que nous possédons sont tous postérieurs au IIIe siècle. Peut-être est-il né, plus simplement, du goût d’orner les « maisons de prière » à la façon dont on ornait aussi les riches maisons des particuliers ?
En tout cas, Juifs et chrétiens ont puisé, non seulement dans le corpus de leurs propres Écritures et dans les symboles des cérémonies de culte qui les rassemblaient, mais aussi dans le répertoire mythologique païen. Et cela jusqu’à la fin de l’Antiquité comme le montre le pavement de le synagogue de Hammath-Tibériade, du VIe siècle, qui est orné d’une représentation du char du Soleil entouré du signe du zodiaque 17, ou celui de la synagogue de Beth-Alpha, au sud de Tibériade 18, de même époque, mais d’exécution beaucoup plus fruste 19-20, que les villageois, comme le dit son inscription, ont payé « cent mesures de grain ».
En ce cas, des pavements adjacents porteurs d’un décor à la fois symbolique 21 et narratif 22 analogue à celui de la niche de la synagogue de Doura minimisent la portée de cet emprunt à l’iconographie païenne. Mais quand elle est isolée, comment interpréter la scène du Soleil (ou d’Apollon) sur son char : image païenne ? ou image réinterprétée selon une autre tradition spirituelle, comme sur le plafond en mosaïque du mausolée des Iulii dans la nécropole vaticane 23, tout près de la tombe de Pierre, où certains voient une représentation du Christ-Soleil ?
Le même discours vaut pour d’autres images du répertoire classique qui ont eu un grand succès dans le premier art chrétien, comme celles de la Pietas qui figurent à l’envi dans le monnayage romain 24 avant que les chrétiens ne le reprennent, à l’envi eux aussi, sur les parois des catacombes 25 ou les cuves des sarcophages 26 afin de symboliser la prière chrétienne. Et il en va de même pour la figure du pasteur qui est attestée dans le monde grec par des statuettes en terre-cuite dès l’époque archaïque 27, puis a servi de décor sur les sarcophages à partir du Haut-Empire 28, et surtout au IIIe siècle où des statues de pasteurs apparaissent sur des cuves païennes aux côtés d’amours vendangeurs 29.
Mais, plus, largement c’est l’ensemble du décor de la société du temps qui a inspiré le premier art chrétien funéraire, et en particulier les scènes dites « nilotiques » qui se rencontraient aussi bien sur les pavements que sur les murs des riches maisons 30 et qui pouvaient servir, tout autant que les scènes pastorales, à évoquer ce « vert Paradis » qu’était l’au-delà dans l’art funéraire du IIIe siècle, quelles que soient les convictions religieuses du défunt ou de ses proches. De là, sur les sarcophages, des représentations de bateaux31, parfois destinées à illustrer des scènes mythologiques comme celle d’Ulysse devant les Sirènes 32, qui pouvaient avoir une signification symbolique accrue parce qu’en Ulysse, elles peignaient aussi un sage résistant aux tentations. Cela peut justifier qu’indépendamment de sa forte valence symbolique dans le Second Testament, le cycle de Jonas ait rencontré un tel succès dans le premier art chrétien, tant il se prêtait à une réutilisation des cartons des scènes « nilotiques » non seulement sur des cuves de sarcophages 33, mais aussi sur des pavements d’église comme celui de la cathédrale d’Aquilée 34.
Tout cela suffit à expliquer la difficulté où nous sommes pour interpréter la symbolique de certaines pièces du IIIe siècle comme, dans notre région, le sarcophage de la Gayole conservé au musée de Brignoles 35, qui passe dans certains manuels pour être le plus ancien sarcophage chrétien des Gaules. Il suffit pourtant de le rapprocher du sarcophage dit « de la via Salaria » 36-37, aujourd’hui unanimement considéré comme païen (même s’il est conservé dans Museo Pio Cristiano du Vatican) pour vérifier que ce jugement doit pour le moins être nuancé.
