Catégorie : Sessions
Éduquer à la Paix, diaporama d’ambiance de la session 2013
Initiation à la symbolique, diaporama d’ambiance de la session 2014
Liberté religieuse et laïcité, diaporama d’ambiance de la session 2016
Christian Rallo, Religion et média (diaporama)
Christian Rallo, Religion et média
Maud Savary et Isabelle Templet, Pour une éducation à la fraternité
POUR UNE EDUCATION A LA FRATERNITE
Maud Savary Isabelle Templet
I NOTRE TERREAU
– Population multiculturelle et multi religieuse grassoise
– Peu d’élèves inscrits en aumônerie au Lycée
– Dociles mais facilement ‘fédérables’
– Bon – très bon niveau scolaire
– Environnement familial protégé
– Niveau social souvent très élevé
– Très peu de diversité religieuse
- LES ELEVES
- Public privilégié
- Famille en attente de réussite scolaire
- Discours empreints de préjugés
- ENSEIGNANTS
- Concentrés sur les programmes et la préparation aux examens
- Perception de l’éducation à la fraternité au mieux limité au temps de classe
- CULTURE D’ENGAGEMENT A LA SOLIDARITE
- Commission solidarité
- Les projets
- Activités collectives (Rallye, kermesse, marché, Bol de riz)
II DES GRAINES A SEMER
- Nécessité d’un retour au sens profond : prise de conscience : la fraternité
- Volonté de jardiner
- Source: notre spiritualité
- Confiance: DU
Pour nous, éduquer à la fraternité, c’est la prise en compte des 3 dimensions de l’homme :
- Son rapport à la Nature / Terre
- Son rapport à autrui
- Son rapport au Spirituel
- MATINEES DE SENSIBILISATION AU COLLEGE
- Sous le prisme des cultures
- En lien avec la Nature
- Dans la diversité religieuse
Après la thématique de la fête en 2014, de l’engagement en 2015, cette année la fraternité.
Au centre : NOTRE MONDE
6ème : Un monde à découvrir dans sa diversité culturelle
5ème : Un monde à protéger et à préserver
4ème : Un monde où coexister dans la Fraternité (religions + réfugiés)
- ETRE ENSEMBLE POUR DEMAIN
S’est inscrit dans le cadre de la SSI qui a mobilisé l’ensemble de l’Institut.
Ecole + Collège : aide aux démarches de développement de nos partenaires internationaux et de leurs projets
Lycée : NOUVEAUTE : Eveil des consciences
Thématiques :
- Le dialogue interreligieux au service de la construction citoyenne
- Les réfugiés : de l’accueil à la rencontre
- La Terre et Nous : concilier développement et protection de l’environnement
DES TEMPS FORTS :
- Préparation philosophique à la pièce Pierre et Mohamed (introduction à la semaine)
- Cérémonie d’ouverture sur la cour (attentats)
- Rencontres:
3ème / 2nde : interventions de personnes engagées auprès des migrants, pour l’environnement, au secours catholique ou aux restos du cœur
1ère / Tle : Conférences obligatoires + débats
Coexister
Vivre ensemble à Cannes
Responsable des relations islamo-chrétiennes
Cimade
Amnesty Internationale
Pastorale des Migrants
- Arbre à palabres
- Célébration de clôture
- Echanges informels
- Chanson sur l’Autre Rive
- Table Ronde
III UN JARDIN A CULTIVER
- CE QUI A PU ETRE FAIT
- Travail en amont :
Se constituer un carnet d’adresses
Rencontres préliminaires avec les intervenants
Construction collective
Logistique (planning, accueil des intervenants)
- Communication interne
- Soutien de la gouvernance (moral, technique, financier)
- CE QUI NOUS A MANQUE
- Adhésion profonde de tous
- Réactions négatives imprévisibles, dont des graves car à l’encontre du fond du projet
- Participation des parents et des profs (table ronde)
IV LES FRUITS RECOLTES
- FRUITS MURS
Adultes :
- Le projet a suscité de l’intérêt (association , musées etc) et le l’engagement (migrants)
- Reconnaissance de la qualité et de la richesse du projet avec des questionnements souvent constructifs
- Volonté d’avoir une vision globale en rencontrant les intervenants de toutes les thématiques
- Plaisir de vivre des rencontres d’amitié avec les partenaires de longue date
Elèves :
- Plaisir : idem
- Déconstruction des préjugés
- Evènements vécus dans l’unité
- On a bousculé leurs représentations de la mission de l’école (éducation humaine)
- Possibilité pour les élèves de devenir acteurs (échange culturel et solidaire au Togo)
- Vision juste de la laïcité et une compréhension plus éclairée du monde
- FRUITS ENCORE VERTS
Comment rendre cette éducation à la fraternité, à la culture de l’autre, à l’altérité davantage féconde pour permettre aux jeunes de s’épanouir de toutes leurs dimensions.
FICHE POUR LES PRODUCTIONS EN ATELIER
1 Dans votre établissement :
Quelle place est donnée à l’éducation, à la fraternité, à la solidarité, à l’interreligieux ?
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2 La population scolaire, le corps enseignant :
Quelles sont les possibilités, les opportunités et la nécessité pour envisager un projet ?
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3 Les moyens possibles :
Quelles ressources et difficultés ?
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4 Les perspectives :
Quel est le scénario dans lequel pourrait s’inscrire ce projet ?