À regarder les choses de près en effet 38, figure à gauche de la cuve de la via Salaria 39 une scène qui se retrouve, très mutilée, au centre de celle de Brignoles 40 et dans laquelle il faut reconnaître, comme l’a bien montré H.-I. Marrou, la figure du Mousikos anèr, c’est-à-dire du sage inspiré par les Muses auxquelles il a consacré toute une vie d’étude. Lui fait pendant à droite une femme elle aussi représentée un rouleau à la main, 41, dans une attitude très comparable à celle de l’homme qui est également à droite à La Gayole 42 et peut être soit le complément de la scène d’enseignement qui figure au centre, soit une représentation du genius loci. Au centre de la cuve de la via Salaria figurent enfin les représentations juxtaposées du pasteur et de l’orante 43 – donc de la Philanthropia et de la Pietas – qui se retrouvent à La Gayole de part 44 et d’autre 45 de la scène centrale.
Tout concorderait donc pour lire le sarcophage de la Gayole 46 comme un sarcophage païen, n’était la dernière scène qui figure à gauche de la cuve et représente un pécheur à la ligne 47. Comme certains l’ont pensé en se fondant sur les textes des Pères, faut-il voir là une image du Christ pêchant un de ces « petits poissons » que sont les fidèles, et, du coup, lester d’une « réinterprétation chrétienne » les autres représentations de la cuve ? Le fait qu’auprès du pécheur se trouve le buste d’Hélios, mais aussi que le pêcheur lui-même se retrouve dans certaines représentations du cycle de Jonas 48 comme un élément assez anecdotique servant à « planter le décor » ne plaide guère en ce sens 49. Mais le doute reste permis, tant toutes ces images sont polysémiques. Et la seule certitude est qu’elles traduisent une certaine conception de la mort et de l’au-delà, très caractéristique du IIIe siècle, dans laquelle païens comme chrétiens pouvaient se reconnaître. Comment s’étonner après cela que tant de Pères aient vu une sorte de « préparation évangélique » dans la culture de leur temps ?
En dépit de ce qui vient d’être dit, il n’est pas douteux pourtant que le poisson a bien été dans le premier art chrétien un élément symbolique, comme sur cette stèle romaine, pourtant pourvu d’une invocation aux dieux Mânes, sur laquelle figure au-dessus de deux poissons l’inscription grecque Ichtus zontôn, « Le poisson des vivants » 50. Plus ambiguë en revanche est la présence de poissons sur une mosaïque de Tipasa 51 qui servait de support à une table destinée à ces banquets funéraires souvent représentés dans les catacombes 52, où les femmes qui servent les convives portent les noms d’Agapè 53 et d’Irène 54, qui sont les équivalents presque exacts de la pax et de la concordia que les fidèles de Tipasa souhaitent voir présider à leur banquet. Mais les poissons qui décorent l’inscription de Tipasa évoquaient-ils les fidèles eux-mêmes ou le mets que l’on partageait lors des repas tenus sur les tombes ? Cette dernière hypothèse n’est pas à exclure même si l’on rencontre aussi dans les peintures des catacombes de la nourriture carnée sur les tables de banquet 55…
Faisons retour sur la stèle romaine de l’Ichtus zontôn sur laquelle les poissons sont associés à un autre symbole du premier art chrétien – l’ancre 56 – au sein d’une composition qui se rencontre sur d’autres monuments, tel ce pavement en mosaïque issu des catacombes de Sousse qui est conservé au musée du Bardo 57. Cette ancre n’est pas seulement, à cause de sa forme, une crux dissimulata, comme disent les Pères ; elle symbolise également l’arrivée au port du Salut, que traduit une autre image sur une inscription des catacombes romaines : celle du navire touchant au port dont l’entrée est signalée par un phare 58. Mais l’ancre, bien entendu, peut être aussi, plus simplement, le symbole d’un métier comme c’est le cas sans doute sur la célèbre inscription marseillaise de Volusianus et Fortunatus que l’on a longtemps lue, à tort sans doute, comme une inscription martyriale 59.
Il reste que les fidèles ont utilisé de façon si répétée ces symboles puisés dans le vocabulaire pictural de l’art funéraire de leur temps qu’ils en ont acquis à la longue une autre signification. Mais quelle interprétation donner à tel plafond de catacombe seulement orné d’une figure de Méduse entourée de vases et de capridés 60 ou à telle lunette d’arcosolium sur laquelle est représenté Orphée : le Christ Orphée vraiment ? 61 Pourquoi pas, mais aussi pourquoi ? Sans compter que ces emprunts à l’art funéraire du temps, et non à une iconographie proprement chrétienne, occupent parfois une place considérable comme dans cette chambre de la catacombe de Priscille où le plafond représente le pasteur entouré d’oiseaux, tandis qu’une des parois est décoré d’une orante 62 : ce sont là autant d’éléments que l’on pourrait croire appartenir à une chambre païenne si les autres parois ne portaient sans équivoque des scènes chrétiennes : Jonas, les trois Hébreux dans la fournaise et Noé dans son arche 63.
Le message est en revanche sans ambiguïté sur tel autre plafond de la catacombe des saints Marcellin-et-Pierre où le cycle de Jonas a été inséré au sein d’un cercle dont le centre porte un pasteur, et les diagonales des orants et des orantes, tandis que dans les écoinçons sont figurées les quatre Saisons 64. Mais quelle valence symbolique lui attribuer : évocation d’un « vert Paradis » auquel seule, la figure de Jonas donne une coloration chrétienne ? Savante composition théologique ou, mieux, christologique dans laquelle le Bon Pasteur, maître du temps de temps et de l’histoire représentés par les Saisons, vainqueur de la mort comme en témoigne le « signe de Jonas » (Mt 12, 38-42), est entouré de la prière des fidèles, voire de l’Église tout entière ? Ou, à mi-chemin de ces deux extrêmes, libre jeu, simplement, sur des images qui évoquent, toutes ou presque, le salut ?
C’est sans doute cette dernière interprétation qui est la moins déraisonnable si l’on porte un regard d’ensemble sur le décor proprement chrétien des catacombes romaines, dans lequel sont juxtaposées des images empruntées au Premier et au Second Testament, avec d’ailleurs une prévalence du Premier Testament. Pour celui-ci, on relèvera, par ordre décroissant d’attestation, Moïse frappant le rocher de l’Horeb pour en faire sourdre une source 65 ; Jonas 66 ; Daniel entre les lions 67 ; Noé dans son arche 68 ; Adam et Ève après la chute 69 ; le sacrifice d’Abraham 70 ; les trois Hébreux dans la fournaise 71 ; Job sur son fumier 72 et Suzanne entre les vieillards 73. Pour le Second Testament, le primat revient à la résurrection de Lazare 74, suivie de la Multiplication des pains 75, de la Guérison du paralytique 76, de l’Adoration des Mages 77, du Baptême du Christ 78, de l’Entretien avec la Samaritaine 79 et de la Guérison de l’hémorroïsse 80.
Cette juxtaposition de scènes sera sans surprise pour tous les familiers des Pères de l’Église qui sont accoutumés à leur lecture typologique de l’Écriture selon laquelle tous les événements du Premier Testament sont la préfiguration – le type – de ceux du Second Testament. Pour autant, les artisans des catacombes ont procédé d’une autre logique car, loin de faire se répondre les éléments auxquels les Pères attribuaient une signification typologique, ils les ont associés très librement, au gré des ateliers à l’œuvre dans les différents cimetières. Ce qui conduit à rechercher la symbolique de leur production, non dans les images prises isolément, mais dans leur accumulation. Et de ce point de vue, le message n’est pas douteux, car en peignant un Dieu miséricordieux, toutes les représentations du Premier Testament sont la préfiguration du Salut réalisé en Jésus-Christ dont les scènes empruntées au Second Testament représentent surtout les miracles. Et ce même salut, bien entendu, est promis au défunt qui est enterré sous la protection de ces images.
Le même discours vaut pour les sarcophages historiés dont le décor est en tout point semblable à celui des peintures des catacombes car il recourt comme lui à des « images-signes » pour parler comme A. Grabar. Cela est particulièrement vrai pour les cuves des deux premiers tiers du IVe siècle sur lesquelles les images sont disposées « en frise continue » 81, sur un ou deux registres 82, avec, au sein de l’« histoire sainte » qu’elles illustrent, de rares éléments plus symboliques, comme cette création d’Adam et Ève par le Verbe de Dieu en présence du Père qui orne une cuve certainement d’origine romaine conservée au musée d’Arles 83. Mais le symbole le plus achevé qui est mis en circulation dans le même temps est le chrisme, ce sigle combinant les deux premières lettres grecques du mot Christos que Constantin avait fait porter à ses légions et qui n’a pas tardé à se répandre dans le monnayage 84, comme sur les épitaphes des fidèles 85, puis sur le mobilier liturgique comme les autels 86.