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Monique Damlamian, Les rencontres d’Assise et le projet d’établissement
Atelier : Les rencontres d’Assise et le projet d’établissement
Ce rapide exposé, sur un thème aussi vaste, a pour but d’ouvrir au dialogue dans cet atelier et se saisir de quelques pistes de réflexions. Le but n’est en aucune manière l’écriture d’un projet d’établissement, ce qui signifierait alors que celui-ci est unique. Il y a autant de projets d’établissement que d’établissements. C’est donner à se saisir de cet esprit d’Assise pour déjà une relecture de ce qui se fait déjà de beau dans chaque école, collège, lycée. C’est encore de donner du souffle et du sens aux choix, aux décisions, aux visées que chaque école veut se donner dans son contexte. C’est aussi s’immerger dans le thème de cette session en voyant à quel point les rencontres d’Assise parlent de la laïcité et quelle singulière contribution (caractère propre) elles apportent au questionnement national actuel. A grandes enjambées nous allons parcourir l’histoire des rencontres d’Assise car il est toujours bon de relire l’histoire.
Quelques points forts seront retenus pour notre échange mais ces rencontres sont des sources inépuisables et les points d’ancrage pour une réflexion en équipe, ou mieux encore avec la communauté éducative, sont infinis. Le projet pastoral, qui traverse tout projet et toute la vie d’un établissement pourra y trouver sa force et son sens.
- Les Rencontres d’Assise
Ces rencontres « couvent », maturent en quelque sorte depuis le Concile Vatican II (1962 1965) qui s’est engagé pour la paix dans le dialogue avec l’Autre et qui a donné l’élan notamment dans deux décrets Ad gentes et Nostra ætate. La première rencontre a eu lieu en 1986. Nous ne devons pas penser que de 1965 à 1986 il a eu une longue attente faite de vide. Les situations de rencontres ont été nombreuses, les initiatives remarquables. Mais les rencontres d’Assise sont uniques et relèvent de l’inédit.
La première eut lieu à l’initiative de Jean-Paul II. Le 25 janvier 1986, à Rome, à l’issue de la semaine pour l’unité des chrétiens, le pape invite les catholiques, l’ensemble des chrétiens, tous les croyants, pour la première Rencontre d’Assise. Cette invitation est un « appel » afin de susciter un mouvement mondial de prière pour la paix. Jean-Paul II a clairement expliqué le sens de se rassembler pour prier dans la même ville sans recherche de consensus, de négociation, de concession mais pour être ensemble pour un projet commun. Non pas pour prier ensemble mais être ensemble pour prier. Voilà déjà de quoi nourrir un questionnement en équipe. Le contexte fait écho, cela se déroule dans le cadre de l’Année internationale de la paix proclamée par l’ONU, c’est aussi l’année de la « guerre froide » et de la guerre au Liban. La première Rencontre a lieu le 27 octobre 1986. Elle réunit 130 responsables religieux du monde entier, (bouddhisme, hindouisme, jaïnisme, zoroastrisme, sikhisme, islam, judaïsme, religions traditionnelles africaines et de nombreuses délégations chrétiennes) ainsi qu’une délégation de la W.C.R.P. (conférence mondiale des religions pour la paix). S’y associèrent de nombreux chefs d’Etat.
La deuxième rencontre, en 1993, se déroule sur fond de conflits dans les pays de l’ex-Yougoslavie. Le pape Benoît XVI donne à nouveau rendez-vous aux dirigeants des Églises, des communautés chrétiennes et des grandes religions du monde, pour rappeler l’événement de 1986, mais aussi pour regarder vers l’avenir face aux défis mondiaux, «journée de réflexion, dialogue et prière pour la paix et la justice dans le monde ». Qu’entendons-nous : comment chaque personne et chaque tradition religieuse peut-elle contribuer à la cause de la justice et de la Paix ? Mais aussi comment chacun, différent, peut apporter à l’Autre dans ce projet ?
La troisième rencontre le 29 janvier 2002 se place dans une période de tensions internationales. Cette rencontre est aussi une réponse aux attentats de New- York et à l’administration Bush qui désignait « un axe du mal » et employait dangereusement le mot de « croisade ». Les représentants religieux de toutes les religions élaborèrent un décalogue de la paix qui fut envoyé à tous les dirigeants du monde. Il a été lu le 29 janvier à Assise, par dix représentants de différentes religions, lors de la journée de prière pour la paix.
La rencontre la plus récente (et non la dernière…) a eu lieu le 27 octobre 2011, à l’occasion du 25e anniversaire de la première rencontre. Assise s’ouvre alors aussi à des personnalités du monde de la science et de la culture qui se définissent non-religieux. L’invitation d’humanistes donne à cette rencontre une tonalité particulière. L’intervention de Julia Krysteva est remarquable. Un discours qui lui aussi peut susciter en équipe de beaux débats.
Chaque rencontre d’Assise témoigne que la paix ne se fera que si chacun, croyant ou non croyant en prend la responsabilité. La dernière rencontre, elle, témoigne aux yeux du monde que les religions n’ont pas à déresponsabiliser les non-croyants de cette cause pour l’humanité. Une école « ouverte à tous » ne peut rester sourde à ce message.
- L’esprit d’Assise, un souffle pour l’établissement
Se réunir à Assise prend un sens « extra-ordinaire », la forme et le fond sont uniques. La Rencontre n’est pas une fin en soi, on se tourne vers la vie du monde. A Assise, il ne s’agissait pas de réunir les chefs des différentes religions ou mieux encore en 2011, d’y inviter aussi les non croyants pour avoir ainsi une photographie de l’instant et attester d’une heureuse convivialité. Pensons aux établissements, du bon climat qui règne…Tant mieux, est-ce suffisant ? L’absence de conflits est-il le seul marqueur de paix ?
A Assise, il fallait se réunir pour regarder ailleurs, plus haut, dans la même direction et s’y engager, avec une foi « explicite et active » dans un dialogue qui ne cherche aucun pouvoir sur l’autre. La liberté de croire est donnée à chaque homme si elle sert l’humanité. L’éducation à la liberté religieuse doit être garantie par la laïcité d’un Etat (si cette laïcité se préserve de conduire à l’inculture religieuse). Au risque de se répéter : voilà encore bien des « puits » à creuser pour un projet d’établissement.
Pour relire le projet d’établissement gardons aujourd’hui, de cet esprit d’Assise, que l’on peut :
Faire croître l’unique de chacun vers un dessein commun. (Le dessein commun n’étant pas le pourcentage de réussite au BAC, même si la réussite scolaire est un enjeu majeur)
Faire unité avec l’unique de chacun pour un projet qui nous dépasse. L’Autre possède une part d’humanité que je n’ai pas et qui me manque pour réaliser ce grand projet commun.
III. Le projet d’établissement
Qu’est ce qu’un projet d’établissement ? Un projet éducatif ? Un projet pastoral ? Cela peut être clarifié si nécessaire en se reportant au Statut de L’Enseignement Catholique diffusé en 2013.
Dans une école, on ne peut pas confier uniquement au hasard la rencontre avec l’altérité. (celle des savoirs, des jeunes, des adultes…) Le projet d’Etablissement doit être vivant, faire vivre chacun et chacune des rencontres à condition que l’on n’inscrive pas « qu’un élève » ou qu’on n’ajoute pas qu’un nouvel « enseignant » dans une équipe, mais une Personne.
On peut lire dans le Statut de l’Enseignement Catholique (2013) à l’article 24: «Elle (l’école catholique ) est ordonnée à l’homme, considéré dans son unité et sa totalité, (…) corps et âme, cœur et conscience, pensée et volonté » [1] A la lumière de ces rencontres nous allons ici retenir quelques pistes pour le projet d’établissement. Comme cela a été souligné, il y en a bien d’autres. Pensons tout simplement à la symbolique présente dans ces rencontres d’Assise (espaces, temps, gestes, paroles…) et à celle qui inévitablement est présente dans nos écoles. En être conscient est déjà une belle avancée.
- Les points d’interrogation.
Posons une interrogation sur ce qui pouvait se penser comme la vérité et posons « un point d’interrogation à l’endroit du plus sérieux. » (Julia Krystéva, Discours à Assise 2011, https://www.youtube.com/watch?v=2o2_9AkpuWI). Vatican II et les rencontres d’Assise nous invitent à devenir curieux de l’Autre, en avoir l’appétit, le goût. Mais aussi, l »enfant, le jeune, l’éducateur… doit devenir curieux de sa propre culture, de ses croyances ou non-croyances, les mettre à distance, les observer dans leur histoire et non les vivre simplement selon les règles.. Cela ne peut se faire que sous condition d’altérité. Ma culture, ma croyance ou ma non-croyance ne peuvent s’identifier que par « un autre » avant, maintenant, ici ou ailleurs.
Là toutes les rencontres et donc toutes les disciplines sont concernées (donc tout éducateur).Il faut apprendre non pas des réponses, selon le schéma classique d’une école, mais apprendre à poser ensemble des questions. Il faut non pas creuser des « puits de sciences » (Tous les actes de barbarie du XXé siècle n’ont pas été commis par des gens incultes et les plus grands diplômés du monde n’oeuvrent pas tous pour un discours de paix.) mais des puits qui provoquent à chaque pelletée, un étonnement. Un enfant ou un adulte qui questionne, c’est un établissement qui a réussi son pari sur la vie. Les adultes de l’école doivent engager leur réflexion de façon différente dans la rencontre avec les savoirs. Ils ne sont pas seulement une acquisition de connaissances et compétences mais doivent participer à la connaissance et à la re-connaissance de l’Autre et de soi et à la connaissance du monde. Une fois encore, cela ne peut se faire que sous condition d’altérité. Si tout le monde est catholique, je n’ai pas à me définir comme catholique et donc je ne m’interroge plus! C’est bien le problème de la démocratie qui n’a plus à s’affirmer face au totalitarisme de l’Est depuis 1989. Eduquer les nouveaux venus c’est « les préparer à la tâche de renouveler un monde commun » (Jean-Marc Aveline, Sur le chemin de l’autre,, Chemins de Dialogue, 2010, p 17), le questionner et non pas leur donner une caisse à outils pour se débrouiller dans la vie. Décider ensemble, en équipe, de s’engager dans ces enjeux pour la vie humaine, c’est former des élèves« chercheurs d’autres », des élèves « questionneurs d’évidences » qui ont à nourrir leur « en soi », non le taire. Commençons à poser des points d’interrogation sur l’établissement, non pour mettre tout en doute, mais pour « se lire ». Et posons aussi des points d’interrogation sur nous-mêmes, encore une fois non dans le but de se fragiliser mais de se préparer à la rencontre. Un projet d’établissement, inspiré des rencontres d’Assise, doit permettre à l’équipe d’initiateurs qu’elle est de s’initier : Quelle altérité sommes nous pour les autres ? Quels enseignants ? Quel accompagnateurs ?…-Qu’entendons-nous par culture ? Quels sont les faits culturels qui nous animent ? Est-ce que nous pouvons lire le pluriculturel qui nous habite ? – Comment définissons-nous valeurs culturelles, éthiques, morales ? – Comment définissons-nous le religieux ? -Comment interprétons-nous « liberté religieuse », « laïcité » , « respect »? Et tant d’autres questions qui ne trouveront des réponses que si l’Autre existe.
- L’accueil et le respect
Cela nous conduit à nous saisir de deux questions pour illustrer ce propos. Quel sens donnons-nous à deux mots qui fleurissent si abondamment dans les projets d’établissement : l’accueil, le respect. Des termes employés « à toutes les sauces », des incontournables dits, écrits, portés en étendards.