À partir du dernier tiers du IVe siècle, comme le montre bien dans notre région la collection des sarcophages d’Arles (la première au monde après celle des musées du Vatican) apparaissent cependant de nouvelles scènes 87 qui représentent la Passion du Christ, inconnue jusqu’alors 88-89, ou encore sa Résurrection 90, toujours figurée de façon symbolique par de deux soldats romains gardiens du sépulcre, qui lèvent les yeux sur une croix triomphale 91 surmontée d’un chrisme 92 ou une croix monogrammatique flanquée des lettres alpha et oméga selon les cas 93. L’Ascension, en revanche, n’est que rarement figurée, notamment sur des ivoires, tel celui qui est conservé à Munich 94.
Mais sur les cuves du dernier tiers du IVe siècle apparaît aussi une scène éminemment symbolique qui représente le Christ juché sur la montagne d’ou sourdent les Quatre Fleuves du Paradis remettant sa Loi à Pierre et Paul, ces deux « colonnes » de l’Église romaine 95, voire, comme sur la cuve de l’évêque d’Arles Concordius, à l’ensemble de l’Église dont les représentants réunis autour de lui siègent à la façon des auxiliaires de l’empereur en son Conseil 96. C’est là une image relevant de l’art le plus officiel, celui des basiliques, telle Sainte-Pudentienne à Rome, qui date des toutes dernières années du siècle 97. La scène est placée en ce cas dans un décor qui évoque la Jérusalem céleste au cœur de laquelle est fichée une croix triomphale, entourée par les bêtes de l’Apocalypse, et deux femmes couronnent Pierre et Paul 98, qu’il faut probablement identifier avec l’Église de la Circoncision 99 et l’Église des Gentils 100 qui sont représentées une génération plus tard sur le revers de la façade d’un autre titulus romain, celui de Sainte-Sabine 101.
Peu après cependant, dans les années 432-440 est édifié par le pape Sixte III une basilique, Saite-Marie Majeure, qui donne à voir pour la première fois dans tout son déploiement le premier art chrétien « officiel », car elle a été conçue à l’image des basiliques construites par les empereurs au IVe siècle – Saint-Jean de Latran, Saint-Pierre –, dont le décor n’a pas été conservé 102. Au-dessus de la colonnade de la nef centrale, des petits panneaux illustrent l’« histoire sainte » du Premier Testament 103, tandis que sur l’art triomphal qui surmonte l’abside, à droite 104 comme à gauche 105, au-dessus des représentions des cités de Bethléem et Jérusalem est illustrée l’enfance du Christ qui trône, tel un jeune empereur, auprès de sa mère vêtue comme une impératrice dans la scène de l’Adoration des Mages 106. La veine narrative, en ce cas du moins, cède ainsi à une interprétation symbolique qui culmine au-dessus de l’arc lui-même 107 où, juchés sur l’orgueilleuse dédicace Xystus episcopus plebi Dei – « Sixte évêque du peuple de Dieu » – et entourés des quatre bêtes de l’Apocalypse qui symbolisent aussi les Évangélistes, les apôtres Pierre et Paul acclament un trône vide décoré de gemmes sur lequel est déposée une croix également gemmée 108. Cette « préparation du trône », ou étimasie en langue grecque, symbolise l’attente du retour du Christ à la fin des temps – la Parousie, pour employer à nouveau un terme grec.
De cette Parousie, un siècle plus tard, vers 530, l’abside de l’église romaine des saints Cosme-et-Damien fournit une autre représentation 109 : Pierre et Paul sont ici accostés aux saints du lieu et aux fondateurs de leur église pour acclamer le Christ qui descend dans la nuée vers le fleuve Jourdain, tandis qu’au registre inférieur, douze agneaux entourent l’Agneau de Dieu juché sur la montagne d’où sourdent les Quatre Fleuves du Paradis. Cette composition majestueuse n’est pas sans précédent car son schéma général est déjà acquis, vers 400 sans doute, sur un plafond de la catacombe des saints Marcellin-et-Pierre, sans doute issu d’un carton d’abside, 110 sur lequel le Christ, tel l’empereur, siège sur son trône, entouré de entre Pierre et Paul, tandis qu’au-dessous, les principaux martyrs du cimetière ont été substitués aux agneaux pour acclamer l’Agneau de Dieu 111.