L’accueil :
Tout commence ainsi dans un établissement catholique, comme à la sécu, comme au bureau de poste, comme à l’hôpital…Alors quelle différence pouvons-nous signifier et faire vivre ? Et si, comme à Assise, nous passions de l’accueil (indispensable dans sa forme) à l’hospitalité ! La rencontre d’Abraham serait pour nous un bon lieu de réflexion pour démarrer. Et si nous nous disions que dans ce jeune, ce nouvel employé d’entretien, il y a du divin ou du génie selon la formule de l’humaniste, athée, Julia Kritéva.
L’hospitalité est souvent empêchée par deux craintes, celle de l’étranger que je ne connais pas, et celle de la dépossession de ce que je suis, de ce que j’ai. Nous ne pouvons échapper au flash de certaines situations dans les établissements où l’étranger (jeune ou adulte) révèle ces craintes.
Nous ne reviendrons pas sur l’hospitalité dans l’histoire et les cultures bien que cela soit passionnant et d’un bon enseignement, sans oublier le sens qu’elle prend dans la Bible. Le lien d’hospitalité est rarement égalitaire. Chez autrui, on ne fait pas comme chez soi même si l’hôte a des droits, ce sont ceux accordés par le maître de maison. La relation est, de fait, complexe et il se peut qu’elle aboutisse au sentiment pour l’accueillant d’être envahi et pour celui qui est accueilli, d’être piégé.
Il est important également de considérer que l’hôte provoque forcément un changement dans le lieu d’accueil. Selon les codes, au terme du séjour l’hôte doit raccompagner son hôte jusqu’à l’extérieur de sa maison,(entrée en sixième, orientation, changement d’établissement, mutation…) c’est là une marque de respect à son égard. Raccompagner sur le seuil, c’est aussi une manière de réinvestir son chez soi, de récupérer son intérieur et se retrouver (enfin?) comme avant ! Nous laisserons à chacun le soin d’illustrer… On a accueilli chez soi mais ce que l’on donne n’est qu’un prêt, une concession provisoire. C’est ce qui se passe dans un établissement, que l’on nomme l’accueil, et qui doit se passer ainsi, y compris pour le chef d’établissement qui est hôte et hôte pour un temps dans un lieu qui n’est pas le sien mais qu’on lui a confié pour un temps.
L’hospitalité inspirée des Rencontres d’Assise est autre, elle est « un partage de l’en soi » et ici, l’accueil devient différent de celui de la Sécu. Du chaleureux et indispensable accueil dans l’établissement, nous passons à l’hospitalité « divine ». Il ne s’agit plus ici d’hébergement dans un lieu mais d’hébergement en soi. Se laisser habiter pour combler l’attente, l’espace (le point d’interrogation) volontairement laissé pour recevoir l’autre et lui offrir, dans une égale réciprocité, d’occuper la place qu’il m’aura réservée. Les codes sont plus importants ici que nulle part ailleurs car tout se joue à la fois dans l’intime et l’infini. Le mot « code » devient donc inapproprié, on lui préférera celui d’engagement, un engagement réciproque qui garantisse à chacun la liberté et la dignité. L’autre est semblable mais il n’est pas le même, c’est par sa singularité qu’il révèle la mienne. L’hospitalité est alors l’espace de la relation à l’autre, qui oublie dans cet instant, le statut social, l’âge, le pays d’origine ou le pays d’accueil. C’est là que les hommes se dépouillent pour s’habiller d’ humanité . « Il leur dit: «N’emportez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent ; n’ayez pas chacun une tunique de rechange. Si vous trouvez l’hospitalité dans une maison, restez-y ; c’est de là que vous repartirez » (Evangile de Jean, 1 , 45-51). Cela à condition que le moi n’englobe pas tout l’espace sous peine de ne jamais accueillir et en même temps, se garder de libérer tout l’espace sous peine de trahir l’ensemble mon histoire. L’hospitalité doit être vue comme une pensée positive et la frontière entre l’Autre et moi perçue non pas comme un mur de séparation mais comme espace de rencontre qui me préservera de penser que ma manière d’être est la seule manière d’être au monde. Il ne peut y avoir d’accueil au sens d’hospitalité sans réciprocité . On doit préparer les jeunes à ces rencontres, avec l’Autre, avec le monde. La peur de l’étrange peut être remplacée par une merveilleuse curiosité de ce que je n’ai pas car comme le dit Jacques Derrida « (…) nous sommes irréductiblement exposés à la venue de l’autre » et cela déjà dans la famille, lors d’une naissance.
Nous avons quitté, sans la rejeter, l’hospitalité qui fait œuvre de solidarité, de civilité pour une hospitalité en soi, d’une immense gratuité, offerte au monde, pour le bien commun.
le respect
On différenciera le respect des lois et règles civiques du pays natal ou accueillant, qui peuvent variées d’un pays à l’autre ou des règles qui peuvent varier d’un établissement à un autre, du respect universel de la personne. En suivant le raisonnement de Kant, nous pouvons dire que le respect à avoir de l’autre ne tient pas à sa fonction ou ses « qualités », ce qui crée une relation inégalitaire bien qu’indispensable dans une société, mais à une seule valeur : sa part d’humanité ou sa part de divin. S’il est mon semblable en humanité, je n’ai rien à lui imposer de ce que je suis, je n’ai pas à le craindre puisqu’il est lui même aussi porteur d’une part d’humanité que je n’ai pas. Pensons à la dignité acquise et donnée par le fait même d’être vu et entendu « Je t’ai vu quand tu étais sous le figuier » (Evangile de Jean, 1 , 45-51). C’est porter « attention » à l’autre, prendre du temps pour l’entendre et de ce fait m’écouter, dans la réciprocité. « Pouvons-nous nous abreuver mutuellement ? C’est au goût de l’eau que l’on en juge. » (Christian de Chergé, « L’invincible Espérance », Lettre de Ligugé. N° 217 Bayard Editions, 1997 p.73-74).
Selon la pensée de Kant, l’estime de soi ou celle de l’autre doit passer par les « critères de l’universalité » (Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, ED du Seuil, 1990, p 242 243). Là, la Déclaration des Droits de l’Homme (ou la Convention Européenne des Droits de l’Homme) et le décalogue sont à lire et relire en équipe, sans doute…Ce ne sont pas que des affiches sur un mur de classe ou un cours bouclé en septembre une bonne fois pour toute. Ce sont des supports objectifs qui étayent la critique mieux qu’un avis d’enseignant. Il est vital non seulement de respecter et défendre la dignité de tout être humain mais également de respecter et défendre la pluralité qui est la plus belle preuve de liberté que l’homme ait jamais reçue (laïcité) et « que le sens de ces différences nous soient un jour dévoilée par Dieu, selon l’heureuse formule du Coran » , verset 118 de la Sourate de Houd.
- Ni les Rencontres d’Assise ni le vie d’un établissement ne sont une fin en soi.
La vocation de l’école, comme celle de l’église est de l’ordre d’un service à une tâche qui la dépasse, elle n’est ni l’origine ni le but de la mission. L’unité n’a pas pour but l’unité dans l’école. La vie d’un établissement n’est pas un but en soi, elle devrait être remplie, certes, mais pour le déborder. La réussite à l’école ou la réussite de l’école n’est pas une fin en soi, elle doit permettre non de réussir dans la vie mais de réussir sa vie. On ne doit pas chercher seulement comment bien vivre ensemble à l’école (Maxime savait et aimait vivre avec Mohamed, mais pourrait-il vivre avec l’Islam ?) mais bien oeuvrer ensemble, ici, maintenant, pour ailleurs, pour plus tard, dans un but commun pour l’humanité. Les Rencontres D’Assise n’étaient pas destinées à s’auto-alimenter et n’avaient pas leurs finalités en elles-mêmes, pas plus que le projet d’établissement ou le projet pastoral ne sont là pour faire vivre l’école « en état de sainteté » derrière ses portes. Rappelons que le temps de catéchèse est destiné à faire découvrir comment un chrétien peut devenir l’hôte de chacun, par le texte vivant qu’est la Bible pour un croyant. Rappelons aussi que la prière est un acte libre de dialogue et non une simple récitation connue de l’ensemble des élèves pour la messe des familles. Ou alors, pourquoi continuer à prier hors de l’école ? Si l’établissement n’a que pour but d’être rempli dans un espace et un temps donné, nous ne serons pas surpris que certains consentent à dissimuler leurs croyances (y compris pour celui qui accueille) ou leur non-croyance. Consensus, compromis, concession… Certains établissements transforment la catéchèse en « art et religions », pour faire soft, pendant que d’autres rejoignent l’école coranique après avoir assisté à la messe obligatoire (Paris vaut bien une messe). Pas de concession mais un espace où chacun peut dire « Voilà ce que moi, je crois », comme à Assise. Une autre illustration, toute virtuelle… : « Combien d’heures avons-nous accordé aux « temps forts » ? Vite rattrapons en mars les 3 heures de février ! » Assez de « temps forts » ! Les temps forts ne sont pas programmables. Les temps forts, tels que nous les appelons ne prendront du sens s’ils n’ont pas comme unique but d’afficher « la couleur » de l’école aux yeux du quartier. Si seuls les temps forts sont programmés, que de temps faibles il nous reste à vivre ! Relisons les Rencontres d’Assise et découvrons que les temps forts se vivent dans chaque recoin, avant et après, dans les espaces ou les temps et qu’ils sont signes de rencontre, non des plages horaires sur des agendas ou des parenthèses dans le quotidien d’un établissement.
Un établissement qui initie pour ailleurs et demain c’est un établissement qui offre aussi à l’Autre la liberté car « Celui qui ne connaît que les normes de son pays est poussé à s’y soumettre » (Tzvetan Todorov, La peur des Barbares, Biblio essai, R Laffont, 2008, p 292)
- Faire unité pour un dessein commun
Les religions n’ont pas à déresponsabiliser les non-croyants de cette cause pour l’humanité. Si la catéchèse a bien un projet d’humanisation, elle ne peut le faire seule et pour ne pas s’imposer elle doit clairement reconnaître que les chemins vers Dieu sont multiples. Croyant ou non-croyant, l’homme ne peut, aujourd’hui, à lui seul, s’emparer du dessein de construction de Paix, pas plus que l’Eglise catholique ne peut entreprendre seule ce projet. Comment envisager de prendre en charge, au nom de l’humanité, une cause commune, en excluant une partie de l’humanité ! C’est bien le témoignage d’Assise. J’ai besoin de l’autre parce qu’il possède l’étrange que je ne connais pas et qui fait de moi un être différent de lui mais ce n’est cependant pas mon propre besoin que j’assouvis mais un besoin qui nous dépasse tous les deux. Il n’est pas là pour me compléter mais compléter cette image de l’humanité dont je ne détiens qu’une parcelle et qui est toujours en recherche de justice, vérité et de liberté. Le projet d’établissement doit accepter une mise de fonds à perte (comme les prêtres pendant la messe) s’il a aussi, au travers de toutes ses actions d’enseignement et d’apprentissage, une prétention à l’universel.