L’Agneau, de fait, constitue un symbole très prisé du premier art chrétien, en Occident surtout, car en Orient le concile de Constantinople de 691-692 a stipulé qu’il fallait lui préférer les images du Christ sous une forme humaine. On le trouve ainsi représenté en mosaïque aussi bien à Ravenne, au plafond de la basilique Saint-Vital 112, que dans la chapelle Saint-Jean du baptistère du Latran à Rome 113, mais aussi sur des objets mobiliers comme ce diptyque d’ivoire du Duomo de Milan 114. Sans parler des sarcophages 115 où son image a parfois pour pendants des colombes 116, comme sur cette cuve de Saint-Victor de Marseille 117 dont le décor est sans doute inspiré de celui de l’autel de l’antique basilica Sancti Victoris 118 dont les longs côtés figurent alternativement des agneaux et des colombes, tandis qu’un vase d’où s’échappe un rinceau de vigne peuplé d’oiseaux décore chacun des petits côtés.
La postérité de cet autel remarquable ne se limite d’ailleurs pas à ce sarcophage, car il a inspiré la plupart des autels paléochrétiens, mais aussi d’âge pré-roman, que compte la Provence 119, tel celui de Vaugines sur lequel figure une sommaire réplique de la procession des colombes de Saint-Victor 120. Images en ce cas de l’Église rassemblée autour du Christ, les colombes apparaissent ailleurs, comme à Ravenne, s’abreuvant à une coupe 121, dans une composition manifestement inspirée de mosaïques d’époque classique 122. Aussi peut-on en ce cas encore s’interroger sur la valence symbolique d’une telle image : évoque-t-elle des fidèles s’abreuvant à l’eau vive de la Parole, ou s’agit-il d’un simple motif d’agrément ?
Si l’on fait retour pour terminer sur les sarcophages, le trait marquant est qu’à partir du tournant du Ve siècle, la tendance est à la simplification du décor qui se limite souvent désormais à un motif d’ondulations 123 – les « strigiles » – scandé par des plaques historiées dont celle du centre, comme sur cette cuve arlésienne, représente le Christ tenant à la main une croix 124 du même type de celle qui est figurée vers 400 à Rome à Sainte-Pudentienne 125 ou au VIe siècle à Sant’Apollinare in Classe à Ravenne 126, où elle occupe dans la composition la place que tient le Christ sur la mosaïque de l’abside des saints Cosme-et-Damien à Rome 127.
Symbolisant à elle seule le Christ, la croix peut donc se retrouver, à Ravenne toujours, dans le mausolée de Gallia Placidia, isolée au centre d’une voûte constellée d’étoiles dont les angles sont habités par la figure des Quatre bêtes de l’Apocalypse 128. C’est là une composition que l’on rapprochera volontiers d’une autre voûte en mosaïque – celle du baptistère d’Albenga – où la lumière d’un chrisme monumental, autre symbole du Christ ici diffractée trois fois pour évoquer la nature trinitaire de la profession baptismale, irradie le ciel de la nuit de Pâques 129. On ne s’étonnera pas dès lors de rencontrer une « croix monogrammatique », qui combine la forme de la croix et celle du chrisme, dans un autre baptistère – celui de Kelibia, en Tunisie – où elle prend place au fond de la piscine 130, afin de marquer cette fois que c’est dans la mort et la résurrection du Christ que s’enracine le sacrement de l’initiation chrétienne, comme l’a dit l’apôtre Paul (Ro 6, 3-4).
Toutes ces croix, on le notera, sont des croix triomphales, non des représentations réalistes de l’instrument du supplice du Seigneur que les Anciens ont répugné à représenter : il n’apparaît qu’une fois – et encore de façon très épurée – sur la porte en bois de Sainte-Sabine à Rome 131. C’est bien peu face aux nombreux sarcophages de la Résurrection – ou Anastasis – 132, qui ne se bornent cependant pas à ce seul thème. Bien souvent, comme sur cette cuve romaine, ils invitent les fidèles à porter leur croix comme l’ont fait les martyrs dont la vie et la mort n’ont été qu’une « imitation du Jésus-Christ » avant la lettre 133.