Conclusion
A la source d’Assise, comment l’école catholique d’enseignement peut-elle s’emparer de la pluralité des croyances/non-croyances, des cultures, des histoires individuelles pour apporter sa contribution au grand dessein d’unité et de paix pour l’humanité? Le comment est d’une importance capitale car « Si tous les moyens sont bons pour imposer l’unité, le liberté de chacun est menacée. » (Tzetan Todorov, L’esprit des Lumières, R Laffont, poche, 2006, p 117)
Nous avons vu combien il semble essentiel de relire l’existant dans les établissements pour mettre en évidence la contribution originale apportée à la laïcité par le souffle d’Assise. La nécessité de recevoir l’Autre chez soi et en soi pour affirmer, dans la réciprocité, qui nous sommes, parcelle indispensable et singulière de l’humanité. Ne pas hésiter à mettre des points d’interrogation, surtout sur les évidences. En mettre un aussi sur « unité » afin de ne pas le confondre avec uniformité qui ruinerait l’indispensable pluralité. Et enfin être sainement prétentieux pour les jeunes, les nouveaux venus: le projet doit prétendre, au travers du quotidien, à l’universel. Cela montre à quel point l’école doit être transparente dans son projet éducatif, son projet d’établissement et qu’elle reconnaisse qu’elle a besoin de l’élève pour apprendre à lire.
Sommes-nous si loin de la laïcité dans nos établissements catholiques ? Nous pouvons maintenant en débattre.
« Agir pour des choses lointaines au moment où triomphait l’hitlérisme, aux heures sourdes de cette nuit sans heures – indépendamment de toute évaluation de « forces en présence »- c’est, sans doute, le sommet de la noblesse » (Emmanuel Levinas, Humanisme de l’autre homme, biblio essai, livre de poche, 1972, p 47)
Monique Damlamian
Bibliographie
Nostra ætate. Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non-chrétiennes, Rome 1965
Déclaration sur l’éducation chrétienne, Gravissimum Educationis,, Rome 1965,
Le décalogue d’Assise pour la paix, 2002
Intervention du Pape BENOÎT XVI Assise, Basilique Sainte-Marie-des-Anges Jeudi 27 octobre 2011
Le discours de Julia Krysteva à Assise, 2011, https://www.youtube.com/watch?v=2o2_9AkpuWI
et
Statut de l’enseignement catholique en France, SGEC, 1er juin 2013
et
Jean-Marc Aveline, Sur le chemin de l’autre, Chemins de Dialogue, 2010
Fadi Daou et Nayla Tabbara, l’hospitalité divine, Association Chemins de Dialogue, 2013
Jacques Derrida, De l’hospitalité, ed Calmann Levy, 1997
Anne Gotman, Le sens de l’hospitalité. Coll. Le lien social – PUF, 2001.et http://sciences-croisees.com/N9/Gotman2.pdf
Julia Krysteva, Cet incroyable besoin de croire, Bayard 2007
Emmanuel Levinas, Humanisme de l’autre homme, biblio essai, livre de poche, 1972
Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Livre de poche, Grasset, 2001
Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Editions du seuil, 1990,
Christian Salenson, Une double liberté pour l’enseignant, Chemin vers l’autre , Chemin de dialogue 2010
Tzetan Todorov, L’esprit des Lumières, R Laffont, poche, 2006
Tzvetan Todorov, La peur des Barbares, Biblio essai, R Laffont, 2008
[1] Statut de l’enseignement catholique en France, SGEC, 1er juin 2013.art 24
Pierre Montfraix, Laïcité et EMC
Pierre Montfraix, Les enjeux d’une éducation morale et civique
Atelier : Les enjeux d’une éducation morale et civique
Documents pour l’atelier :
Document 1 : Le programme d’Enseignement Moral et Civique au lycée, http://www.eduscol.education.fr
Classes de Terminale Professionnelles et Générales : Pluralisme des croyances et laïcité
En classe terminale, l’enseignement moral et civique se centre d’une part sur l’un des piliers fondamentaux des sociétés démocratiques : la reconnaissance du pluralisme des croyances ; d’autre part sur la façon dont s’organisent, dans l’espace démocratique, de grands débats sur les questions éthiques posées par la biologie et la médecine. Pour chaque thème, les questions éthiques, sociales et civiques sont étroitement liées et aucune de ces dimensions ne doit être négligée. Les connaissances sont abordées en vue des compétences à acquérir. Les suggestions de pratiques de classe sont indicatives. Trois démarches sont néanmoins privilégiées pour la mise en œuvre de cet enseignement auquel contribuent toutes les disciplines : le débat argumenté, les projets interdisciplinaires (type TPE) et le partenariat.
| Compétences | Connaissances | Exemples de situations et de mises en œuvre |
· S’impliquer dans le travail en équipe. |
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Document 2 : Abdenour Bidar, Intervention auprès de l’observatoire de la laïcité, Rapport 2015, page 104
Ce nouvel enseignement comprend quatre dimensions qui sont autant d’entrées propices : la sensibilité (rapport à l’autre, transmission d’une culture du respect, de la compréhension, de la tolérance, de la reconnaissance réciproque, etc.) ; le jugement (éducation à la liberté de penser par soi-même, culture de l’esprit critique, etc.) ; la règle et le droit (pédagogie de la loi qui fixe et garantit les mêmes droits et devoirs pour tous, etc.) ; l’engagement responsabilisation des élèves au service de l’intérêt général, d’une solidarité sociale ou humanitaire, etc.). L’heure hebdomadaire d’enseignement moral et civique – à partir de l’école primaire jusqu’au lycée dans toutes ses filières sera complétée par la mise en place d’un parcours citoyen dont la finalité est de s’assurer d’une cohérence et d’une progressivité de la formation morale et civique de l’élève du CP à la terminale. Ces quatre dimensions propres à l’enseignement moral et civique supposent une éthique enseignante revitalisée et remise au centre de la formation. On en trouve la formule notamment dans l’article 12 de la Charte de la laïcité à l’école qui définit l’enseignement laïque, du côté des enseignants, comme un enseignement qui garantit « l’ouverture la plus objective possible à la diversité des visions du monde ». Les enseignants doivent ainsi être en capacité d’enseigner la diversité des visions du monde, y compris religieuse.
Document 3 : Régis Debray, « L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque », Rapport au ministre de l’éducation, 2002, pages 12 et suivantes.
Le principe de laïcité place la liberté de conscience (celle d’avoir ou non une religion) en amont et au-dessus de ce qu’on appelle dans certains pays la “ liberté religieuse ” (celle de pouvoir choisir une religion pourvu qu’on en ait une). En ce sens, la laïcité n’est pas une option spirituelle parmi d’autres, elle est ce qui rend possible leur coexistence, car ce qui est commun en droit à tous les hommes doit avoir le pas sur ce qui les sépare en fait. La faculté d’accéder à la globalité de l’expérience humaine, inhérente à tous les individus doués de raison, implique chemin faisant la lutte contre l’analphabétisme religieux et l’étude des systèmes de croyances existants. Aussi ne peut-on séparer principe de laïcité et étude du religieux (d’où l’intitulé du module suggéré plus loin). Mieux : il importe de commencer par une première leçon sur les fondements et obligations d’un principe somme toute peu banal, qu’on aurait tort de croire entré dans les mœurs, et dont les fureurs environnantes ne cessent d’accroître la pertinence. Loin qu’on puisse y voir une dérogation, une concession à des lobbies ou l’effet d’un inexorable grignotage, mener à bien les projets ici développés exige de l’École publique qu’elle se montre non pas un petit peu moins mais encore plus laïque, en s’adossant d’entrée de jeu à un ordre de valeurs clairement assumé, non moins contraignantes que celles des religieux et opposables à certains d’entre eux le cas échéant. (Chacun son credo. Nous respectons le vôtre. Respectez le nôtre…). Tout en veillant à comprendre autant que possible le sens symbolique et existentiel pour les croyants des rituels et des dogmes, la démarche proposée doit d’emblée et ouvertement reconnaître ses propres limites. Elle ne peut ni ne doit prétendre viser le cœur battant de la foi vécue, encore moins se substituer à ceux dont c’est la vocation. L’adhésion personnelle n’est pas de son ressort, pas plus que son refus. A l’intérieur et en fonction même de cette autolimitation, l’esprit de laïcité ne devrait rien avoir à redouter ici.
(…)
La relégation du fait religieux hors des enceintes de la transmission rationnelle et publiquement contrôlée des connaissances, favorise la pathologie du terrain au lieu de l’assainir. Le marché des crédulités, la presse et la librairie gonflent d’elles-mêmes la vague ésotérique et irrationaliste. L’École républicaine ne doit-elle pas faire contrepoids à l’audimat, aux charlatans et aux passions sectaires ?
S’abstenir n’est pas guérir. Le Penseur de Rodin qui envoie promener au loin la Bible d’un coup de pied négligent (vu dans une caricature) oublie que le Livre Saint ne disparaît pas pour autant dans la nature, ou n’est pas perdu pour tout le monde. Il en sera donné ailleurs (hors contrat) des lectures fondamentalistes, d’autant plus pernicieuses que les jeunes endoctrinés n’auront reçu aucun éclairage qualifié sur ce texte de référence. Il a été prouvé qu’une connaissance objective et circonstanciée des textes saints comme de leurs propres traditions conduit nombre de jeunes intégristes à secouer la tutelle d’autorités fanatisantes, parfois ignares ou incompétentes. Pas plus que le savant et le témoin ne s’invalident l’un l’autre, l’approche objectivante et l’approche confessante ne se font concurrence, pourvu que les deux puissent exister et prospérer simultanément (ce que permettent la liberté de conscience et notamment les diverses Facultés de théologie, dont certaines sont d’État, comme en Alsace-Moselle). Preuve en est que les deux peuvent coexister dans certaines personnes (un exégète peut être critique et ordonné). L’optique de foi et l’optique de connaissance ne font pas un jeu à somme nulle. Cette dernière commence par faire le partage, à titre liminaire, entre le religieux comme objet de culture (entrant dans le cahier des charges de l’instruction publique qui a pour obligation d’examiner l’apport des différentes religions à l’institution symbolique de l’humanité) et le religieux comme objet de culte (exigeant un volontariat personnel, dans le cadre d’associations privées). La laïcité n’est concernée que par ce qui est commun à tous, à savoir les empreintes visibles et tangibles des diverses fois collectives sur le monde que les humains ont en partage, sans se mêler, par prudence et pudeur, de ce qui n’est commun qu’à plusieurs, à savoir les expériences intimes.
Document 4 : Philippe Meirieu : Savoir et croire : vers une « pédagogie de la laïcité » ?, www.cafepedagogique.net, 19 février 2016
Une démarche jamais achevée
Nous avons à impulser, par un travail inséparablement expérimental et historique, concret et épistémologique, une quête qui évite au sujet de s’enkyster, de s’enfermer, de s’identifier à un moment donné de son évolution et de sa configuration entre « savoir » et « croire ».
(….)
C’est que les savoirs scientifiques peuvent parfaitement être acquis sans que soit intégré le principe éthique qui constitue, en deçà mais aussi au-delà de leur acquisition, la condition d’une véritable « science à hauteur d’homme » : convaincre sans vaincre. Car, c’est bien cela qui trame toute l’épistémologie des sciences ; c’est bien cela qui permet à la science de progresser et de nous émanciper des pouvoirs arbitraires comme des préjugés archaïques ; c’est bien cela qui fait de la science un vecteur d’humanisation… Or, « convaincre sans vaincre » n’a rien de spontané : cela s’apprend et se construit dans l’éducation, cela se transmet de génération en génération par des éducateurs qui savent montrer qu’il y a là, tout à la fois, un renoncement nécessaire à la violence qui nous habite et une source de satisfactions immenses, individuelles et collectives.