À partir du VIe siècle cependant et pour des raisons multiples qu’il n’y a pas lieu d’expliciter ici, l’usage de décorer les sarcophages disparaît peu à peu et chrismes et croix monogrammatiques, comme sur le couvercle de sarcophage attribué à l’évêque d’Arles Césaire 134, sont les seuls éléments qui figurent sur les rares exemplaires encore décorés. Dans notre pays, seul de Sud-Ouest conserve un temps encore des compositions plus ambitieuses au riche décor végétal 135 ; mais en ce cas encore, au centre de la composition, c’est à nouveau le chrisme qui est omniprésent. Omniprésence qui explique sans doute la longue survie de ce motif dans la région, comme le montrent ces tympans décorés d’époque romane que j’emprunte, un peu au hasard, au corpus des monuments de la Haute-Garonne 136-137.
Il était bon sans doute d’en terminer par ces images – et singulièrement par celle de la probable tombe de Césaire 138 – car elles trahissent éloquemment le legs que, pendant l’Antiquité tardive, le premier art chrétien a fait à notre culture, chrétienne et occidentale : un legs décidément christocentrique.
Valérie Marmoy, Reprise de la deuxième journée
Reprise de la journée du 27/03/14
La journée d’hier a été dense, avec tellement de choses et de pistes nouvelles à appréhender. Mercredi nous sommes entré ds la symbolique surtout par les sens et le sensible, nous nous sommes laissé porter ; et même nous culpabilisions un peu avec tout le travail que nous avions laissé en suspend à l’école ! Hier, c’était une autre histoire et il a fallu nous coltiner avec de la philo, de l’histoire, de la géo, nous avons posé les fondements et il nous a fallu nous accrocher.
Je vais vous livrer ce qui a résonné chez moi suite à l’intervention de Xavier Manzano. Je ne suis pas philosophe, je manie difficilement l’abstraction mais vous allez vous en apercevoir très vite
Xavier a essayé de ns ouvrir, sur une pensée symbolique, un univers symbolique. Il ns a emmené, ailleurs très haut, très loin ou alors très profond, très à l’intérieur de nous-même, mais peut être que c’est la même chose. Quand on dit que le symbole est riche on dit une banalité ; je crois que je dis beaucoup de banalités, mais il a ajouté que les banalités sont parfois bonnes à méditer, ouf !! . J’ai découvert que le concept a besoin d’être frappé, blessé, explosé pour ne pas être enfermé et réduit à une idole. Je me dis que cette violence dans les mots, ça doit vouloir dire qu’avec notre culture de la modernité, qui simplifie et veut donner un seul sens à chaque chose ça ne doit pas nous venir naturellement. Qu’il y a, après tout ce qu’on a dit sur ce pauvre concept, malgré tout, une alliance entre lui et le symbole ;et qu’heureusement pour lui le concept est sauvé, et que ce salut, c’est le symbole qui le lui offre.
Nous sommes d’accord que le réel est toujours plus que seulement ce que ns voyons. Cet état de fait peut provoquer 3 attitudes chez nous :
Se raidir parce qu’on se sent en insécurité et réduire les choses, les faire rentrer dans des boites : le réductionnisme
S’évader : du côté de l’inconnu, passer entièrement dans la métaphore, mais se perdre dans le brouillard, la poésie, l’évanescence.
Ou alors tenir les deux la solidité du réel et l’excès, l’incommensurable de l’inconnu mais qui pourtant se touchent, sont en lien malgré leurs différences insurmontables. L’analogie.
Tous les penseurs partent à la recherche de ce lien, de ce principe qui fonde, qu’on parle de Dieu, d’émanation, ou d’autre chose
Ce questionnement ne cessera jamais, et on ne verra pas la résolution de l’enquête. ce qui ne signifie pas que ma réflexion ne dis pas quelque chose de vrai même si je n’appréhende pas tout. Et surtout, qu’on a beau essayer de jeter un filet sur l’univers il le dépassera, il nous dépassera toujours.
Bernard Maitte à travers son voyage dans le temps et les édifices chrétiens, nous permet de voir comment, l’architecture dit quelque chose de la communauté qui est là, nous rend compréhensible son rapport avec Dieu ; qu’au-delà des évolutions successives, et des caractéristiques de chacune, les églises sont là pour célébrer les mystères, avec les fidèles.