C’est dire que l’apprentissage du débat argumenté, avec un protocole rigoureux et sur des objets précis, doit être pleinement intégré à l’École, non comme un « supplément d’âme » et en dehors des disciplines scolaires traditionnelles, mais au sein de ces dernières et en garantissant l’implication de chacun et de chacune dans le processus. (…) S’exprimer et se justifier, expliquer et démontrer représentent, en effet, des apprentissages absolument fondamentaux. C’est par là que l’élève sera amené, dans l’effort même que le groupe et l’enseignant soutiendront avec bienveillance, à élucider le statut de ce qu’il énonce. C’est dans le travail de formulation que se trouve la clé de la compréhension et de la distinction assumée sereinement entre le savoir et le croire. Qui est privé de cette interlocution est condamné à tâtonner sans fin et menacé de confusion mentale : sans étayages psychiques extérieurs, il ne peut se structurer mentalement et reste vulnérable face à toutes les intimidations comme à toutes les emprises.
Mais le débat argumenté est encore bien plus que cela : c’est aussi la reconnaissance de l’autre comme un « autre soi-même » et, pour reprendre la belle expression de Paul Ricoeur, de « soi-même comme un autre ». Débattre avec l’autre, c’est se reconnaître comme faisant partie du même monde. C’est reconnaître l’autre comme un interlocuteur qui mérite d’être convaincu et dont l’adhésion m’importe plus que la soumission parce qu’il est, comme moi, un être de raison. Débattre avec l’autre, c’est accepter aussi que je peux être « affecté » par lui : non seulement, parce qu’il peut me permettre de voir des pans entiers de la réalité qui me sont invisibles, mais qu’aussi parce qu’il peut avoir compris mieux que moi certaines choses et qu’ainsi ses objections sont infiniment précieuses. Comme le dit encore Paul Ricoeur, « la tolérance n’est pas une concession faite à l’autre, c’est l’acceptation du fait que je n’ai pas la vérité tout seul ». Qui peut dire, aujourd’hui, que ce n’est pas là un enjeu pédagogique majeur ?
Document 5 : Ressources pour la classe sur le site Eduscol
Fiche : Intérêts et enjeux du principe de laïcité dans notre société
Fiche : La laïcité et l’expression des croyances religieuses
Document 6 : Alain Bergougnioux, « Pour un enseignement laïque de la morale », Rapport au ministre de l’éducation, avril 2013?
- Un enseignement laïc de la morale est l’occasion d’un rééquilibrage et d’un rappel. Pour tous les agents publics, fonctionnaires ou contractuels, le principe de laïcité implique une absolue neutralité afin d’assurer le plein respect de la liberté de conscience des élèves et de leurs familles. La neutralité est celle des agents et non des élèves. La neutralité à laquelle sont ainsi soumis tous les personnels de l’éducation a en effet pour finalité d’assurer le respect de la liberté des usagers du service public, de leurs croyances ou incroyances. Leur liberté n’a de limites que dans les obligations inhérentes au fonctionnement du service public, du respect des programmes, des horaires ou des tenues impliquées par des enseignements particuliers, aux exigences de l’ordre public et de la santé publique. À ces limites s’ajoute l’interdit posé par le législateur, en ce qui concerne les élèves, du port de tout signe religieux ostensible visant à prohiber toute forme de pression ou de prosélytisme au sein des établissements scolaires et des classes. L’enseignement laïque de la morale est aussi l’occasion de rappeler le principe de la liberté de conscience, dans les seules limites ici rappelées. Mais la neutralité de l’enseignant et des autres personnels ainsi que le respect de toutes les convictions ne peut s’ériger en obstacle à la transmission des valeurs républicaines et constitutionnelles. Le respect de toutes les convictions ne peut, par exemple, conduire à transiger sur les principes de l’égalité entre les hommes et les femmes, le refus des discriminations ou la dignité de toute personne. L’enseignement laïque de la morale, fondé sur les valeurs républicaines que les enseignants ont le devoir de transmettre, est l’occasion de rappeler le cadre d’exercice de la liberté.
- Les bornes juridiques sont ici la condition d’une éthique laïque. Si la laïcité, en effet, n’est pas seulement neutralité, mais aussi liberté, à tout instant, dans sa pratique, l’enseignant est confronté à l’exigence éthique : transmettre sans imposer, sans faire violence aux croyances des élèves et de leurs familles, avoir constamment à l’esprit le souci du commun, de l’intérêt général afin de ne pas heurter les intérêts privés, faire taire ses propres préjugés et ses propres croyances. Par son objet même, un enseignement laïque de la morale requiert de revitaliser une éthique laïque, condition d’une laïcité mieux intériorisée, mieux comprise et donc mieux mise en pratique.
Document 7 : Régis Debray, Didier Leschi « La laïcité au quotidien, Folio, 2016, page 36.
Certains maires ont supprimé les menus de substitution dans les écoles de la ville les jours où il ya du porc au menu. Cette substitution est répréhensible.
La cantine scolaire n’est certes pas un droit. Ce n’est pas une raison pour que les enfants ne puissent pas avoir le choix de ce qu’ils mangent. L’apprentissage de la vie en commun passe par la non séparation des petits en fonction de leurs origines ou confessions. Pas de tables à part, nide places réservées dans la salle commune, où s’impose la convivialité. Pas de menu imposé non plus. Le self service peut le permettre. Un enfant scolarisé dans le public doit avoir la faculté de ne pas enfreindre la règle qu’il pratique au sein de sa famille (ne pas manger de porc, mais aussi de la viande de bœuf, ou de la viande tout court). Mais il ne doit pas, non plus, être assigné par les adultes à un régime alimentaire en fonction de ce que ces derniers pensent être ses origines réelles ou supposée.