De la maison à la basilique, du béma qui dit le lieu de la parole au milieu des fidèles à l’ambon qui porte très loin cette parole jusqu’au nord lieu du froid et des ténèbres, du baptistère à l’iconostase qui masque et révèle. Sainte Sophie et sa coupole : ce cercle, sur ce carré qui dit la jonction entre le ciel et la terre ; cette lumière qui la traverse c’est le ciel qui descend sur l’assemblée et qui la divinise ;
Parlons-en de la lumière, à travers l’architecture gothique et sa théologie ; une lumière unique et unifiante qui crée des chemins qui joue avec la verticalité pour dire la transcendance. Ca nous ramène à ce que nous disait Ferrante Ferranti , lui c’était dans une église baroque, sur l’expérience de la lumière qui a changé sa vie
Tout ça pour nous faire entrer ds le symbolisme de la vie. Dès l’abord, on entend l’ appel le clocher, c’est un lieu qui est aussi un abri, un livre de vie où les saints nous accompagnent (portail), des portes faites pour être ouvertes et qui racontent l’histoire de l’humanité et de dieu , le cloitre qui dit quelque chose déjà du paradis et de l’alliance avec les hommes 12 piliers qui disent la foi des apôtres ; la source dès l’entrée avec le baptistère, le besoin de trouver un centre , l’ autel , un chemin la croix.
Et puis il y a eu Myriam Boukali, je n’aurais jamais cru qu’un cours de géo pouvait être aussi passionnant
D’abord votre définition de la géographie me parle, et je me l’approprierai bien pour nous aps, à la croisée d’autres disciplines, spécialiste de rien, et c’est tant mieux. Et puis vous nous avez montré, comment une religion qui a une lecture du monde la projette dans l’espace habité par les populations. Et surtout vous nous l’avez raconté
En Egypte, à travers un papyrus qui parle un territoire administratif, et pourtant dit l’importance des rites et valide le récit religieux en le nommant. Il rappelle le symbole, car on a besoin de rappeler les symboles, et lie le visible avec l’invisible.
En Amérique du Sud Avec le récit fondateur des Maya-Quiché on voit que l’espace n’est pas juste lu mais vécu traversé arpenté, imaginé par ceux qui l’habitent, et englobé dans les mythes
Au Vanuatu, avec cette incroyable histoire de déesse de chien et de ciel ; Le sacré comme facteur de territorialisation ; créer des lieux, des bout d’espace reconnu et auquel on donne une valeur particulière.
Et puis comment avec le judaïsme ce territoire est passé de l’extérieur, à l’intérieur et cette intériorité l’a rendu universel.
Jean Guyon en ns ouvrant à l’art chrétien primitif ns a montré combien cet art des premiers siècle a fait siennes les représentations qui avaient cours à ce moment-là, nous ramenant à l’Amérique du sud de Ferrante Ferranti et à l’inculturation des symboles et leur appropriation par la population. Il nous a dit qu’on ne pouvait jamais être sûr de ne pas sur-interpréter, et ça m’a rappelé ce que nous disait Denise Galtier des mots de Chagall » quand je peins je peins, ce que j’ai voulu exprimer je le lirais ds les journaux.
Mais surtout il nous a appris que la symbolique de l’art des 1ers siècles, nous dit que c’était un art confiant. Des chrétiens avec une foi chevillée au corps confiant dans la Résurrection, dans le Salut et centrés sur la figure du Christ.
Ce matin, Dominique Santelli ne va pas nous parler de religion (encore que) mais de république et d’une autre symbolique.
Avec Jean-François Noel, psychanalyste, on pourra se poser cette question, l’expérience symbolique a-t-elle quelque chose à voir avec la guérison ?
Cet après midi, Christian Salenson nous parlera interprétation des textes et des rites
Marie-Hélène Fajolles nous présentera son travail sur cette extraordinaire semaine sainte à Perpignan et nous permettra d’expérimenter la richesse de croiser les regards et les points de vue
Puis nous conclurons et comme le symbole a tout à voir avec l’imaginaire, nous pourrons peut être commencer à imaginer l’avenir.
Bonne journée
